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Maryam Pougetoux, la responsable voilée de l'Unef, sort du silence

Maryam Pougetoux, le 1er mai 2018

Maryam Pougetoux, le 1er mai 2018 - STR / AFP

Maryam Pougetoux, présidente de la section locale de l'Unef à Paris IV, a répondu dans les colonnes de BuzzFeed à ses détracteurs et au ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, qui juge "choquant" qu'elle porte le voile.

Tout est parti d'une simple interview télévisée. Maryam Pougetoux, 19 ans, est depuis une semaine la cible de nombreuses critiques, en raison du port de son voile. Divulgation de son numéro de téléphone, appel au harcèlement, ou encore insultes sur les réseaux sociaux, la jeune femme s'est retrouvée au coeur d'attaques haineuses après s'être exprimée coiffée d'un voile au micro de M6.

"Je ne m'attendais pas à ce que cela monte aussi haut"

La polémique a pris une autre ampleur quand le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a affirmé vendredi sur notre antenne trouver "choquant" que la responsable de l'Unef apparaisse à la télévision avec un voile. "C'est du prosélytisme. On le voit bien qu'il y a un certain nombre de gens qui au travers de ces signes sont dans la provocation" avait-il ajouté.

Dans une interview accordée à BuzzFeed, publiée ce dimanche, Maryam Pougetoux a tenu à répondre à ses détracteurs, et notamment aux propos tenus par Gérard Collomb:

"C'est assez grave, je ne m'attendais pas à ce que cela monte aussi haut et que cela devienne presque une affaire d'État", s'est-elle étonnée. "C'est assez pathétique de la part d'un ministre de l'Intérieur d'avoir de tels propos, aussi violents. Sachant que mon voile n'a aucune fonction politique. C'est ma foi. Après oui, c'est visible, mais ce n'est pas pour autant du prosélytisme. Je dois presque me justifier de mon choix alors que je ne devrais pas."

"Je n'ai rien à voir avec Daesh"

Elle a également rappelé que son voile n'avait aucun lien avec une potentielle attirance à Daesh, comme l'a laissé entendre Gérard Collomb toujours sur notre antenne.

"À mon sens, il n'y a aucun lien entre mon voile et des jeunes qui seraient attirés par Daesh. Il faut savoir que tout vient de l'éducation. Lorsqu'on donne la possibilité à des jeunes de s'éduquer, d'aller à l'université, de se forger leur propre opinion pour qu'ils réfléchissent par eux-mêmes, on ne devrait pas avoir ce souci de jeunes radicalisés", analyse-t-elle. 
"Je me considère comme étant intégrée et je n'ai rien à voir avec Daesh. Je suis une citoyenne française, j'ai fait des études en France, dans des établissements laïcs et publics, mon voile n'a aucun lien avec ça".

"On me prête des intentions qui ne sont pas les miennes"

Deux jours avant Gérard Collomb, c'est la secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes, Marlène Schiappa, qui s'était exprimée sur le port du voile de Maryam Pougetoux. Elle avait déclaré sur franceinfo y voir "une forme de promotion de l'islam politique".

La jeune présidente de la section locale de l'Unef a fermement réprouvé cette accusation.

"Je réfute le fait que l'on puisse dire que mon voile est un symbole politique. Ce n'est absolument pas le cas. On lui donne une signification que moi-même je ne lui donne pas", s'agace-t-elle.

"Je pense qu'il faut démystifier cette question-là. Derrière 'islam politique', on met un peu tout et n'importe quoi. Et c'est malheureux car, on me prête des intentions qui ne sont pas les miennes. À aucun moment je n'ai mis mon voile par volonté politique ou réactionnaire. Absolument pas."

"Je porte le voile dans le respect d'autrui"

Face à toutes ces spéculations, elle s'est finalement décidée à justifier le port de son voile:

"Je le porte par choix, par conviction religieuse, mais dans le respect de la loi, dans le respect d'autrui, donc à partir de ce moment-là, le débat ne devrait même pas se poser".

Au-delà de la sphère politique et des internautes, d'anciens membres de l'Unef, dont Maryam Pougetoux est membre, s'étaient eux aussi mêlés au débat et insurgés qu'une dirigeante de l'organisation étudiante puisse porter le voile. C'est le cas notamment du conseiller régional PS d'Île-de-France Julien Dray, qui s'est exprimé "en tant que membre fondateur de l'Unef", sur les réseaux sociaux:

"La direction du syndicat qui accepte cette jeune dame comme dirigeante souille tout notre combat mené dans les universités… Bien des membres de l'Unef doivent être effaré (sic)", a-t-il posté.

Face à ce déferlement de critiques, l'Unef a rédigé un communiqué pour exprimer son "soutien" à la jeune femme.

Céline Penicaud