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Deux expositions dévoilent la vie de René Goscinny, le génial co-créateur d'Astérix et du Petit Nicolas

René Goscinny à sa table de dessin

René Goscinny à sa table de dessin - © Anne Goscinny

A l’occasion du 40ème anniversaire de sa mort, deux expositions consacrent le génie de Goscinny, qui a révolutionné la BD avant d'investir le cinéma avec une égale ambition.

Il est célébré depuis des décennies comme l’un des génies de la BD. Au moment de sa mort, le 5 novembre 1977, il avait créé son studio d'animation et allait devenir le Walt Disney français. Deux expositions consacrent cet automne ces deux facettes de l’œuvre de René Goscinny. La première, au musée d'Art et d'histoire du judaïsme (MAHJ), retrace sa vie et celle de ses aïeux, d'éminents imprimeurs. La seconde, à la Cinémathèque française, évoque le rapport entre son œuvre et le cinéma.

"Sa biographie, c’est un roman", prévient Didier Pasamonik, conseiller de l’expo du MAHJ. Né en 1926 à Paris, soit deux ans avant Mickey, Goscinny a vécu le début de sa vie hors de France, à Buenos Aires puis à New York. Son enfance, peu connue du grand public, est déterminante pour comprendre ses plus célèbres créations.

De L'Archipel du Goulag à Lucky Luke

Goscinny naît dans une célèbre famille d’imprimeurs d’origine juive, les Beresniak, qui imprimeront dans les années 1970 L'Archipel du goulag d'Alexandre Soljenitsyne. "C’est un fait majeur", commente Anne-Hélène Hoog, commissaire de l'expo du MAHJ. "Goscinny est un expert de la chose imprimée. Il sait faire un album, construire un récit, placer une image et organiser visuellement un espace imprimé". Un savoir très précieux qui explique en partie l'efficacité ses scénarios de Lucky Luke et d'Astérix. 

Le nom de l'irréductible gaulois est d'ailleurs un jeu de mot sur le symbole typographique et un clin d’œil à l'imprimerie de ses grands-parents maternels. Sur sa famille, Goscinny n’a jamais rien dit publiquement. "Ça n'entrait pas du tout dans le cadre des mœurs de l’époque", détaille la spécialiste. "Il n’a pas eu au cours de sa carrière de raisons ou de désirs de mélanger vie privée et vie professionnelle. Mais il était attaché à sa vie familiale."

René Goscinny à sa table de dessin / Autoportrait à la table à dessins en 1948
René Goscinny à sa table de dessin / Autoportrait à la table à dessins en 1948 © © Anne Goscinny.

Fasciné par Walt Disney

A Buenos Aires, Goscinny étudie au lycée français. Il y découvre Victor Hugo, Eugène Sue, la littérature latine. Ces connaissances nourriront par la suite ses parodies dans Astérix et Lucky Luke. A cette époque, il lit aussi la BD Patoruzú, une des influences majeures de Goscinny pour Astérix: "On a retrouvé des cases d’Astérix où Goscinny a repris un gag de Patoruzú", révèle Didier Pasamonik. 

Ces années d’apprentissage sont bouleversés par la Seconde Guerre mondiale. Durant le conflit, dont il suit avec attention l’évolution, il réalise des caricatures d’Hitler, de Staline et de Churchill. Celles-ci sont exposées au MAHJ. Selon Anne-Hélène Hoog, elles témoignent déjà de l'appétence de Goscinny pour le pastiche: "il sait comment faire comprendre en un seul regard un caractère, un tempérament. C’est cette capacité à étudier un caractère qui est la base de l’oeuvre de Goscinny”.

Outre l’image dessinée, Goscinny s’intéresse aussi au cinéma et en particulier à Walt Disney et aux westerns. Des dessins de Pinocchio, de Blanche-Neige et les sept nains et de Mickey réalisés en 1942 et exposés à la Cinémathèque témoignent ainsi de la fascination exercée par Disney sur le jeune homme. Après la guerre, Goscinny débarque aux Etats-Unis avec la ferme intention de faire de l’animation. Mais il se heurte à un problème: "Il arrive à New York et veut travailler pour Walt Disney, sauf qu’il ignore que les studios Disney sont en Californie", résume Pasamonik.

Dessin pour Le Petit Nicolas fait du sport (2014)
Dessin pour Le Petit Nicolas fait du sport (2014) © © IMAV éditions /Goscinny – Sempé

Défenseur des droits des dessinateurs

A New York, Goscinny rencontre Harvey Kurtzman, le futur créateur de Mad Magazine, avec qui il partage le même sens de l’absurde et du gag, mais aussi Morris, pour qui il écrira plus tard des scénarios de Lucky Luke. Goscinny ne délaisse pas le dessin et réalise deux BD dans les années 1950: Capitaine Bibobu et Dick Dicks.

