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Le Petit Nicolas fête ses 60 ans: son histoire racontée par Anne Goscinny

Le Petit Nicolas

Le Petit Nicolas - Imav éditions

A l’occasion du 60ème anniversaire du célèbre personnage, Anne Goscinny, la fille de René Goscinny, raconte la genèse du Petit Nicolas et dresse des parallèles avec sa propre série Le Monde de Lucrèce.

Le Petit Nicolas, imaginé par René Goscinny et Sempé, fête ses 60 ans. Apparu pour la première fois le 29 mars 1959 dans Sud Ouest Dimanche, le célèbre personnage revient avec une actualité chargée entre la réédition de ses premières aventures en BD et des projets audiovisuels (un film et une série) en préparation.

A l’occasion de cet anniversaire, Anne Goscinny, fille de René, évoque la genèse du Petit Nicolas et explore les parallèles avec sa propre série Le Monde de Lucrèce, dont le troisième tome est sorti ce mois-ci.

Le Petit Nicolas
Le Petit Nicolas © IMAV éditions

Comment est né Le Petit Nicolas?

Le Petit Nicolas est d’abord né en bande dessinée [dans l’hebdomadaire belge, Le Moustique, entre 1956 et 1958, NDLR]. Rapidement, le journal Sud Ouest Dimanche a demandé à mon père et à Sempé s’ils avaient une idée pour des chroniques. Mon père a proposé de reprendre ce personnage pour en faire des textes. C’est ainsi qu’est né, en mars 1959, Le Petit Nicolas tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Pourquoi s’appelle-t-il Nicolas?

C’est Sempé qui est passé, un jour, devant une affiche des vins Nicolas. Le prénom lui a plu. Le fils de Sempé s’appelle lui-même Nicolas. Et mon père a inventé tous les personnages aux noms curieux type Geoffroy, Eudes, Rufus, Agnan, Clotaire.

L’écriture du Petit Nicolas est beaucoup plus tendre que celle d’Astérix, qui est plus mordante…

Il y a déjà une différence fondamentale: il y a des bandes dessinées qui parlent en bulle et un texte littéraire. C’est une question de forme. Le style du Petit Nicolas est extrêmement artificiel. Pas un enfant ne parle comme ça. Mon père a imaginé un langage d’enfant alors que lui-même n’en avait pas. C’est plein de codes et de mots récurrents. Bizarrement, ce qui est artificiel est imitable, or, là, c’est artificiel et inimitable. C’est magique.
Le Monde de Lucrèce
Le Monde de Lucrèce © Gallimard

Il s’est inspiré de sa propre enfance?

Forcément. Ce sont des histoires qui parlent de l’enfance et d’un petit garçon et de ses copains. Les histoires liées au sport, au foot et aux colonies de vacances sont plutôt des souvenirs que Sempé racontait à mon père. C’est une œuvre d’imagination et probablement de souvenirs, mais, ça, je ne peux pas l’affirmer. Je le suppose.

Vous avez dit que vous aviez l’impression qu’il vous racontait son enfance à travers Le Petit Nicolas.

On n’a pas tous été gaulois, cow-boy ou vizir, en revanche on a tous été enfant. À un moment donné, je ne peux m’empêcher de me dire que dans ce personnage-là il a mis un peu de lui.

Vous avez aussi dit que Lucrèce est la sœur du Petit Nicolas.

Non, on l’a dit pour moi. Avec Catel [qui illustre les histoires du Monde de Lucrèce, NDLR], quand on a créé ce petit personnage, je me suis inspirée de la forme des histoires du Petit Nicolas. J’ai compté: j’ai vu qu’il y avait entre 9.000 et 11.000 signes à chaque histoire. Je me suis calée là-dessus, même si mes histoires font plus de 12.000 signes. J’ai décidé d’employer aussi cette première personne pour vraiment donner l’impression qu’on est dans la tête de Lucrèce. Comme j’ai le nom que je porte et qu’il n’est pas question de renier ni sa descendance ni son ascendance, il y a peut-être un air de famille. Mais si c’est le cas, c’est un tel compliment que ce n’est pas à moi de le faire.
Hommage au Petit Nicolas dans Lucrèce
Hommage au Petit Nicolas dans Lucrèce © Gallimard

D’où vient ce prénom, Lucrèce?

Quand j’ai attendu ma fille, Salomé, mon mari voulait qu’on l’appelle Lucrèce. Je trouvais que ce nom véhiculait des choses très compliquées à porter pour un enfant - et qu’elle serait appelée "Lulu" tout le temps. Mais je lui ai promis de lui faire un jour une Lucrèce. Et voilà! La série s’appelle Le Monde de Lucrèce, car je ne voulais pas réduire ces livres à un seul personnage. Je voulais pouvoir élargir aux copines, à la famille. L’idée de la famille recomposée vient de Catel.

Qu’est-ce qui vous inspire pour écrire Le Monde de Lucrèce?

En écrivant Lucrèce, je pense davantage à la Comtesse de Ségur qu’à mon père. Elle m’inspire beaucoup. Dans le volume 4, qui sort en octobre, je lui rends un grand hommage. Pour moi, elle est la mère fondatrice de tout un pan de la littérature. Elle a un sens du récit, du dialogue, de la structure, du drame, de la comédie inégalé aujourd’hui. C’est forcément enrichissant. Et puis les valeurs véhiculées par la Comtesse de Ségur parlent de respect, de travail, d’effort, de piété, d’endurance. Rien n’est facile dans la Comtesse de Ségur, même si ce sont des gens riches. C’est beaucoup plus complexe que ça en a l’air.

La différence entre Lucrèce et Le Petit Nicolas est que vous parlez beaucoup plus de la société contemporaine.

J’ai eu envie de parler de la vie à laquelle j’assiste, à celle de mes contemporains. J’ai une gamine qui a 16 ans. Quand l’idée de Lucrèce a germé, elle en avait 13-14. Je trouve qu’il est difficile aujourd’hui d’écrire le journal d’une adolescente en faisant l’impasse sur les téléphones portables, les iPad ou certains sujets de sociétés comme le mariage homosexuel. Je n’écris pas du tout des récits pour enfants. J’en serai bien incapable. Quand j’écris mes histoires de Lucrèce, j’écris d’abord pour Catel, pour la faire rire. On me dit que c’est pour les pré-ados, mais, dans ma tête, c’est pour les parents. On a souvent le point de vue de la mère et de la grand-mère. J’écris pour les adultes.

Il y a des passerelles amusantes entre Le Petit Nicolas et Le Monde de Lucrèce. Dans le tome 3, il y a un film de cowboy à la télé. Ce que le Petit Nicolas adore.

Le Petit Nicolas adore ça, c’est vrai. Je suis sans doute très marquée par ça aussi. Mon père adorait les westerns. Pendant le peu de temps que j’ai vécu avec lui, c’est vrai que quand il y avait un western à la télé, c’était un événement. C’est vrai qu’il y a des passerelles. Dans le tome 2, il y a une histoire avec le petit-fils du Petit Nicolas.

Le Petit Nicolas fête ses 60 ans les 30 et 31 mars à la Fondation Louis-Vuitton avec une exposition éphémère. 

Jérôme Lachasse