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L'Europe vacille face à la crise migratoire 

Opération de sauvetage de migrants sur l'Aquarius, le 14 juin 2018.

Opération de sauvetage de migrants sur l'Aquarius, le 14 juin 2018. - AFP - SOS Méditerranée - Kenny Karpov

France, Italie, Allemagne… Les puissances européennes tergiversent face à la question de l'accueil des migrants et c'est l'Union européenne dans son semble qui vacille. La crise de l'Aquarius a accéléré le processus.

Ce n'est pas la première fois que la question des migrants agite l'Europe. Mais ces derniers jours, une accumulation d'événements ont fait monter la tension entre Etats.

> L'Aquarius et la crise franco-italienne

La France et l'Italie sont passées très près de l'incident diplomatique. Tout est parti de l'Aquarius, ce navire affrété par l'ONG SOS Méditerranée: après avoir recueilli 629 migrants, l'embarcation s'est vue refuser d'accoster en Italie. En parallèle, Emmanuel Macron a dénoncé "la part de cynisme et d'irresponsabilité" du gouvernement italien… Sans pour autant proposer d'accueillir l'Aquarius. C'est finalement l'Espagne qui s'est portée volontaire. Le navire y est attendu dans le week-end.

Après avoir exigé des excuses de la part d'Emmanuel Macron et rappelé que l'Italie "n'a de leçon à recevoir de personne" par la voix de son ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, récent vainqueur des élections avec son parti d'extrême droite, l'Italie a calmé le jeu.

Ce vendredi, le premier ministre italien Giuseppe Conte était à Paris à l'invitation d'Emmanuel Macron. Il a bien entendu été question d'immigration et de stratégie européenne entre les deux hommes.

> Merkel menacée dans son propre gouvernement

Angela Merkel n'a jamais été si fragilisée. La chancelière allemande fait face à une fronde sans précédent de la CDU, son parti allié et le plus à droite de sa coalition gouvernementale, qui réclame davantage de fermeté aux frontières. En théorie, les chrétiens-démocrates de la CDU et la CSU, dirigée par le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, sont frères. Mais depuis l'arrivée de plus d'un million de demandeurs d'asile dans le pays en 2015 et 2016, ils sont en conflit permanent sur le sujet. 

Cette semaine, la CSU a déclenché une offensive pour contraindre Angela Merkel à durcir sa politique migratoire. Horst Seehofer veut refouler à la frontière les demandeurs d'asile arrivant en Allemagne s'ils ont été enregistrés par un autre pays dans la base de données de l'Union européenne. Angela Merkel a bloqué le projet et plaide pour une solution européenne globale.

Le parti bavarois a adressé ce qui ressemble à un ultimatum à la chancelière: si rien n'est fait dans les prochains jours, Horst Seehofer – en campagne électorale pour les élections d'octobre en Bavière – passera outre et imposera à partir de lundi son plan de refoulement aux frontières par décret. Une telle mutinerie signerait la fin de la coalition gouvernementale.

> "L'axe" des ministres allemand, autrichien et italien 

Dans le même temps, les ministres italien, autrichien et allemand de l'Intérieur ont annoncé la constitution d'un "axe des volontaires" pour s'attaquer à l'immigration clandestine. Cet axe, dont le terme connoté rappelle l'alliance germano-italo-japonaise de la Deuxième giuerre mondiale, réunira spécifiquement les ministres italien et autrichien de l'Intérieur Matteo Salvini et Herbert Kickl, tous deux d'extrême droite, et leur homologue conservateur allemand.

Sebastian Kurz, le chef de gouvernement autrichien de 31 ans, dont le pays prend la présidence tournante de l'Union européenne le 1er juillet, a fait de la lutte contre l'immigration illégale son cheval de bataille. Une thématique qui l'a conduit au pouvoir fin 2017, à la tête d'une coalition avec l'extrême droite. 

Outre la "protection des frontières extérieures" de l'Union européenne, Sebastian Kurz planche également avec d'autres pays sur la création de centres d'accueil de migrants hors de l'UE et a revendiqué le soutien des Pays-Bas et du Danemark. De quoi miner le projet d'Angela Merkel de créer un système d'asile communautaire. Un sujet qui doit être débattu fin juin, à l'occasion du sommet européen de la fin juin. L'ambiance promet d'y être tendue.

Ariane Kujawski avec AFP