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Un dîner du Crif sous tension

L'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, et le président du Crif, Roger Cukierman, lundi soir.

L'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, et le président du Crif, Roger Cukierman, lundi soir. - Matthieu Alexandre - Pool - AFP

Au cours du 30e dîner du Crif, Roger Cukierman est revenu en partie sur les propos polémiques qu'il a tenus ce lundi matin sur Europe 1, au sujet de Marine Le Pen et des jeunes musulmans.

Il a présenté des excuses... partielles. Quelques heures avant le début du 30e dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), qui se déroulait ce lundi soir dans le 14e arrondissement de Paris, son président Roger Cukierman s'est attiré des foudres de toutes parts après des propos polémiques proférés sur Europe 1 lundi matin.

En l'occurrence, le patron du Crif, en évoquant le Front national et sa présidente Marine Le Pen, a parlé d'une personne "irréprochable" et d'un parti qui "ne commet pas de violences". "Toutes les violences sont commises par des jeunes musulmans, il faut dire les choses," a-t-il poursuivi, avant de nuancer un peu ses dires: "Bien sûr, c’est une toute petite minorité de la communauté musulmane, et les musulmans en sont les premières victimes."

Face à la polémique qui n'a eu de cesse d'enfler tout au long de la journée, au point même que le Conseil français du culte musulman (CFCM) a décidé de boycotter la soirée, Roger Cukierman est apparu un tant soit peu embarrassé, au cours de son allocution marquant le début de la soirée. S'il a finalement changé d'avis au sujet de la leader du FN entre ce matin et ce soir, il a persisté et signé concernant sa vision des jeunes musulmans. "On me fait un mauvais procès", a-t-il plaidé.

Un rétropédalage complet sur Marine Le Pen

Concernant Marine Le Pen, Roger Cukierman, dans son discours d'introduction, a réitéré ses mises au point sur la présidente du Front national: "Marine Le Pen n'est pas une personne fréquentable ni irréprochable, aussi longtemps qu'elle continuera à ne pas se désolidariser des propos de son père pour lesquels il a été condamné par la justice". Des propos qui viennent directement en contradiction avec ceux qu'il avait prononcé le matin même, puisqu'il avait jugé Marine Le Pen "d'irréprochable personnellement".

"Je note également qu'elle continue d'accepter au Front national des personnalités qui sont des négationnistes, des vichystes, des pétainistes. Et donc je dis que nous ne partageons pas les mêmes valeurs morales. Donc nous continuerons à ne pas inviter Marine Le Pen au dîner du Crif et nous continuerons à ne pas conseiller de voter pour le Front National", a-t-il ajouté sous les applaudissements.

Sur les jeunes musulmans, "un mauvais procès"

Concernant ses propos sur les jeunes musulmans, Roger Cukierman a tenté d'arrondir les angles, sans toutefois revenir dessus. Il a notamment vivement regretté l'absence du CFCM. "Le Conseil français du culte musulman nous a informés cet après-midi de sa décision de ne pas assister au dîner. J'ai appris cette décision avec un vif regret", a déclaré le président du Crif.

"J'ai appelé Monsieur Boubakeur (le président du CFCM, ndlr) pour essayer de le faire changer d'avis, je lui ai dit qu'il nous faisait un mauvais procès", a-t-il ajouté.

"Je n'ai fait que mettre l'éclairage"

Mais "je n'ai fait que mettre l'éclairage sur le fait que tous les terroristes qui ont commis des meurtres dans la période récente se réclamaient de l'islam, et que les premières victimes de ces terroristes, ce sont les musulmans", a-t-il martelé.

"J'ai dit à Monsieur Boubakeur que notre amitié, qui est ancienne, sincère , devrait surmonter ce problème car ce qui compte, c'est le vivre ensemble", a-t-il ajouté, estimant que "juifs et musulmans, nous sommes sur le même bateau, et j'espère que le contact sera rapidement rétabli," a-t-il conclu.
Jé. M.