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Paris: Druillet, le dessinateur qui a inspiré George Lucas et Ridley Scott, s'expose

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- - Philippe Druillet

La galerie Barbier & Mathon à Paris consacre une exposition au dessinateur Philippe Druillet, inspirateur de Star Wars et de Mad Max.

"J’ai la rage." A 73 ans, Philippe Druillet n’a pas encore dit son dernier mot. Malgré un accident qui l’empêche de commencer son adaptation de La Divine comédie de Dante, le mythique cofondateur de Métal Hurlant et inspirateur de George Lucas, de George Miller et de Ridley Scott continue de dessiner. "Je fais comme je peux", grommelle-t-il à la galerie Barbier & Mathon qui expose jusqu'à la fin du mois d’octobre des dessins inédits.

Il lui reste encore un an de rééducation. Il a pourtant réussi à achever 65 dessins à la mine de plomb. "L’exposition lui a permis de tenir tout au long de l’année", indique Jean-Baptiste Barbier, propriétaire de la galerie. Chaque dessin convoque des figures marquantes de sa carrière: des touaregs, des Nosferatu, des créatures inspirées de Lovecraft et des Lone Sloane, le mystérieux aventurier aux yeux rouges qu’il a créé en 1966. Les dessins sont proposés à la vente pour seulement 1.000 euros. Une affaire: les originaux de Druillet sont souvent estimés entre 30.000 et 40.000 euros selon Le Point.

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- © Druillet

"Je suis un enfant d’Astérix"

Druillet, c’est la rock star des auteurs de BD. Dans les années 1970 et 1980, il a dessiné de gigantesques pages représentant des motards drogués, des éléphants de combat et des ponts suspendus dans l’espace. Quand il replonge dans ses albums, Druillet est le premier surpris:

"J’étais allumé à tous les niveaux, au propre et au figuré. Je ne pensais qu’au dessin. J’étais dans un délire complet, mais je n’étais pas le seul à penser comme ça. Il y avait quelque chose dans l’air: le rock, les Stones, les Doors".

En découvrant son premier album, Hergé lui a écrit une lettre d’admiration. Et René Goscinny a publié ses planches dans la revue Pilote. Druillet lui doit une reconnaissance éternelle. "Je suis un enfant d’Astérix", aime-t-il dire. "C’est grâce à Goscinny que j’ai pu faire ce que j’ai fait dans ma vie."
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- © Druillet

Druillet impressionne ses contemporains - et surtout les cinéastes. En 1977, un certain George Lucas lui commande des peintures de Dark Vador et puise dans ses dessins pour Star Wars. En 1985, Ridley Scott s’inspire d’un diable dessiné dans son adaptation de Salammbô de Flaubert pour Legend. "Et il y a une case à la fin de Salammbô qui s’est retrouvée dans Gladiator", complète Druillet.

"Ridley est un génie absolu. Il me connaît très bien. Je travaillais un jour sur un clip et un copain producteur l’appelle et ils parlent de moi. Scott lui dit: 'tu peux y aller, j’ai piqué la moitié de mes images sur ses BD'. Il ne faut pas tomber dans le syndrome Mézières [l’auteur de Valérian et Laureline, NDLR] et dire qu’on m’a tout piqué. C’est un jeu d’influences, un jeu d’artistes".

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- © Druillet

"On m’a dit que ça ressemblait à Mad Max"

Cette proximité entre son oeuvre et le cinéma lui a malgré tout joué quelques tours. "Dans les années 1970, je me suis dit que La Nuit [sa BD de 1976, où il évoque la mort de sa femme, NDLR] ferait un beau film, mais les producteurs m’ont dit que ça ressemblait à Mad Max… Dans un article, Miller a même expliqué qu’il s’en était inspiré". Druillet ne garde aucune amertume. La BD reste son premier amour. Si le cinéma est pour lui "l'art merveilleux du mensonge", la BD est "un travail de bénédictin":

"C’est un mélange de plaisir et de dureté absolument incroyable. Tu ne peux pas mentir en BD. C’est impossible. C’est ton trait, c’est ce que tu es. Je ne sais pas comment le définir, mais il y a quelque chose dans la BD: tu te fais chier, tu grattes comme un malade et en même temps tu es porté par quelque chose que tu ignores".

Salammbô
Salammbô © Druillet / Glénat 2017

"Mon Salammbô, c’est les grottes de Lascaux du numérique"

C’est dans cet état d’esprit qu’il a adapté, entre 1979 et 1986, Salammbô de Flaubert. Une épopée que retrace aujourd’hui le beau livre Flaubert Druillet - Une rencontre (Marie Barbier éditions). Pendant sept ans, Druillet a dessiné des "planches de sauvage", dont se démarque une multitude de bâtiments et de vaisseaux en forme phallique. Druillet a aussi innové en réalisant certaines pages en numérique: "Aujourd’hui, on peut dire, franchement, que ce n’était pas terrible. C’est les grottes de Lascaux du numérique". Si Salammbô a été "une des plus belles histoires de [s]a vie", ce travail d’adaptation l’a épuisé: "J’étais tellement habitué de vivre dans cet univers que j’ai passé deux ou trois mois complètement paumé."

A 73 ans, Druillet déborde de projets. Le 20 octobre sort le nouvel album de Zombie Zombie, Livity, dont il a signé la pochette. Ses BD sont traduites dans le monde. "Je me retrouve avec un avalanche d’éditions étrangères", dit-il, ému. "Je suis très fier." Et il a trouvé son héritier, Dimitri Avramoglou, avec qui il prépare une suite des aventures de Lone Sloane à paraître au printemps 2018: "C’est un monstre de dessin, une bombe atomique", prévient-il. "Il fait du Druillet mieux que Druillet!"

Jérôme Lachasse