Le dessin n'impressionne guère, mais les gags amusent et Goscinny commence à écrire des histoires pour grands noms de l’époque, comme Jijé (Jerry Spring), Tibet (Chick Bill) et Franquin (Modeste et Pompon). "Il était très demandé, car il avait une facilité pour raconter les histoires et pour passer d’un genre à un autre", dit Anne-Hélène Hoog. En 1956, il créé avec Sempé Le Petit Nicolas. Astérix suivra en 1959 et Iznogoud en 1962. 

Devenu rédacteur en chef de la revue Pilote en 1963, Goscinny va défendre les droits des auteurs tout en favorisant l’éclosion d’une nouvelle génération de dessinateurs: Druillet, Jean Giraud, Claire Bretécher… Ceux-ci l'abandonnent pourtant à la fin des années 1960 pour créer leurs propres revues: L’Echo des Savanes, Métal Hurlant, Fluide Glacial… "Il ne s’est pas senti compris et respecté. Il a eu le sentiment d’être face à des gens très ingrats. Ça l’a dégoûté", explique Anne-Hélène Hoog. Selon elle, cette rupture a changé sa manière de travailler: "Il a voulu faire du cinéma de plus en plus. Il s’est retiré dans ses bureaux de directeur."

Asterix et Cléopatre
Asterix et Cléopatre © Citel Vidéo

Le cinéma pour horizon

Le cinéma, c’est la grande affaire de sa vie. Le western a influencé Lucky Luke. Le péplum Astérix. Dans Les Dingodossiers, avec Gotlib, il parodie les conventions du cinéma. Et Le Petit Nicolas ne parle que de télévision et de cinéma. "Ce que nous ignorions en commençant cette exposition est à quel point le cinéma a été l’horizon de l’ambition de René Goscinny", raconte Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque. "Toute sa vie, il a poursuivi cette idée fixe: devenir cinéaste lui-même".

Dans les années 1970, Goscinny a accompli son rêve en créant les studios Idéfix. Il réalise quatre films, Astérix et Cléopâtre (1968), Daisy Town (1971), Les Douze Travaux d’Astérix (1976), La Ballade des Dalton (1978). Il écrit aussi des scénarios pour son grand ami Pierre Tchernia, dont Le Viager, grand succès populaire de l'année 1972. La Cinémathèque expose dans une mise en scène très immersive des documents de travail, des storyboards et des extraits de scénario de ces films.

Acharné de travail

Ses influences comme ses ambitions sont décryptées. "Quand il est arrivé à la tête de Pilote, il a voulu donner ses lettres de noblesse à la BD, qui était alors méprisée. Quand il arrive dans le cinéma, il manifeste la même ambition", explique Jean-Pierre Mercier, commissaire de l'expo de la Cinémathèque. "C’est quelqu’un qui a toujours voulu mettre la culture populaire la plus haute possible". A la Cinémathèque comme au MAHJ, on découvre un homme acharné de travail, cultivé, recherchant sans cesse à perfectionner son art. 

C’est à Anne Goscinny que revient le mot de la fin: "Je voyais arriver ce quarantième anniversaire de la mort de mon père avec une certaine appréhension. Je me suis rendue compte que cet anniversaire portait bien son nom: c’est véritablement une fête."

Affiches cinémathèque goscinny
Affiches cinémathèque goscinny © Cinémathèque Française

deux expositions rené goscinny à voir

"René Goscinny: au-delà du rire", au MAHJ, du 27 septembre au 4 mars 2018.

Ouvert du mardi au vendredi (de 11 à 18h) et samedi et dimanche (de 10 à 18h). Tarifs: 9 euros (plein tarif), 6 euros (tarif réduit). Prévente au musée et à la FNAC (supplément de 1 € sur le prix du billet). Adresse: Hôtel de Saint-Aignan, 71, rue du Temple, 75003 Paris. Informations: 01.53.01.86.60

"Goscinny et le Cinéma. Astérix, Lucky Luke & Cie", à la Cinémathèque française, du 4 octobre au 4 mars 2018.

Tous les jours (sauf fermeture le mardi): de 12h à 19h, nocturne le jeudi jusqu'à 21h. Tarifs: 11 euros (plein tarif), 8,50 euros (tarif réduit) et 5,50 euros (moins de 18 ans). Adresse: 51 rue de Bercy, 75012 Paris, métro Bercy. Informations: 01.71.19.33.33.​​​​​​​

Jérôme Lachasse