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Catalogne: le bras de fer se poursuit

Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy (gauche) et le président de la Catalogne Carles Puigdemont (droite) lors du défilé en hommage aux victimes des attentats de Barcelone et Cambrils, le 20 août 2017 à Barcelone

Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy (gauche) et le président de la Catalogne Carles Puigdemont (droite) lors du défilé en hommage aux victimes des attentats de Barcelone et Cambrils, le 20 août 2017 à Barcelone - PASCAL GUYOT / AFP

Menace de déclaration d'indépendance du côté de Barcelone, menace de suspension de l'autonomie de la Catalogne de la part de Madrid... Depuis près d'un mois, le gouvernement espagnol et les indépendantistes catalans se livrent une bataille constitutionnelle par ripostes.

La tension ne retombe pas en Espagne. Depuis le référendum d'autodétermination interdit du 1er octobre, Madrid et Barcelone enchaînent les passes d'armes pour prendre le dessus dans la crise catalane. Voici un point sur les événements survenus ces derniers jours, pour ne pas perdre le fil de la situation.

Madrid lance un ultimatum, Barcelone menace de déclarer l'indépendance

Le 11 octobre, le gouvernement espagnol, avec Mariano Rajoy à sa tête, lance un ultimatum à Carles Puigdemont. Le président catalan dispose alors de huit jours, soit jusqu'au jeudi 19 octobre à 10 heures, pour clarifier son discours de la veille, tenu devant le Parlement catalan: a-t-il déclaré l'indépendance de sa région?

Si la réponse s'avère positive, Carles Puigdemont est prié par Madrid de révoquer cette décision, sous peine de se voir infliger une suspension d'autonomie, via la mise en place de l'article 155 de la Constitution espagnole. Cet article pourrait permettre au Premier ministre de prendre le contrôle sur la région, et donc de ses organes politiques et administratifs. 

La réponse du président catalan atterrit sur le bureau de Mariano Rajoy jeudi, à 9h50. Soit seulement dix minutes avant la limite imposée par le gouvernement. Et la réponse apportée par Carles Puigdemont n'est pas celle attendue par Madrid. Le président catalan se montre évasif, laissant toutefois sous-entendre qu'il n'a pas déclaré l'indépendance de la région. Il menace surtout, à son tour, le gouvernement, poursuivant ainsi le dialogue de sourds entre Madrid et Barcelone:

  • "Si le gouvernement de l'Etat persiste à empêcher le dialogue et à continuer la répression, le Parlement de Catalogne pourra procéder, s'il l'estime opportun, au vote de la déclaration formelle d’indépendance, ce qu'il n'a pas fait le 10 octobre", a-t-il noté.

Le gouvernement s'apprête à suspendre l'autonomie de la Catalogne

A la suite de la déclaration de Carles Puigdemont, Mariano Rajoy a affirmé son intention de déclencher le processus d'adoption de l'article 155 de la Constitution, afin de "restaurer la légalité" en Catalogne, et ainsi suspendre l'autonomie de la région. Dans cet esprit, le Premier ministre a annoncé la convocation d'un Conseil des ministres extraordinaire samedi 21 octobre, pour mettre en marche ce mécanisme.

Selon les informations du quotidien espagnol El País, le Sénat se réunira vendredi 27 octobre pour adopter ou non les mesures proposées par le gouvernement. Le Parti populaire, qui est au pouvoir, détient la majorité absolue au Sénat, qui ne devrait donc pas - sauf grosse surprise - s'opposer aux mesures prises par le gouvernement. Le texte doit ensuite être retourné au gouvernement.

Madrid s'est également mis d'accord avec le Parti socialiste ce vendredi pour organiser de nouvelles élections en Catalogne dès janvier, à la suite de l'adoption de l'article 155 de la Constitution, qui induirait une dissolution du gouvernement catalan.

L'article 155 de la Constitution espagnole n'a jusqu'à présent jamais été appliqué depuis la sortie du franquisme en 1975 et l'instauration de la démocratie dans le pays. En cas d'adoption, des soulèvements de populations, notamment des fonctionnaires qui pourraient être suspendus ou remplacés, sont redoutés en Catalogne.

L'UE soutient Madrid mais refuse de jouer la médiatrice

Les dirigeants européens se sont exprimés sur la situation catalane jeudi, lors d'un sommet à Bruxelles. Ils ont massivement affiché leur soutien au gouvernement espagnol, Angela Merkel en tête.

"Nous soutenons la position du gouvernement espagnol (...). Nous espérons aussi que des solutions pourront être trouvées sur la base de la Constitution espagnole", a déclaré la chancelière allemande. Emmanuel Macron lui a emboîté le pas, indiquant qu'un "message d'unité autour de l'Espagne" serait envoyé par l'Union européenne. 

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a toutefois précisé que l'Union européenne se refusait à intervenir dans le conflit catalan. "Il n'y a pas de place, pas d'espace pour une médiation, une initiative ou une action internationales", a-t-il soutenu.

De son côté, Vladimir Poutine a rappelé sa neutralité, et critiqué un "deux poids deux mesures" de la part de l'Union européenne. Le président russe a comparé la Catalogne à la Crimée, mentionnant les sanctions infligées à son pays après l'annexion de la Crimée par la Russie.

Céline Penicaud