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Fondation pour l'islam de France: à peine nommé, Chevènement déjà critiqué

Jean-Pierre Chevènement, en septembre 2013.

Jean-Pierre Chevènement, en septembre 2013. - Patrick Kovarik - AFP

Entre ses propos sur la discrétion des musulmans ou sur la nationalité "disparue" de Seine-Saint-Denis, Jean-Pierre Chevènement, nommé à la tête de la Fondation pour l'islam de France, est déjà très critiqué.

La place de Jean-Pierre Chevènement à la tête de la Fondation pour les oeuvres de l'islam de France est déjà remise en question. A peine évoqué par François Hollande pour présider l'institution, l'ancien ministre a multiplié les déclarations parfois douteuses, conduisant Mathieu Hanotin à lancer une pétition contre sa nomination. 

Du musulman discret à la nationalité disparue

Le 15 août dernier, Jean-Pierre Chevènement appelait les musulmans à se montrer discrets. "Les musulmans seraient bien inspirés de faire preuve de discrétion, comme les autres", avait-il lancé au Parisien. Ces propos avaient provoqué un tollé sur Twitter, certains avaient aussi choisi de s'en moquer.

Ce lundi, l'ancien ministre de François Mitterrand et du gouvernement Jospin, a de nouveau créé une polémique avec cette phrase, prononcée sur France inter: 

"Il y a à Saint-Denis, par exemple, 135 nationalités, mais il y en a une qui a quasiment disparu". 

Sous-entendant que la nationalité française s'est effacée de cette ville de Seine-Saint-Denis selon ses détracteurs, Jean-Pierre Chevènement a révolté les élus locaux. Mathieu Hanotin, député de gauche en Seine-Saint-Denis, a lancé une pétition demandant l'annulation de sa nomination à la tête de la Fondation pour les oeuvres de l'islam de France.

Dans sa pétition lancée sur Change.org, Mathieu Hanotin estime : 

"Ces paroles font suite à celles qu'il avait déjà prononcées il y a quelques semaines, appelant les musulmans "à la discrétion". Ce comportement qui n'est pas sans rappeler l'arrogance de certains politiques de l'époque coloniale le disqualifient de facto pour le poste de Président de la Fondation pour l'Islam de France".

Un collaborateur de Jean-Pierre Chevènement, interrogé par BuzzFeed, a tenu à assurer qu'il ne faisait "pas référence aux Blancs, c'est du grand n'importe quoi". 

Alexis Bachelay, député PS des Hauts-de-Seine, estimait lundi sur BFMTV que les "attaques" de l'ancien ministre "sur la banlieue", "ne facilitent pas l'apaisement". Et d'ajouter : 

"Chevènement a 77 ans et je pensais qu'il écrirait ses mémoires. Sa nomination n'est pas un bon signal".

Un mauvais signal déjà largement évoqué, par ceux qui estiment qu'il n'a pas sa place à la tête d'une fondation sur l'islam.

Stéphane Troussel, président PS du Conseil général de Seine-Saint-Denis s'est aussi joint à l'appel de Mathieu Hanotin. Il demande "à François Hollande et Bernard Cazeneuve de renoncer à sa nomination". L'élu estime qu'un "esprit aussi confus pour tout mélanger sur des notions aussi importants que le nationalité et la citoyenneté française ne peut être nommé à ce poste".

Des alternatives à l'ancien ministre

Largement critiqué pour ses propos, la personnalité même de Jean-Pierre Chevènement ne fait pas non plus l'unanimité.

Certains estiment qu'un non-mumsulman ne peut pas diriger cette fondation. Même si Jean-Pierre Chevènement a assuré bien connaître "le monde musulman", toujours sur France inter. "Je suis allé au Caire, à Alger, il y a quarante ou cinquante ans, la plupart des femmes ne portaient pas le voile", a-t-il raconté. Des propos qui ont provoqué les moqueries sur Twitter, comme le raconte Big Browser. 

Pour remplacer Jean-Pierre Chevènement, Nathalie Goulet par exemple, sénatrice de l'Orne n'a de cesse d'appeler à la nomination d'un(e) musulman(e). 

Mais pour Thar Ben Jelloun, interrogé sur Europe1 lundi, le choix de Jean-Pierre Chevènement se justifie parfaitement. "C'est bien que ce soit un politique qui n'a aucun intérêt", a estimé l'écrivain, nommé lui aussi au conseil d'administration de la Fondation pour les oeuvres de l'islam de France.

M.L.