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Egypte: l'armée, une force politique incontournable

Un anti-Morsi embrasse des soldats, mercredi, après la destitution du président.

Un anti-Morsi embrasse des soldats, mercredi, après la destitution du président. - -

L'armée égyptienne a chassé du pouvoir le président, Mohamed Morsi, comme le réclamaient de nombreux manifestants. Explications sur son rôle central dans la vie politique égyptienne.

L'armée a repris ses droits. Humiliée et mise de côté sous la présidence Morsi ces derniers mois, elle a chassé les Frères musulmans du pouvoir, mercredi soir, avant de confier la transition politique au président de la Cour constitutionnelle, Adly Mansour. Quelle est la place de l'armée dans ce pays, longtemps gouverné par d'anciens militaires? Explications.

> Un rôle central dans la vie politique

En Egypte, l'armée joue depuis très longtemps un rôle prépondérant dans la vie politique. Elle est au cœur du pouvoir depuis plus de soixante ans, comme l'explique à BFMTV.com Tewfik Aclimandos, chercheur associé à la Chaire d'Histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France.

"Nasser a pris la tête du pays en 1952, suite à un coup d'Etat militaire. Depuis, un us non écrit disait que le président était un ancien militaire. Le chef de l'Etat nommait son successeur, qui était en général un militaire ayant quitté l'uniforme. Ainsi, Nasser a nommé Sadate, et Sadate a nommé Moubarak."

Chassé par la révolution égyptienne de 2011, Hosni Moubarak a été par la suite condamné à perpétuité pour le meurtre de manifestants. Son successeur, Mohamed Morsi, élu par le peuple, a été investi dans ses fonctions le 30 juin 2012. Il n'aura pas su se montrer à la hauteur des attentes de nombreux Egyptiens.

> Une armée très aimée du peuple

Chars applaudis, soldats portés aux nues: l'armée jouit d'une image très positive au sein du peuple, qui n'a d'ailleurs pas été égratignée lorsque Moubarak, qui gouvernait pourtant avec les militaires, a été chassé du pouvoir.

Une complicité qui a de nouveau joué ces derniers jours. "L'armée a fait comprendre que si le peuple voulait le renvoi des Frères musulmans, il n'avait qu'à se mobiliser, et elle ferait le reste. Une fois la mobilisation devenue massive, elle a tenu promesse", remarque Tewfik Aclimandos.

Si elle n'est pas gardienne de la laïcité comme en Turquie, l'armée égyptienne bénéficie du soutien des autorités religieuses du pays. "À la différence de la Syrie ou du Liban, l’Égypte n’est pas une nation fracturée, chrétiens et musulmans vivent bien ensemble, même s’il y a quelques tensions", souligne une personnalité religieuse en Égypte au journal La Croix.

> L'armée va-t-elle faire le choix de la démocratie?

"Nous ne sommes pas intéressés par le pouvoir, mais par le seul intérêt du peuple". C'est ce qu'a déclaré le général al-Sissi avant d'annoncer qu'il confiait la responsabilité du gouvernement de transition à un civil, le président de la Cour suprême constitutionnelle, selon RFI.

Tewfik Aclimandos croit en la sincérité de cette déclaration: selon lui, l'armée "n'a aucun intérêt à gouverner le pays". "Là, le pays est ingouvernable, l'économie va exiger des mesures très impopulaires, et l'armée ne veut pas avoir à faire face à des sanctions américaines, ou s'opposer aux islamistes et aux jeunes révolutionnaires. Mieux vaut laisser les civils s'en occuper, pour eux."

Alexandra Gonzalez