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Plan banlieue: entre Borloo et Macron, la tension monte

Jean-Louis Borloo et Emmanuel Macron

Jean-Louis Borloo et Emmanuel Macron - LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Tandis que le gouvernement affiche une prudence ressemblant de plus en plus à de la circonspection sur le "Plan banlieue" de Jean-Louis Borloo, plusieurs élus locaux se mobilisent pour que ses recommandations soient appliquées.

Comment une quasi-unanimité peut-elle virer à la crise latente? Au départ, il ne s'agissait que d'un report: alors qu'il devait être initialement présenté le 22 mai, le "Plan banlieue", préparé par Jean-Louis Borloo à la demande du chef de l'Etat, était finalement repoussé à une date ultérieure. Le président, indiquait l'Élysée, s'en tiendrait à indiquer le cap à suivre sur les banlieues, terrain sur lequel le "président des riches" a beaucoup à jouer.

Durcissement

Un volte-face plus tard, le Palais indiquait finalement, vendredi dernier, qu'Emmanuel Macron annoncerait bien des mesures concrètes, mais précisait, dans ce qui ressemblait fortement à un enterrement de première classe pour le rapport Borloo, que l'heure n'était pas à la "réinvention" de "grands dispositifs".

"Ce n'est pas à Borloo de décider", indiquait dès jeudi le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux sur LCP. 

Matignon tentait pour sa part une opération de désamorçage, soulignant que "le rapport n’[avait] jamais été conçu pour être repris tel quel mais pour inspirer le gouvernement". Jean-Louis Borloo a lui-même pris acte du durcissement des débats:

"Ils prennent le risque de créer un problème politique là où il n'y en avait pas", a constaté l'ancien président de l'UDI dans Le Journal du Dimanche.

Borloo soutenu par de nombreux élus locaux

La tension ne cesse donc de monter entre soutiens de l'ancien ministre de la Ville, parmi lesquels figurent de nombreux élus locaux, et membres du premier cercle macroniste.

Philippe Rio, maire communiste de Grigny, dans l'Essonne, et membre d'un groupe d'une dizaine d'élus de tous bords en pointe sur ce dossier, indiquait au Monde qu'il attendait que l'exécutif "prenne tout, la totalité des recommandations de Borloo".

Ces derniers peuvent compter sur le soutien de plusieurs élus de poids, à commencer par le maire de Troyes et président de l'Association des maires de France, François Baroin. "Le constat de Borloo est partagé par tous les maires en responsabilité depuis longtemps, il y a un effacement progressif de la puissance publique", a-t-il ainsi estimé. 

"Ne pas prendre en compte ce projet après l'avoir commandé serait un camouflet à l'égard de tous les acteurs impliqués, à commencer par les maires", ajoute dans Le Figaro le maire Les Républicains de Meaux, Jean-François Copé.

Changement d'époque

Au cœur du malaise: une différence de vues entre les représentants de "l'ancien monde" et les démiurges macronistes.

Quand Jean-Louis Borloo compte s'appuyer sur les acteurs "classiques" de la politique de la ville (élus locaux et associations) et promeut notamment l'allocation d'importants moyens financiers pour soutenir les banlieues, Emmanuel Macron souhaite au contraire s'entourer de nouveaux interlocuteurs, représentants de la "société civile". Ces derniers siégeront dès mardi au Conseil présidentiel de la ville, nouvelle couche d'un véritable mille-feuilles institutionnel.

"Si on doit redémarrer quelque chose, on ne peut pas redonner les clés à ceux qui en ont le monopole depuis trente ans", estime dans Libération Mohamed Mechmache, fondateur du collectif ACLefeu qui prendra part à ce nouveau conseil. "On crée une petite cour et on s’assoit sur le suffrage universel", réplique dans "Libé" un élu de banlieue parisienne.

En outre, la macronie reproche aux concepteurs et exécutants des précédents plans d'aide une mauvaise gestion des moyens et une stratégie inefficace, dans laquelle persisterait selon eux le plan Borloo. "Je pense qu'il faut changer de logique, la banlieue n'a pas besoin d'argent de poche", plaidait ainsi le député La République en marche Aurélien Taché, ce lundi sur Europe 1

"Des propositions paternalistes, avec des institutionnels qui sont toujours les mêmes, qui ne sont pas représentatifs et sur lesquels on déverse du fric", tranche l'entourage d'Emmanuel Macron, moins diplomate, dans le JDD.

Vexation

À cette divergence de fond s'ajoute désormais une dose de vexation, si bien que le Plan banlieue pourrait se transformer en guerre d'ego, pour l'instant circonscrite aux "entourages" de Jean-Louis Borloo et d'Emmanuel Macron.

"Certains membres de l’entourage d’Emmanuel Macron estiment que Borloo et son rapport ont pris trop de place dans le débat public et ça les irrite au plus haut point", confie dans Le Monde un familier du chef de l'Etat

"Même s’il est un peu tôt pour en faire l’annonce dès mardi, Macron pourrait au moins indiquer que ses équipes retiennent ces idées et y travaillent", commente pour sa part un proche de Jean-Louis Borloo, froissé.

"J’ai l’impression d’être dans une cour d’école", soupire un proche du dossier. "Mais je pense que Macron va vite y mettre le holà." Il y a tout intérêt: une nouvelle vague de protestations des élus locaux serait en effet du pain bénit pour l'opposition, trouvant là de nouveaux griefs à ajouter au procès en "déconnexion" d'Emmanuel Macron. 

Louis Nadau