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Violences sexistes: les garçons autant bourreaux que victimes à l'école

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - AFP

Une vaste étude menée auprès de 47.000 élèves du primaire au lycée décortique les violences sexistes à l'école. Et montre que les garçons sont autant agresseurs qu'agressés.

Écoliers, collégiens et lycéens autant agresseurs qu'agressés à l'école. Selon une vaste étude rendue publique fin mai sur les violences sexistes du primaire au lycée, un schéma et une oppression "virilistes" conduisent à la construction d'un modèle de "mâle alpha". Avec pour conséquence: garçons et adolescents sont autant auteurs que victimes de violences sexistes, rapporte Le Monde.

"Toute violence peut avoir une connotation sexiste. Mais les violences sexistes ne signifient pas qu'elles sont sexuelles. Il s'agit ici de la construction qui peut amener ensuite à la violence sexuelle. Ça commence par des insultes, des baisers forcés, du voyeurisme dans les toilettes", explique pour Libération le sociologue Eric Debarbieux, président de l'Observatoire européen de la violence à l'école et auteur du rapport.

Insultes, menaces, déshabillage forcé

Plus de 47.000 témoignages d'enfants et de jeunes âgés de 8 à 19 ans ont été recueillis. Selon les conclusions de ce rapport, les garçons sont davantage victimes d'insultes et de menaces (65% contre 55%) mais aussi de déshabillage forcé (14,2% contre 10,3%) à l'école primaire. Les filles rapportent quant à elles avoir été plus regardées aux toilettes (20% contre 18,4%) et victimes de baisers contraints (18,1%, contre 14,9%).

Au collège, les adolescents sont plus victimes d'insultes (56% contre 47%) alors que les adolescentes disent être davantage mises à l'écart (32% contre 26%) et subir des moqueries sur leur sexualité (8,6% contre 8,1%).

"Humilié, je n'ai rien dit de peur d'être jugé"

Et au lycée, les garçons subissent davantage les insultes homophobes (21,1% contre 13,8%). Quelque 5% de garçons (2,2% de filles) ont par ailleurs été victimes de la diffusion d'images intimes. Benoît, 18 ans, témoigne. 

"En première, j'étais en atelier. Je demande pour aller aux toilettes et constate que je suis suivi par des gars de ma classe. L'un d’eux me saisit et me plaque au sol pendant qu'un autre éteint la lumière, je sens alors un autre me claquer son sexe contre mon visage. Après ça, je suis resté tétanisé (...) Humilié, je n'ai rien dit de peur d'être jugé."

Le "viriliste" a besoin de dominer

"Comment passe-t-on d'une surexposition des jeunes garçons à la violence scolaire à une surexposition des femmes devenues adultes? Est-ce au moins en partie à cette violence contre les garçons (et, présumons-le, entre garçons) que nous devons relier la violence ultérieure contre les femmes?" s'interroge l'équipe qui a rédigé le rapport.

Selon Eric Debarbieux, le "viriliste" a besoin de dominer, indique-t-il à 20 minutes. "Ce sont des garçons jugés 'non conformes' au modèle viril par leurs pairs (...) Des agresseurs qui refusent le féminin ou des qualités supposées féminines. Ces derniers vont par exemple, s'en prendre aux 'bons élèves' au collège et au lycée qui sont moqués car ils sont très calmes en classe ou à ceux qui sont plus petits ou fragiles physiquement. Ces derniers vont subir la domination de leurs camarades qui vont construire leur virilité en tapant sur l'autre."

Céline Hussonnois-Alaya