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Plusieurs tirs et explosions contre des mosquées

Un engin explosif a été déposé devant un snack à quelques mètres d'une mosquée.

Un engin explosif a été déposé devant un snack à quelques mètres d'une mosquée. - Jean-Philippe Ksiasek - AFP

Depuis mercredi et l'attentat contre Charlie Hebdo, des lieux de culte musulmans ont été la cible d'attaques. Tirs, explosions, dégradations, … rien n'est épargné.

Lendemains difficiles après l'attentat perpétré contre Charlie Hebdo mercredi 7 janvier. De nombreux lieux de culte musulmans ont été la cible de représailles depuis mercredi. Cela a commencé dans l'Aude. Mercredi vers 20 heures, à Port-la-Nouvelle, un ou plusieurs coups de feu de "pistolet à grenaille" ont été tirés en direction d'une salle musulmane, une heure environ après la fin de la prière, alors que la salle était vide.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des déflagrations ont réveillé les riverains du quartier populaire des Sablons au Mans qui accueille une mosquée. Selon le parquet, trois grenades d'exercice, dites grenades à plâtre, ont été lancées contre le lieu de culte installé dans une grande bâtisse.

Jeudi matin, à l'aube, une explosion s'est également produite à Villefranche-sur-Saône, dans le Rhône, devant un snack kebab jouxtant la mosquée de la ville. "Un engin artisanal déposé devant l'entrée du snack, à quelques mètres de la mosquée, a explosé à 05h45. La façade a été soufflée", a déclaré le procureur de la République à Villefranche-sur-Saône, Grégoire Dulin, lors d'un point-presse.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, quatre coups de feu ont été tirés sur la façade d'une mosquée de la communauté tarnaise de Saint-Juéry, proche d'Albi. On ne compte pas de blessé, personne ne se trouvant à l'intérieur du local dans la nuit. L'acte n'a pas été revendiqué et aucune inscription n'a été relevée sur place.

Tête de porc et viscères

Ces lieux de culte ne sont pas seulement victimes de tirs ou d'explosion. Des dégradations ont été constatées. A Poitiers, un tag haineux a été découvert mercredi. Un suspect a été rapidement arrêté. Ce Poitevin, âgé de 38 ans et gérant de société, ne se revendique d'aucune appartenance politique ou religieuse. "Il a expliqué aux policiers avoir vu à la télé ce qui s'était passé à Paris. Il dit avoir été bouleversé. Il était alcoolisé et présentait au moment de son interpellation un taux de 1,76 gr d'alcool dans le sang", a dit le procureur de la République à Poitiers, Nicolas Jacquet. Le suspect "se confond en excuses, il parle d'un acte imbécile". Il fera l'objet de poursuites devant le tribunal correctionnel de Poitiers.

Vendredi matin, une tête de porc et des viscères ont été découverts, accrochés à la porte d'une salle de prière musulmane, à Corte (Haute-Corse), a indiqué la gendarmerie.

Et à Bayonne, des tags haineux ont été découverts. A la bombe de peinture jaune, les vandales ont tracé le mot "charliberté" sur un mur et sur une poubelle "assassins" et "sales arabes".

Dans le Pas-de-Calais, deux mosquées en chantier ont été détériorées, a-t-on appris vendredi de source préfectorale. Des croix gammées ont été dessinées à Liévin où une tête de cochon a été trouvée selon le procureur. A Béthune, le tag "dehors les arabes", était visible sur une palissade du lieu de culte en construction.

A Rennes, les inscriptions "Er maez" -"dehors" en breton - et "Arabes", ont été taguées à la bombe dans la nuit de jeudi à vendredi sur la façade d'un centre culturel et cultuel islamique en construction, a rapporté à l'AFP un responsable du centre.

A Bischwiller (Bas-Rhin), un tag "Ich bin Charlie" ("je suis Charlie", en allemand) avait été découvert jeudi matin sur le mur extérieur d'une nouvelle mosquée, dont la construction s'achève. Dans la soirée, des caméras de surveillance ont été installées aux abords de l'édifice.

"C'est lassant de devoir toujours se justifier"

"Être musulman, aujourd'hui dans ce pays, c'est être entre le marteau et l'enclume. Les musulmans sont pris dans un piège, entre ceux qui tuent au nom de l'islam et des extrémistes qui veulent se défouler sur les musulmans et déversent sur eux leurs discours stigmatisant", explique Abdallah Zekri, président de l'Observatoire contre l'islamophobie au Conseil français du culte musulman (CFCM).

"C'est lassant de devoir toujours se justifier", poursuit ce conseiller de la Grande mosquée de Paris, qui participera au grand "rassemblement républicain" de dimanche, mais "en tant que citoyen français membre de la communauté nationale, pas en tant que musulman". Ce n'est pas la première fois, en effet, que les musulmans sont pressés de prendre leurs distances avec les extrémistes: en septembre déjà, il leur avait fallu affirmer clairement leur horreur de la décapitation d'Hervé Gourdel.

Beaucoup de musulmans ont l'impression d'être "les principales victimes du racisme en France", notait la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) dans son dernier rapport sur le racisme. Et pour eux, le rejet s'explique notamment par "une assimilation de l'ensemble des musulmans aux intégristes et aux terroristes islamistes". L'islam semble bien devenu "l'axe central des crispations", soulignait la commission.

D. L. avec AFP