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Marche pour Charlie Hebdo: un dimanche historique?

Le rassemblement était l’un des mots d’ordre, place de la République, à Paris, ce 7 janvier, où l’on a chanté la Marseillaise.

Le rassemblement était l’un des mots d’ordre, place de la République, à Paris, ce 7 janvier, où l’on a chanté la Marseillaise. - Brendan Smialowski - AFP

L’éventuelle présence du Front national aux côtés des partis traditionnels à la marche républicaine dimanche constituerait un événement exceptionnel sur plan politique.  Mais l'unité nationale affichée mercredi midi commence à s'ébrécher. 

L’Histoire retiendra qu’il aura fallu un drame d’une violence indescriptible pour rassembler – au moins quelques heures – la classe politique française. Elle retiendra également que cette attaque terroriste aura rompu la traditionnelle distance entre le Premier ministre et le peuple.

Dimanche, Manuel Valls devrait en effet rejoindre les rangs des manifestants qui rendront hommage aux victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo. Une première depuis l’avènement de la Ve République: "ni Georges Pompidou, lors de la grande manifestation gaulliste du 30 mai 1968, ni Lionel Jospin lors des défilés de l’entre-deux tours en 2002 n’étaient présents", rappelle ainsi Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine à l’université. Pour rappel, François Mitterrand avait été le premier président de la République a défilé lors des manifestations imposantes contre le racisme organisées à la suite de la profanation du cimetière juif de Carpentras, en mai 1990.

Sarkozy et l'UMP appelle à manifester

La présence du chef du gouvernement aura également une portée hautement symbolique, puisqu’il devrait se mêler aux leaders des autres partis politiques. Au premier rang d’entre eux figurera selon toute vraisemblance Nicolas Sarkozy, actuel président de l’UMP. L’ancien chef de l’Etat, convié par Manuel Valls, a fait savoir jeudi qu’il appellerait sa formation à participer à l’événement si les conditions sont réunies". Un peu plus tard, l’UMP faisait savoir qu’elle appelait à manifester.

L’UMP sera rejointe par l’UDI et son nouveau président Jean-Christophe Lagarde, ainsi que Nicolas Dupont-Aignan, fondateur de Debout la République.

Quid de Marine Le Pen? 

Côté gauche, les principaux leaders devraient également être au rendez-vous. Jean-Michel Baylet (PRG), Pierre Laurent (PCF) ou Emmanuelle Cosse (EELV) feront partie du cortège. La seule véritable interrogation concernait le parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon.

Le NPA d’Olivier Besancenot, lui, "n’appelle pas à l’union nationale" et reste suspendu à la participation éventuelle du Front national qui cristallise les désaccords. Car si Marine Le Pen devrait y être favorable en cas d’invitation de Matignon, pas sûr que celle-ci arrive un jour. Le débat est en effet engagé au sein du Parti socialiste. Si certains, à l’instar d’Olivier Faure, estiment qu’il ne faut exclure personne, François Lamy, organisateur pour le PS juge qu'il "n'y a pas de place pour une formation politique qui, depuis des années, divise les Français, stigmatise les concitoyens en fonction de leur origine ou de leur religion, ou ne se situe pas dans une démarche de rassemblement des Français".

Ce à quoi Marine le Pen réplique qu'il n'y a "plus d'union nationale" à cause du PS.

Même pour rassembler, Manuel Valls devra donc visiblement choisir un camp. Mais la présence de l’ensemble de la classe politique pourrait garantir une mobilisation populaire d’envergure. De quoi faire résonner la colère d’un peuple, uni face au terrorisme. Malgré ses divisions.

Yann Duvert