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Israël - Gaza : des raids à visée électorale

Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, chef du Likoud.

Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, chef du Likoud. - -

Les élections législatives israéliennes se rapprochant, de nombreux observateurs estiment que les raids contre la bande de Gaza visent avant tous les électeurs.

Israël est bien entré dans une nouvelle guerre contre la bande de Gaza. Déclenchée avec l'élimination d'Ahmad Jaabari, le chef militaire du Hamas, l'opération "Pilier de Défense" ne consiste pas seulement en une série de raids aériens. Pour de nombreux observateurs, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, vise avant tout ses électeurs... et ses adversaires politiques.

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Il faut dire que l'échéance approche. Les élections législatives, qui permettront aux électeurs israéliens de renouveler leur Assemblée (la Knesset), se tiendront le 22 janvier prochain,

"En fait, Netanyahu veut (...) se présenter devant l'électorat en disant 'J'ai tué Jaabari, l'ennemi numéro un d'Israël, le commandant du Hamas'", explique Moukhaïmer Abou Saada, professeur de sciences politiques à l'Université Al-Azhar de Gaza. "C'est exactement comme le président américain Barack Obama en campagne, répétant aux électeurs américains qu'il a tué Oussama Ben Laden", souligne le politologue.

Détourner les problèmes économiques et sociaux par la guerre

Car si jusqu'ici la situation économique et sociale desservent Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense, Ehoud Barak, la guerre pourrait bien changer la donne.

"De nombreux hommes politiques estiment qu'un agenda centré sur la sécurité servirait les intérêts de Nétanyahou et du Likoud (leur parti politique, ndrl), et indirectement d'Ehoud Barak, alors qu'un agenda économique les desservirait, après la contestation sociale sans précédent qui s'est étendue à tout le pays durant l'été 2011", estime une analyse d'Haaretz, un quotidien israélien, citée par LeMonde.fr.

Le Premier ministre israélien pourrait alors neutraliser tous ses rivaux potentiels, comme Ehoud Olmert (l'ex-Premier ministre centriste).et le ministre de la Défense éventuellement récupérer assez de voix afin de revenir à la Knesset en janvier.

"Couper l'herbe sous les pieds des ses adversaires politiques"

"Je pense que l’opération 'Pilier de Défense' tient à plusieurs causes et il y a la question électorale qu’on ne peut évidemment pas éliminer. Il s’agit d’une certaine manière pour Benjamin Netanyahu de marquer des points en matière de sécurité, à un moment où l’angoisse de la population est extrêmement forte", explique Jean-François Daguzan, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, interrogé par BFMTV.

Entre les tirs du Hamas au sud et une tension de plus en plus important au nord, à la frontière syrienne, Benjamin Netanyahu estime qu'il ne doit rien laisser passer.

>> Lire également : Raid sur Gaza : quelle est la stratégie d'Israël ?

"Une façon de couper l’herbe sous le pied des autres formations qui pourraient hurler à la mort en disant que le Premier ministre ne fait pas son travail et qu’il faut donc en changer", ajoute Jean-François Daguzan.

La guerre comme remède aux élections : une tactique reconnue depuis 1955

Des soldats israéliens dans des véhicules de transports blindés (VTB) face à la frontière entre Israël et Gaza, le 15 novembre 2012.
Des soldats israéliens dans des véhicules de transports blindés (VTB) face à la frontière entre Israël et Gaza, le 15 novembre 2012. © -

Quand un gouvernement est un danger, le conflit extérieur peut permettre de l'aider à se consolider sur le plan intérieur, de permettre à l'opinion publique de se rassembler derrière l'armée.

Le concept n'est pas nouveau, explique Courrier International, citant le journal israélien Ha'Aretz. La recette est même connue depuis 1955, lorsque le fondateur de l'Etat d'israël, David Ben Gourion, avait lancé les forces israéliennes dans une action de représailles à Gaza. A l'époque, l'opération avait valu au Mapaï, son parti, de remporter les élections.

Depuis, la tactique est devenue une habitude : "chaque fois que le parti au pouvoir se sent menacé dans l'isoloir, il pose son doigt sur la détente", écrit le journaliste du quotidien de centre-gauche, citant le lancement du missile Shavit 2 (1961), en pleine affaire Lavon ; le bombardement du réacteur irakien Osirak en 1981 ou encore l'opération Plomb durci (avant les élections de 2009).

Une stratégie risquée

Si Benjamin Netanyahu, qui vient de fêter son 63e anniversaire, jouit d'une popularité inégalée, il reste tout de même détesté par la plupart des médias israéliens et exposé à une situation intérieure compliquée. "Pilier de Défense" pourrait bien lui permettre de conforter sa popularité et s'assurer une large victoire en janvier.

Une stratégie peut-être payante électoralement, mais risquée d'un point de vue stratégique, comme le relève l'éditorialiste Shalom Yerushalmi du quotidien Maariv : "On ne peut qu'espérer que (ce) chemin, qui a commencé de façon responsable, ne nous entraînera pas dans des voies aventureuses avant les élections, car les dirigeants aussi en paieraient un prix élevé".

Victor Garcia