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Macron au G7: un premier bilan en demi-teinte

Pilotées par Emmanuel Macron, les séances du G7 de Biarritz n'ont pas ménagé d'impasse ce week-end. Le président de la République a également frappé les esprits en attirant pour quelques heures le ministre des Affaires étrangères iranien dans la ville. Cependant, Emmanuel Macron a eu fort à faire avec Donald Trump.

Distribuer les bons et les mauvais points au sein d'un sommet international à sept et plus (si l'on compte les nombreux pays invités au rendez-vous biarrot), lors duquel la plupart des dossiers qui agitent l'actualité du monde ont été évoqués, n'est pas chose aisée. Force est cependant de constater que l'attitude d'Emmanuel Macron et sa gestion des échanges ne pouvaient qu'être scrutées. Hôte des débats, chef d'un orchestre disparate plus proche de la polyphonie que de la symphonie, ou plutôt animateur au vu du contexte balnéaire, et plus officiellement président de ce G7, le chef de l'Etat devait tenir fermement les rênes pour conduire l'ensemble. Ce lundi, alors que débute la dernière journée d'un triptyque diplomatique initié samedi, la question s'impose: Emmanuel Macron a-t-il maîtrisé l'exercice? 

"Trois coups politiques"

Selon notre éditorialiste politique, Christophe Barbier, il est réussi à triple titre. "C’est trois coups politiques. (...) Que n’a-t-on dit ? ‘Le G7, c’est inutile, c’est obsolète, ça ne sert à rien’. Macron a prouvé que ça servait à quelque chose. Et c’est un coup politique d’abord parce qu’il a réussi cela, aussi parce qu’il s’est affirmé pendant ce G7 comme une sorte de leader actif de l’Europe", a-t-il posé avant de nuancer: "Ça ne marche pas à tous les coups hein. Sur le non au Mercosur tant que Bolsonaro n’est pas exemplaire sur l’Amazonie, il n’a pas été suivi surtout pas par les Allemands. En revanche, sur l’Iran, il a été suivi, même par Boris Johnson, qui s’est déclaré favorable à une évolution". 

Pensant à l'un des volets les plus ardus du sommet, Christophe Barbier a observé: "Et puis c’est un troisième coup réussi car il a un peu redéfini ses relations avec Donald Trump. (...) Sur le dossier iranien, il n’a pas pris sa revanche mais il a relancé les dés."

La surprise iranienne 

C'est pourtant sur ce point qu'Emmanuel Macron a pris les plus grands risques... au prix d'une certaine confusion et pour un résultat cette fois-ci incertain. Ainsi, dimanche, alors que le président de la République s'était d'abord senti nanti d'une "communication commune" à porter, au nom du G7, au ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Djavad Zarif, son invité surprise en marge de la réunion, il a finalement dû se désavouer vitesse grand V. "Le G7 est un club informel (...) On va continuer à agir les uns les autres, chacun dans son rôle (...) Il n'y a pas de mandat formel qui est donné dans le cadre du G7, ça n'existe pas", a-t-il concédé. 

Donald Trump, relayé ici par L'Obs, avait entre temps douché son enthousiasme en répondant à un journaliste qui l'interrogeait sur les échanges autour du nucléaire iranien: "Nous n’avons pas parlé de ce sujet". 

A l'évidence, l'entrevue de l'homme de Téhéran avec Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères, et Bruno Le Maire, ministre des Finances, puis son entretien-éclair avec Emmanuel Macron entre les murs de la mairie de Biarritz a toutefois plongé ce G7 sous une autre lumière et relancé les discussions autour de ces enjeux cruciaux. De surcroît, comme le souligne Le Monde, l'événement international a permis d'étaler sur la table les dossiers les plus urgents pour le cours du globe: le nucléaire iranien comme les tensions dans le Golfe, les incendies ravageant l'Amazonie autant que les risques de récessions économiques, la situation africaine, la guerre commerciale opposant la Chine et les Etats-unis, les conditions d'un retour de la Russie au sein d'un G8 retrouvé. Et la liste n'est pas exhaustive. 

Le chapitre numérique 

Un dernier sujet a d'ailleurs été abordé: la taxe française sur les GAFA, c'est-à-dire Google, Amazon, Facebook et Apple. Mais cette conversation a pris des airs de reculade. Bruno Le Maire a ainsi eu l'occasion de s'entretenir avec des représentants de l'administration ce week-end. L'idée sous-tendant ces entrevues est de suspendre la taxe française, pourtant votée définitivement au début de l'été seulement, sur les GAFA dès que l'OCDE aura formulé des propositions pour une nouvelle fiscalité concernant ces puissants du numérique. 

Le texte français, qui impose de taxer à hauteur de 3% le chiffre d'affaires opéré en France par ces acteurs, n'a jamais eu l'heur de plaire aux Etats-Unis, comme Donald Trump l'a rappelé de diverses et souvent véhémentes manières. Dimanche, Emmanuel Macron, qui soutient l'idée d'une taxation universelle des GAFA, a cependant voulu sauver la face: "Nous, on ne souhaite pas garder notre taxe. Elle est très imparfaite notre taxe. C’est beaucoup plus intelligent d’avoir une taxation internationale."

Robin Verner