BFMTV

Inondations: la Côte d'Azur, championne du béton

Une rue de Cannes au lendemain de l'inondation monstre qui a fait 20 morts le 3 octobre.

Une rue de Cannes au lendemain de l'inondation monstre qui a fait 20 morts le 3 octobre. - Anne-Christine Poujoulat - AFP

CARTE INTERACTIVE - Comment expliquer les terribles inondations qui ont frappé les Alpes-Maritimes? Sur le banc des accusés, l'urbanisation, qui contribue à imperméabiliser les sols. La Côte d'Azur est justement championne en ce domaine.

C'est l'autre polémique qui pointe, après les dramatiques événements survenus en Alpes-Maritimes. On a beaucoup commenté le caractère imprévisible de ces événements climatiques violents, qui provoque toujours des questions sur la fiabilité des systèmes d'alerte. Mais l'aménagement du territoire est aussi au centre des interrogations, et parfois même, des accusations. Quelle est la responsabilité des aménagements urbains, réalisés avec ces 30 dernières années, dans les inondations qui ont dévasté Cannes ou Mandelieu-la-Napoule et fait 20 morts le 3 octobre?

La construction d'ensembles en zone inondable était déjà au centre du scandale de la tempête Xynthia. René Marratier, l'ancien maire de La-Faute-sur-Mer, a même été condamné à quatre ans de prison ferme à cause de cela, pour mise en danger de la vie d'autrui et homicides involontaires. S'il est bien trop tôt pour expliquer les causes des inondations récentes, il est une problématique bien connue de la Côte d'Azur qui pourrait avoir fortement contribué à la catastrophe: l'imperméabilisation des sols due à l'urbanisation.

Quand l'urbanisation imperméabilise le sol

La "bétonisation" a pour conséquence de modifier la surface du sol: plutôt que de la terre, nous marchons sur du bitume ou du béton. Plutôt qu'un champ, un immeuble recouvre la couche naturelle. Ce recouvrement du sol par une couche artificielle est nommée "l'artificialisation". En France, 6% du territoire (métropole et Dom-Tom) est recouvert par une couche artificielle, et cela augmente de 60.000 hectares par année, selon l'Institut français de l'environnement.

© BFMTV

Quel rapport avec les inondations? C'est que les territoires artificialisés sont imperméables. Au lieu d'imprégner les sols en tombant, les précipitations ruissellent sur les toits et dans les canivaux, les égouts, jusque dans les cours d'eau. Les réseaux sont conçus pour absorber ce flux et l'évacuer, mais lorsque les épisodes de précipitations sont hors-normes, les débits cumulés dépassent les capacités des réseaux. Chaque jour, l'Union européenne perd ainsi 252 hectares de sol naturel et cela inquiète la Commission.

Cela inquiète aussi Corinne Lepage, présidente de Cap21, qui dénonce les politiques urbaines sur Europe1: "A force de mettre du goudron partout, d'élever des murs, et bien l'eau ne passe plus. Or on a besoin de permettre à l'eau de couler quand il y a de fortes pluies." Ce phénomène a explosé en France dans les années 60, comme le montre ce graphique du Medam, un laboratoire de l'université de Nice - Sophia Antipolis qui travaille sur ces questions.

Sur BFMTV, Christophe Castaner a fait le même constat: "La disparition du monde agricole dans les Alpes-Maritimes montre bien qu’on prend le risque d’une confrontation d’usage. [...] Vous avez du goudron partout, forcément vous le payez à un moment donné."

>> Evolution du taux d'artificialisation, en moyenne sur le territoire français de 1800 à nos jours:

Evolution du taux d'artificialisation en France.
Evolution du taux d'artificialisation en France. © Medam

La Côte d'Azur en championne

La Côte d'Azur est particulièrement touchée par ce phénomène. Pour la géographe Karine Emsellem, également interrogée sur Europe1, "on connait un phénomène de surconcentration [...]. On est face à un cycle infernal sur la Côte d'Azur. C'est bétonné donc les zones sont désormais imperméables. Et l'eau glisse dessus, ne s'infiltre plus et s'accumule." 

>> Carte du taux d'artificialisation des communes littorales de la Côte d'Azur. Les communes en vert sont en-dessous de la moyenne nationale, en rouge, au-dessus. Les taux à 0 signifient que les données ne sont pas disponibles.

Des 99 communes situées en bordure de la Méditerrannée, seules 32 se situent en-deça de la moyenne nationale. 56 sont au-dessus, parfois avec des taux extrêmement hauts: c'est le cas de Saint-Laurent-du-Var, avec un taux d'artificialisation de 89,44% de son territoire, ou Port-de-Bouc, qui affiche 85,48%. Le taux de Mandelieu-la-Napoule, durement touchée par les inondations récentes, monte à 77,22%.

>> Evolution du taux d'artificialisation, en moyenne sur la région Paca de 1800 à nos jours:

Evolution du taux d'artificialisation en Paca.
Evolution du taux d'artificialisation en Paca. © Medam

>> Evolution du taux d'artificialisation, en moyenne sur le Languedoc-Roussillon de 1800 à nos jours:

Evolution du taux d'artificialisation en Languedoc-Rousillon.
Evolution du taux d'artificialisation en Languedoc-Rousillon. © Medam

Comme sur l'ensemble du territoire, c'est entre 1960 et 1980, avec le boom immobilier, que l'artificialisation des sols a explosé. Mais avec des taux nettement supérieurs au reste du territoire, pour culminer à 18,82% en moyenne en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) et 19,42% en Languedoc-Roussillon. Bien que le rôle de cette particularité azuréenne dans les inondations ne soit pas formellement établi, la question sera scrupuleusement étudiée.