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Victoire des Bleus au Mondial 2018: un tremplin pour le vivre-ensemble?

Coupe du monde: les Bleus fêtés le 9 septembre?

Coupe du monde: les Bleus fêtés le 9 septembre? - AFP

Le sacre de l’Équipe de France au Mondial 2018 peut-il avoir une influence sur la cohésion de la société française? Nos invités en débattent sur le plateau de BFMTV.

Depuis dimanche, soir du sacre des Bleus en Coupe du monde face à la Croatie, la France se rassemble dans un élan commun autour d’une équipe aux allures de symbole. Jeune, métissée, issue de quartiers populaires: à l’heure où le plan banlieue de Jean-Louis Borloo a fait l’effet d’un pétard mouillé et où l’Hexagone se divise autour des questions identitaires, les supporters de toutes les origines sociales vibrent ensemble autour de 23 joueurs qui représentent la diversité et crient haut et fort leur amour pour la France et la République.

Une liesse qui s’accompagne, malgré tout, de commentaires malveillants. La sélection de Didier Deschamps se voit parfois ramenée à ses origines. L’animateur américain Trevor Noah, par exemple, ironise sur leur couleur de peau, félicitant "l’Afrique" d’avoir "gagné la Coupe du monde". L’Italie, de son côté, est devenue le théâtre d’un déferlement de haine raciste contre les Bleus après leur victoire. Quelle influence la réussite de l’Équipe de France en Coupe du monde 2018 peut-elle avoir sur le vivre-ensemble?

"Cette victoire doit être un levier"

"Évidemment, un match de foot ne va pas changer la face de la France", modère le président de SOS Racisme Dominique Sopo sur notre antenne. "Mais en même temps, il y a évidemment des éléments symboliques qui peuvent être intéressants dans une société."

La France a-t-elle une chance à saisir? Pour Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques, ça ne fait aucun doute: "Cette victoire doit être un levier. Elle ne suffit pas en tant que tel, elle ne suffit pas pour changer la société, (mais) on doit s’en servir pour dire 'ça peut marcher, à condition d’agir et de prendre des décisions'." Et d’insister: 

"Cette victoire-là, si ça ne change pas les contrôles au faciès, les discriminations, le manque d’accès à l’emploi, la difficulté pour trouver un logement si on est arabe ou noir, elle n’aura pas servi à grand-chose." Selon lui, "en 1998 on n’a pas utilisé ce levier".

Vague d'optimisme dans l'Hexagone

Les Français eux-mêmes semblent croire à un élan d'unité: ils sont 56% à juger que la victoire des Bleus va doper le patriotisme, selon un sondage réalisé par l’institut Elabe. Bernard Sananès, son président, explique:

"Les Français sont très lucides et ils considèrent que ces valeurs qu’on prête à cette équipe de France, généreuse, courageuse, solidaire, motivée, aujourd’hui ils ne les retrouvent pas dans la société française. Donc il peut y avoir une vertu d’exemple."

Les gradins, un espace de communion

De fait, La Marseillaise a énormément retenti ces derniers jours parmi les supporters, jusque sur le perron des marches de l’Élysée, entonnée lundi par les Bleus. "Quand on est un jeune d’origine immigrée, ces dernières années ont été particulièrement malveillantes", explique Dominique Sopo. "Les jeunes aiment bien chanter La Marseillaise quand ils sont dans des cadres où ils se disent qu’il n’y a pas de malveillance qui circule. Et là ils sont toujours contents de la chanter, parce qu’ils se sentent autorisés d’appartenir à un ensemble."

Benjamin Pierret