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Feux en Amazonie: le ton se durcit entre Macron et Bolsonaro

Le chef d'État brésilien a peu apprécié un tweet d'Emmanuel Macron sur les incendies dans la forêt amazonienne et a taxé son homologue français d'avoir une "mentalité colonialiste". L'Élysée a durci le ton en réponse.

C'est un tweet d'Emmanuel Macron qui a mis le feu aux poudres. Alors que des incendies ravagent la forêt amazonienne, qui s'étend sur une large partie du Brésil, le président de la République s'est exprimé sur Twitter jeudi, déplorant "une crise internationale" et appelant les membres du G7 à évoquer cette question au cours du sommet de ce week-end à Biarritz, dès son introduction.

Un message qui vraisemblablement a mis Jair Bolsonaro hors de lui. Sur le même réseau social, le président brésilien a publié deux tweets successifs, accusant son homologue français d'"instrumentaliser une question intérieure au Brésil et aux autres pays amazoniens pour des gains politiques personnels", avec "un ton sensationnaliste qui ne contribue en rien à régler le problème".

"La suggestion du président français selon laquelle les affaires amazoniennes soient discutées au G7 sans la participation de la région évoque une mentalité colonialiste dépassée au XXIe siècle".

Jair Bolsonaro tacle par là-même le fait que le tweet d'Emmanuel Macron est accompagné "de photos fausses", ce que l'Élysée a justifié auprès de BFMTV en expliquant avoir choisi un cliché d'archives en connaissance de cause, en raison du peu de photos disponibles des incendies qui font rage.

"La France est légitime en s'exprimant sur l'Amazonie car c'est un pays amazonien", a rétorqué dans un premier temps l'Élysée auprès de BFMTV. "La Guyane a une frontière avec le Brésil et une partie de l'Amazonie est sur son territoire."

La passe d'armes aurait pu s'en tenir là, mais la diplomatie en a décidé autrement. Au lendemain des invectives de Jair Bolsonaro, Emmanuel Macron a choisi de répliquer sur le terrain économique.

La présidence de la République a fait savoir ce vendredi que la France s'opposerait "en l'état" à l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur.

Une prise de position que l'Élysée étaye en faisant valoir que "le président de la République ne peut que constater que le président Bolsonaro lui a menti lors du sommet (du G20 en juin, NDLR) à Osaka" et que le chef d'État brésilien (avait) décidé de ne pas respecter ses engagements climatiques ni de s'engager en matière de biodiversité".

L'Élysée justifie ses prises de position

Sur l'emploi du terme "mentir", l'Élysée persiste et signe auprès de BFMTV en expliquant qu'il s'agit "de mots simples qui collent à la réalité" et qu'il ne faut pas y voir "une volonté d'escalade, juste d'être cohérents".

Concernant la décision relative à l'accord avec le Mercosur, cette même source explique que "la France soutenait (l'accord avec) le Mercosur à condition que le Brésil reste dans l'Accord de Paris et prenne des engagements en termes de préservation de la biodiversité. La décision du président de la République vient du constat que ces engagements et ces conditions ne sont pas concrétisés".

Ce vendredi finalement, Jair Bolsonaro s'est lancé dans une nouvelle salve de tweets critiques envers Emmanuel Macron.

"Je regrette la position d'un chef d'État, tel que la France, s'adressant au président brésilien en le qualifiant de "menteur". Ce n'est pas nous qui avons publié des photos du siècle dernier afin de fomenter la haine contre le Brésil par simple vanité. Notre pays, vert et jaune, vit au cœur du monde", a écrit le président brésilien sur le réseau social. Peu avant, il tweetait : "Le feu le plus ardent est celui de notre souveraineté sur l'Amazonie".

Comme Emmanuel Macron l'appelait de ses voeux sur Twitter, l'Élysée confirme également que les incendies en Amazonie seront "en haut de la pile durant le G7, dès demain soir lors du dîner informel et lors de la session climat lundi", précisant que "les conseillers et les sherpas sont en train de travailler sur des actions concrètes pour l'Amazonie".

"Notre maison brûle", avait écrit Emmanuel Macron dans son tweet initial. Le torchon aussi, entre les dirigeants français et brésilien.

Clarisse Martin