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"Les Ukrainiens ont besoin de nous": cet ex-légionnaire veut tout quitter pour partir se battre en Ukraine

Le 25 février, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé les Européens possédant une "expérience du combat" à venir se battre aux côtés des soldats ukrainiens.

C'est l'appel du président ukrainien Volodymyr Zelensky qui l'a convaincu. Fred*, ancien légionnaire français, a décidé de reprendre les armes 24 ans après avoir quitté la Légion étrangère. Lui qui a combattu durant la guerre du Golfe s'apprête à se rendre en Ukraine, pour combattre aux côtés des soldats de ce pays qui fait face depuis une semaine à l'invasion de son voisin russe.

"Il (Volodymyr Zelensky, ndlr) a dit juste un mot: la légion des volontaires. Pour nous, dans la Légion, c'est un devoir. Les Ukrainiens, ils ont besoin de nous", déclare l'homme rencontré sur un parking, le visage masqué derrière une écharpe à l'imprimé camouflage.

"Je sais très bien que je risque de ne pas revenir"

Le 25 février, face à l'intensité de l'offensive russe, le président ukrainien a en effet invité les Européens possédant "une expérience de combat" à venir se rendre en Ukraine pour "défendre l'Europe". Dimanche, la présidence à Kiev a indiqué qu'elle formait actuellement une légion de combattants étrangers pour l'aider à repousser les forces russes. Appelant les volontaires à se rendre dans les ambassades d'Ukraine de leur pays.

Fred* a déjà pris ses dispositions pour aller au front. Conducteur de poids lourd après son départ de la Légion étrangère, il a déposé sa démission, et a prévu de partir sans en informer sa famille.

"J'ai posé ma démission, j'ai vendu mes meubles. Je sais très bien que je risque de ne pas revenir", appuie-t-il.

Dans son sillon, il affirme avoir entraîné avec lui 26 autres légionnaires. Leur convoi doit partir pour l'Ukraine dans moins de deux semaines.

Arrestation de 14 légionnaires ukrainiens en service

Dans la nuit de mardi à mercredi, ce sont 14 légionnaires, en service cette fois, qui ont été interceptés à Paris, alors qu'ils s'apprêtaient à prendre un bus, très probablement en direction de l'Ukraine. Ils étaient tous d'origine ukrainienne. Impossible cependant de dire si les 14 hommes comptaient se battre ou aider leur famille ayant fui l'Ukraine. Aucune arme ni équipement prohibé n'ont été retrouvés dans leurs bagages.

Cinq d'entre eux devaient être en service dans leur régiment à ce moment-là, et seront donc sanctionnés, a fait savoir l'armée. Les neuf autres étaient en permission. Cependant, seule une permission exceptionnelle donnée aux légionnaires ukrainiens depuis le début du conflit leur permet de se rendre aux frontières de leur pays pour récupérer des membres de leur famille. Un document que ne possédaient pas les légionnaires interpellés mardi.

"Pour les légionnaires qui n'avaient pas demandé cette autorisation, s'il est prouvé que le bus allait vers l'Ukraine ou vers cette zone, ils seront sanctionnés pour ne pas avoir rendu compte de la destination de leur permission hors de France. L'armée française ne se bat pas en Ukraine aujourd'hui", souligne auprès de BFMTV le colonel Éric de Lapresle, responsable de la communication du recrutement de l'Armée de terre.

La Légion étrangère est une unité d'élite de l'armée française, composée de plus de 9000 soldats, que peuvent rejoindre des hommes du monde entier âgés de 17 à 39 ans. Après plusieurs années de service ou au nom du "sang versé", ils peuvent obtenir la nationalité française.

Sur les 710 légionnaires ukrainiens que compte actuellement la Légion étrangère, 25 ont déserté depuis une semaine, dont la moitié pour combattre en Russie, a indiqué à nos confrères de l'Agence France Presse le général Alain Lardet, le commandant de la Légion étrangère.

"La Légion a coupé les ponts. Ils s'engagent pour une cause que je ne juge pas", a-t-il commenté. Une décision nécessaire, afin que l'armée française ne soit pas accusée par la Russie de prendre part aux combats en Ukraine. Mercredi, Emmanuel Macron a redit sa volonté de n'envoyer aucun soldat français en Europe de l'Est.

Des personnes inexpérimentées

Les Français se rendant en Ukraine le font donc de leur propre initiative. Parmi eux, des hommes expérimentés, comme Fred*, mais aussi des novices de la guerre, comme Joe*, rencontré par BFMTV.

Simple salarié dans une entreprise privée, l'homme, qui témoigne anonymement, dit s'apprêter à se rendre en Ukraine.

"Le gouvernement ukrainien ne recherche pas que des militaires. Il y a d'autres problèmes là-bas, au niveau logistique, stratégique", assure-t-il.

Un groupe sur Facebook baptisé "Groupe des volontaires français en Ukraine", recueille plus de 3400 membres. Parmi eux, des infirmiers, des secouristes, mais aussi des étudiants.

*Les prénoms ont été modifiés.

Jules Fresard