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Affaires Eric Garner, Michael Brown: des policiers américains trop armés?

Un policier à Ferguson, dans le Missouri, le 18 août 2014, lors d'une manifestation après la mort de Michael Brown, un adolescent noir abattu par un policier blanc.

Un policier à Ferguson, dans le Missouri, le 18 août 2014, lors d'une manifestation après la mort de Michael Brown, un adolescent noir abattu par un policier blanc. - Michael B. Thomas - AFP

Michael Brown, Tamir Rice, Eric Garner, et, depuis jeudi, Rumain Brisbon: l'actualité de ces dernières semaines, aux Etats-Unis, a ravivé le problème des violences policières, sur fond de tensions raciales persistantes. Un fléau qui pousse la classe politique à prendre des mesures, alors que la police américaine témoigne d'une militarisation croissante.

Face aux bavures, le maire de New York veut réformer sa police. Jeudi, Bill de Blasio a annoncé que des officiers de police de la ville retourneront suivre une formation. Une déclaration qui survient au lendemain de la décision d'un grand jury de ne pas inculper un policier blanc impliqué dans la mort d'un homme noir, en juillet dernier, à New York, qui a entraîné une vague d'indignation dans les rues de la Grosse pomme.

Si la mesure peut s'avérer dérisoire à l'échelle du pays, elle témoigne du désemparement des autorités politiques, alors que les cas de bavures ne cessent de faire les gros titres de l'actualité outre-Atlantique. Au-delà des tensions raciales, la question de la militarisation croissante de la police américaine, suréquipée sur le terrain, y compris lorsque la situation ne l'exige pas, se pose. Explications.

> Vers une réforme de la police?

Au total, 22.000 policiers new-yorkais effectueront une formation de trois jours, destinée à les sensibiliser aux techniques de désescalade, afin qu'ils apprennent à désamorcer les tensions lors de situations sensibles, et à changer leur façon d'aborder les citoyens.

"La relation entre la police et la communauté doit changer. Notre façon d'assurer le maintien de l'ordre doit changer", a estimé jeudi Bill de Blasio, au cours d'une conférence de presse, avant de reconnaitre que "certaines interactions ont parfois dégénéré trop rapidement".

Cette annonce rejoint la promesse formulée par Barack Obama d'améliorer l'équipement et la formation des policiers. Le président américain vient ainsi de demander au Congrès de voter une enveloppe de 263 millions de dollars (soit 210,5 millions d'euros) dans ce but.

Au sein de cette enveloppe, 75 millions de dollars devraient être consacrés au co-financement, en partenariat avec les autorités locales, de jusqu'à 50.000 caméras embarquées accrochées aux uniformes des policiers, un système déjà à l'essai à New York et Washington.

> Une police suréquipée

Mais le président américain a également prévu un décret permettant d'encadrer les transferts de matériel militaire vers la police, sans toutefois annoncer leur réduction. Car cette militarisation de la police ne peut pas être dissociée des dernières bavures survenues à Ferguson, Cleveland, New York, ou encore Phoenix.

En effet, outre-Atlantique, les polices locales bénéficient du "Programme 1033". Lancé en 1990, il prévoit le transfert d'équipements du Pentagone, tels que des véhicules blindés, des engins volants, des armes automatiques ou encore des jumelles à vision nocturne, vers les agences de police. Ainsi, 4,3 milliards de dollars d'équipements militaires et paramilitaires ont été transférés par le ministère de la Défense à la police, entre 1990 et 2012, rapporte Le Monde.

Résultat: les policiers se retrouvent équipés comme des militaires envoyés sur un terrain de guerre, comme ont pu le montrer les photos prises à Ferguson, en août dernier, lors des manifestations qui ont suivi la mort de Michael Brown, abattu de six balles par un officier de police. On pouvait ainsi y voir des policiers anti-émeutes vêtus de tenues de camouflages, équipés de casques, de masques à gaz, de gilets pare-balles, et armés de fusils automatiques. 

Des officiers de police équipés comme des militaires, le 18 août 2014, à Ferguson, dans le Missouri.
Des officiers de police équipés comme des militaires, le 18 août 2014, à Ferguson, dans le Missouri. © Michael B. Thomas - AFP

D'après les chiffres du New York Times, les unités de police du pays ont hérité, depuis 2006, de 435 véhicules blindés, de 533 engins volants, de près de 93.800 mitrailleuses et de 432 véhicules blindés capables de résister aux explosions de mines. Rien d'étonnant, donc, à ce que la valeur des équipements militaires de la police soit passée d'un million de dollars en 1990, à 450 millions de dollars en 2013, souligne Slate.

> La forte présence des unités spéciales

Autre signe de la militarisation croissante de la police américaine: le déploiement extrêmement fréquent des unités spéciales d'intervention, les SWAT, sorte de version américaine du GIGN français. Problème: à la différence de la France, les Etats-Unis ont tendance à déployer leurs SWAT de façon disproportionnée, y compris au cours d'opérations qui n'exigent pas un tel arsenal, comme des perquisitions, et notamment dans les quartiers habités par des Noirs ou des Hispaniques.

Ainsi, selon Peter Kraska, professeur à l'Eastern Kentucky University, cité par Le Monde, les unités du SWAT seraient déployées plus de 50.000 fois par an, contre 3.000 fois en 1980.

Des membres des forces du SWAT, lors d'un exercice d'entraînement, en mai 2014, en Virginie.
Des membres des forces du SWAT, lors d'un exercice d'entraînement, en mai 2014, en Virginie. © Brendan Smialowski - AFP