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Le pape compare les abus sexuels à des "sacrifices" païens, veut qu'ils ne soient plus "couverts"

Le pape François devant une foule de fidèles à la basilique Saint-Pierre, au Vatican, le 25 décembre 2018. (Photo d'illustration)

Le pape François devant une foule de fidèles à la basilique Saint-Pierre, au Vatican, le 25 décembre 2018. (Photo d'illustration) - Vatican Media - AFP

Le souverain pontife a jugé que le clergé se rendant coupable d'abus sexuels devenait "un instrument de Satan", en comparant les abus sexuels à des "sacrifices" païens.

A sommet historique, déclarations fracassantes. Le pape François a comparé ce dimanche les abus sexuels perpétrés sur des mineurs aux "sacrifices" d'enfants des "rites païens", en prenant la parole au dernier jour d'un sommet de l'Eglise consacré au sujet.

"Cela me rappelle la pratique religieuse cruelle, répandue par le passé dans certaines cultures, qui consistait à offrir des êtres humains - spécialement des enfants - en sacrifice dans les rites païens", a déclaré le pape en estimant que le clergé coupable de tels faits devenait "un instrument de Satan".

"Dans les abus, nous voyons la main du mal qui n'épargne même pas l'innocence des enfants", a-t-il martelé. "Aucun abus ne doit jamais être couvert (comme ce fut le cas par le passé) et sous-évalué", a-t-il ajouté. 

"Des crimes abominables qui doivent disparaître de la face de la Terre"

Pour lui, il est temps d'écouter "l'écho du cri silencieux des petits" qui se sont retrouvés devant "des bourreaux" aux "coeurs anesthésiés par l'hypocrisie et le pouvoir". "Il s'agit de crimes abominables qui doivent disparaître de la face de la Terre". Beaucoup de victimes cachées dans les familles et dans divers milieux de nos sociétés, le demandent", a-t-il en outre conclu dans son discours. 

Le pape a promis de "donner des directives uniformes pour l'Eglise" mais sans se soumettre à "la pression médiatique", évoquant avant tout des normes déjà en vigueur au niveau international et au niveau ecclésiastique. 

Jeudi, à l'ouverture de ce sommet historique pour lutter contre la pédophilie et les abus sexuels au sein du clergé, le pape avait demandé aux 190 participants des mesures "concrètes et efficaces". Il avait présenté un document comportant 21 points de réflexion, définis à l'avance par des commissions et des conférences épiscopales.

Déception des victimes

Démarches à entreprendre si un cas d'agression sexuelle émerge, structures d'écoute des victimes, règles sur les transferts des prêtres entre diocèses, évaluations psychologiques des candidats à la prêtrise... Il s'agissait d'une "feuille de route pour le développement futur de mesures au sein de l'Eglise" après le sommet.

Le Suisse Jean-Marie Fürbringer, présent avec un groupe de victimes sur la place Saint-Pierre, a exprimé sa déception. "Honnêtement c'est un blabla pastoral, la faute du diable. Ils noient le poisson, ça permet de ne pas aborder directement les problèmes de l'Eglise", a-t-il assené.

Pour l'Italien Francesco Zanardi, "le Vatican n'est plus crédible" et "l'Eglise continue à se sentir comme une victime". "C'est très décevant", a aussi taclé le Britannique Peter Saunders, ex-membre d'une commission anti-pédophilie du Vatican. "Il n'y a rien sur la tolérance zéro, l'exclusion définitive de violeurs d'enfants et des agresseurs sexuels employés par l'Eglise!", s'est-il insurgé. Et de souligner, "le pape fait habilement diversion en regardant ailleurs, nous savons tous que c'est un problème global".

Des changements rapides

De fait, François a consacré un très long développement aux statistiques disponibles sur les abus sexuels perpétrés dans le monde dans toutes les sphères de la société, notamment dans les familles, les écoles et les milieux sportifs. "Nous sommes, donc, devant un problème universel et transversal qui, malheureusement, existe presque partout", a insisté le pape.

L'archevêque maltais Charles Scicluna, un organisateur du sommet et grand expert juridique des abus sexuels, a jugé "légitimes" les attentes des victimes disant "comprendre leur frustration". Mais les organisateurs n'ont cessé de répéter que des plans d'action, voire des changements législatifs, seront mis en chantier dès le lendemain du sommet.

Un "vade-mecum" spécifiant les démarches à entreprendre en cas de soupçon d'agression sexuelle sortira ainsi d'ici deux mois à l'intention des pays manquant d'experts. Le pape souhaite aussi la création d'équipes mobiles de spécialistes pouvant aider certaines conférences épiscopales et diocèses "sans moyens", ont annoncé dimanche les ténors de la réunion devant la presse.

Possible levée du "secret pontifical"

Ils ont en outre promis de dévoiler prochainement une législation pour enfin encadrer la lutte contre d'éventuels cas d'abus sexuels au sein de la Curie et de la Cité du Vatican, curieusement dans un vide juridique.

Durant la réunion, trois membres de la Curie ont aussi évoqué la possible levée du "secret pontifical" pour des cas avérés d'abus sexuels du clergé. Ils veulent de la transparence sur les procédures judiciaires de l'Eglise, qui entendent les victimes comme témoins puis ne les informent jamais de l'état d'avancement du dossier.
Liv Audigane avec AFP