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Catalogne: les indépendantistes conservent la majorité

Deux mois après la proclamation d'une République de Catalogne par les indépendantistes, les Catalans étaient convoqués ce jeudi pour des élections régionales. Les différentes forces indépendantistes cumulent 70 sièges, sur 135, au Parlement de Catalogne selon des résultats partiels. Ciudadanos, parti libéral et unioniste, s'affirme toutefois comme le groupe le plus important.

Il y a deux mois, après que le gouvernement catalan et sa majorité indépendantiste avaient proclamé une République de Catalogne, Madrid avait mis la région sous tutelle et programme des élections régionales dans la Généralité. Elles se sont tenues ce jeudi et visaient à demander aux Catalans s'ils souhaitaient prolonger le bail des formations indépendantistes ou s'ils désiraient les démettre. Les électeurs se sont rendus en nombre au rendez-vous. Près de 82% des électeurs, record historique dans la région, se sont rendus aux urnes selon le site de La Vangardia

70 sièges pour les 3 listes indépendantistes 

Après dépouillement de plus de 99,8% des bulletins, les trois formations indépendantistes disposaient, avec 70 sièges sur 135 au parlement régional, de la majorité absolue. La liste "Ensemble pour la Catalogne" du président séparatiste destitué Carles Puigdemont obtient 34 élus et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) de son ex-vice-président emprisonné Oriol Junqueras 32. Les anticapitalistes de la CUP ont gagné eux 4 élus.

Carles Puigdemont, ancien président de la Généralité et artisan de la déclaration d'indépendance, a salué dans la soirée une victoire "que personne ne peut discuter". "Puigdemont président!" criaient les partisans du dirigeant destitué après l'annonce des résultats. Le résultat est en effet mauvais pour Mariano Rajoy qui n'a pas découragé les indépendantistes et doit faire face au même adversaire dont la stratégie sera de chercher à démontrer en Europe que l'on musèle sa cause, pour gagner des soutiens.

Ciudadanos première force politique de la province

Son Parti populaire a en outre perdu huit sièges (sur 11) en Catalogne, au profit de Ciudadanos (centre droite), qui pourrait aussi gagner du terrain au-delà de la région. Ce parti libéral mené par Inés Arrimadas obtiendrait 37 sièges sur les 135 du parlement catalan, légèrement plus que chacune des deux principales listes indépendantistes, selon des résultats officiels portant sur 99% des bulletins. Ciudadanos est donc la première force politique de la province.

Mais il faut néanmoins noter que la majorité indépendantiste est plus complexe qu'il n'y paraît. C'est par le jeu des pondérations de voix profitant aux régions rurales que les indépendantistes ont la majorité au parlement, mais ils n'ont pas une majorité en voix: 47,5 % des Catalans ont voté pour ces formations, mais 52,42% contre. C'est un score semblable à celui de 2015.

Les indépendantistes doivent former une coalition

À moins qu'ils ne parviennent pas à s'entendre pour former une coalition, les indépendantistes reprendront donc les commandes de la région que le gouvernement de Madrid leur avait retiré en invoquant pour la première fois l'article 155 de la Constitution pour destituer l'exécutif régional et dissoudre le parlement quand ils ont proclamé une indépendance mort-née.

"C'est une sensation étrange", confiait à l'AFP, juste après l'annonce des résultats, Fran Robles, un médecin de 26 ans qui a voté pour l'un des partis indépendantistes. "Nous gagnons en députés mais pas en nombre de voix. Donc chaque camp pourra se proclamer vainqueur. Cela reflète bien la réalité, qui est que la Catalogne est politiquement divisée et que la seule façon de trancher la question est de la poser clairement, dans un référendum".

Les trois listes partisanes de l'unité de l'Espagne obtiendraient elles 57 sièges au parlement régional où la majorité absolue est de 68. Les socialistes auraient 18 députés tandis que le Parti populaire du chef du gouvernement Mariano Rajoy, historiquement faible dans la région, serait la dernière force politique au parlement avec 4 sièges. La liste de gauche radicale Catalunya en Comu, qui s'est présentée, en campagne, comme l'arbitre entre les deux blocs, obtiendrait 8 sièges, contre 11 en 2015. 

La position de l'UE "ne changera pas"

Le scrutin s'est déroulé sans incident malgré des semaines de tension, par une journée froide mais ensoleillée. Carles Puigdemont suivait le décompte depuis Bruxelles, où il s'est réfugié avec quatre anciens "ministres" régionaux pour tenter en vain d'obtenir le soutien de l'Union européenne. Celle-ci soutient fermement le gouvernement de Madrid et a tenu à le souligner dès jeudi soir. La position de l'UE sur la Catalogne "ne changera pas", a réagi un porte-parole de la Commission européenne.

Carles Puigdemont a formé sa propre liste Ensemble pour la Catalogne, et disputait les voix indépendantistes au parti ERC de son ancien vice-président Oriol Junqueras, en détention provisoire en Espagne. Tous deux sont inculpés pour rébellion, sédition et malversation, comme l'ensemble du gouvernement déposé.

Robin Verner avec AFP