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En Allemagne, Merkel prise au piège face à la crise des migrants

Angela Merkel, le 18 juin 2018.

Angela Merkel, le 18 juin 2018. - Tobias Schwarz - AFP

Les alliés de droite d'Angela Merkel au sein de sa coalition lui ont fixé ce lundi un ultimatum de deux semaines pour négocier une solution européenne à la crise migratoire. Avec cette rébellion de la frange la plus à droite de la coalition gouvernementale, l'avenir politique de la chancelière apparaît menacé.

Angela Merkel plus que jamais menacée. Confrontée à une fronde politique venant de l'aile droite de sa propre coalition sur la question migratoire, la chancelière allemande se retrouve très fragilisée. A tel point que son avenir politique pourrait se jouer dans les prochains jours.

Le ministre de l'Intérieur allemand Horst Seehofer, tenant d'une droite dure, a lancé ce lundi un ultimatum de 15 jours à Angela Merkel pour négocier une solution européenne au défi migratoire. En cas d'échec, le ministre ordonnera la fermeture des frontières allemandes en juillet, au risque de provoquer une crise nationale et européenne.

> Que se passe-t-il en Allemagne sur la question migratoire?

C'est le véritable sujet de discorde au sein de la classe politique allemande, celui qui pourrait faire vaciller Angela Merkel. La chancelière allemande fait face à une fronde sans précédent de la CSU, son parti allié et le plus à droite de sa coalition gouvernementale, qui réclame davantage de fermeté aux frontières.

Les chrétiens-démocrates de la CDU et la CSU, dirigée par le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, sont traditionnellement frères. Mais l'arrivée de plus d'un million de demandeurs d'asile dans le pays en 2015 et 2016 a entraîné une onde de choc politique puissante et persistante, au point de creuser le désaccord entre les deux partis, pourtant alliés depuis 1949. 

Après une semaine marquée par une fronde sans précédent, la CSU a durci encore un peu plus son offensive contre la chancelière ce lundi. Réunis à Munich, les dirigeants du parti conservateur ont lancé à Angela Merkel un ultimatum de deux semaines pour trouver un accord avec les autres dirigeants européens sur la crise des migrants. En cas d'échec, Horst Seehofer, le ministre de l'Intérieur, menace de fermer les frontières de l'Allemagne dès le mois de juillet. Un ultimatum aussitôt rejeté par Angela Merkel. 

> Que cherche à faire la CSU?

L'offensive et l'ultimatum lancés par la CSU visent à contraindre Angela Merkel à durcir sa politique migratoire, jugée trop laxiste. Le parti bavarois CSU, qui a dans le viseur les élections régionales d'octobre prochain en Bavière, veut refouler à la frontière tous les migrants qui ont déjà été enregistrés dans un autre pays de l'Union, généralement l'Italie ou la Grèce. Autrement dit, la quasi-totalité des demandeurs d'asile arrivant en Allemagne seraient concernés par une telle mesure.

Mais ce point ne figure pas dans l'accord de coalition établi en février par la CDU-CSU et le SPD (parti social-démocrate). Et Angela Merkel le rejette, au nom du droit et des principes de solidarité européens qu'elle défend.

Ainsi, si le ministre de l'Intérieur décidait de faire cavalier seul et prenait la décision d'imposer les refoulements aux frontières par décret, Angela Merkel, qui prône une réponse communautaire au défi migratoire, se retrouverait dans l'obligation de le limoger, ouvrant la voie à l'éclatement de la coalition, en place depuis seulement trois mois, et à de nouvelles élections. Autrement dit, à une nouvelle crise politique. 

> Que peut faire Merkel?

Les deux semaines qui s'ouvrent s'annoncent décisives pour la chancelière allemande, acculée entre les menaces des membres de sa propre coalition, et les exigences de ses partenaires européens. Car ce que veut son aile droite est précisément ce dont ne veut pas l'Italie, pays d'arrivée des migrants, et qui réclame leur répartition en Europe. Angela Merkel reçoit justement ce lundi soir son homologue italien Giuseppe Conte, dont le pays refuse désormais l'accès à ses ports aux navires d'ONG secourant des migrants en Méditerranée.

Au niveau national, Angela Merkel peut compter sur le soutien d'une majorité de la CDU, mais aussi, comme l'explique Libération, sur celui de son ancien ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, l'actuel président du Bundestag, la chambre basse du parlement allemand, ou encore celui du SPD, affaibli par des résultats aux dernières législatives. 

Dès lors, plusieurs scénarios s'offrent à Angela Merkel. Tout d'abord celui du compromis avec la CSU: en donnant raison à son ministre de l'Intérieur, la chancelière s'éviterait ainsi une crise politique et l'éclatement de son gouvernement. Mais le SPD n'approuverait pas cette décision.

Elle peut également s'opposer à Horst Seehofer et à ses décisions unilatérales en le limogeant. Ce qui nécessiterait de limoger tous les autres ministres CSU présents au sein du gouvernement de coalition. Si les choses se produisaient ainsi, la fracture entre CDU et CSU serait historique, et toutes les cartes de la coalition rebattues. La chancelière devrait se trouver d'autres partenaires politiques pour refonder un gouvernement. 

Autre option pour Angela Merkel: poser une question de confiance au Bundestag, qui lui permettrait de provoquer de nouvelles élections. Mais dans chacun des trois scénarios, le risque d'implosion est bel et bien réel pour la chancelière. 

A.S.