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Comment fonctionne Amaq, l'agence de propagande de Daesh

L'agence Amaq revendique l'attentat de Nice pour l'Etat islamique.

L'agence Amaq revendique l'attentat de Nice pour l'Etat islamique. - Capture d'écran d'un communiqué d'Amaq relayé par David Thomson sur Twitter

Amaq, l'agence de l'Etat islamique, est sur tous les fronts de la propagande islamiste. C'est elle qui revendiqué l'attentat de Nice pour le compte de Daesh. Amaq occupe une position particulière au sein de l'organisation intégriste mais elle hésite parfois sur la conduite à suivre.

Il aura fallu attendre une trentaine d’heures pour que la revendication de l’attentat de Nice, où Mohamed Lahouaiej Bouhlel a tué au moins 84 personnes au volant de son camion, par les membres de l’Etat islamique finisse par tomber.

Dans un communiqué publié samedi dans la matinée, l'agence de propagande de l’Etat islamique (EI) Amaq évoquait l’attaque de Nice en ces termes: "L’auteur de l’opération d'écrasement à Nice, en France, est un soldat de l’Etat islamique qui a exécuté ces opérations en réponse aux appels à viser les citoyens des Etats de la coalition qui combattent l’Etat islamique."

Non, Daesh ne revendique pas à la légère

Ces quelques lignes ne mettent pas fin à l'enquête du parquet antiterroriste pour autant. Mohamed Lahouaiej Bouhlel a-t-il bien rejoint (symboliquement) les rangs de l’organisation islamiste? Le chauffeur était-il une cellule dormante "activée" à distance par l’EI, ou à tout le moins un sympathisant influencé par la communication islamiste? Ou le Califat n’a-t-il fait que profiter d’une bonne occasion de récupérer une nouvelle tuerie de masse en Occident?

David Thomson, journaliste pour RFI et spécialiste des questions de jihadisme, rappelle sur Twitter que l’EI n’a pas pour habitude de revendiquer par opportunisme une action dans laquelle il ne se reconnaît pas ou à laquelle ses membres ne pensent ne pas être liés. Il explique ainsi à Rue89 que les délais de revendication peuvent être très variables si l’auteur d’un attentat agit de son propre chef en Occident: dans ces cas-là, la publication du communiqué dépend du moment où l’organisation a pu recueillir ses informations ou être contactée.

Un empire (médiatique) dans un empire

Un rapport établi en début d’année par Reporters sans frontières (RSF) établissait la liste des organes de communication des organisations terroristes: les fondations Ajnad, Al Furkan, Al Itisam, Al Himma, le Hayat Media Center et ses vidéos, la radio Al Bayan et ses bulletins d’ "information" quotidiens, le magazine Dabiq et ses nombreux clones numériques dans toutes les langues et enfin l’agence Amaq.

Celle-ci est parvenue à la notoriété en décembre 2015 en affiliant à l’EI les auteurs du massacre de San Bernardino en Californie. Depuis, d’Orlando à Magnanville en passant par Dacca et Nice, l’agence est omniprésente dès lors qu’il s’agit d’affirmer que la main de Daesh a opéré un attentat sanglant.

Amaq, la quête de respectabilité de Daesh

Amaq a ceci de particulier qu’elle ne clame pas explicitement son appartenance à l’EI, remarque Rukmini Callimachi, journaliste en charge de de l'islamisme pour le New York Times. Son intérêt pour le groupe réside justement dans cette neutralité qu’elle feint d’observer devantl’organisation.

En singeant les codes du journalisme professionnel (jusque dans sa manière d’accoler la mention "Breaking News" aux informations les plus saisissantes), Amaq cherche à donner du crédit aux déclarations djihadistes. L’agence apporte un grand soin à la sémantique. Ainsi, et le communiqué adjugeant l’attaque niçoise à l’EI en est une nouvelle illustration, Amaq ne parle pas des Occidentaux comme des "croisés" (terme quasi systématiquement employé par l’EI) mais de "citoyens" et préfère désigner Daesh sous le nom d’ "Etat islamique" plutôt que de "Califat".

Une organisation méticuleuse et tentaculaire

Le journaliste Alexandre Lévy a connu les usages d’Amaq au moment où il participait à la rédaction du rapport de Reporters sans frontières (cité plus haut), Le djihad contre les journalistes. Il nous explique les rouages de l'agence:

"On observe chez eux une confusion voire une fusion entre le militaire et le communiquant. Au sommet de la propagande, il y a Adnani mais pour le reste ce sont des petites mains interchangeables qui sont cependant, pour la plupart, célèbres sur le terrain et peuvent avoir des grades." 

Pour chapeauter le travail de ses propagandistes, l’EI annonçait en interne en 2015 la création d’un outil appelé, dans un document que le Guardian s’était procuré, et avait traduit "la fondation Base": "C’est un centre de coordination médiatique qui prend ses ordres directement du Calife et de son bureau et qui est ensuite organisé de manière méticuleuse et tentaculaire", décrit Alexandre Lévy.

Un fragile savoir-faire

Selon le journaliste, il ne faut pas exagérer le professionnalisme et la réactivité d’Amaq. Les procédés qu’ils utilisent pour accoucher d’un communiqué varient en fonction des situations et ne témoignent pas toujours d’un grand savoir-faire. Le processus est parfois plus laborieux: "A l’évidence, il y avait une plus grande préparation pour Magnanville que pour Orlando.

Cette nécessité pour Amaq de garder une certaine prudence afin de ne pas prendre le risque de se trouver désavouée si l'enquête venait à démontrer que le criminel n’est pas un islamiste...

Robin Verner