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Composition, rôle, financement: ce qu'il faut savoir sur la Fondation pour l'islam de France

Le président de la Fondation pour l'islam de France Jean-Pierre Chevènement, le recteur de la Grande mosquée de Paris Dalil Boubakeur, le président du CFCM Anouar Kbibech, face au ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, le 29 août 2016.

Le président de la Fondation pour l'islam de France Jean-Pierre Chevènement, le recteur de la Grande mosquée de Paris Dalil Boubakeur, le président du CFCM Anouar Kbibech, face au ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, le 29 août 2016. - Matthieu Alexandre - AFP

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a mené ce lundi une série de consultations auprès de représentants de l'islam en France, afin de dessiner les contours de la fondation laïque, et de l'association cultuelle qui l'accompagnera.

Le projet était en gestation depuis plusieurs mois, il est désormais lancé. Dans un contexte tendu animé par la polémique estivale sur le burkini, l'État et les représentants musulmans réunis au ministère de l'Intérieur ont relancé ce lundi le chantier de construction d'un "islam de France", dont le point d'orgue est la création de la Fondation pour l'islam de France, une instance laïque à laquelle sera adossée une association cultuelle chargée du volet religieux.

Objectif: "réussir la construction d'un islam de France dans le respect des valeurs de la République", selon les mots du ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve. Rôle, membres, financement: le point sur les aspects d'ores et déjà connus de cette nouvelle double institution.

> Quel rôle pour la Fondation pour l'islam de France?

Cette nouvelle institution se veut une refonte de la "Fondation des oeuvres de l'islam de France", créée le 31 mai 2005 sous l'impulsion de Dominique de Villepin, alors ministre de l'Intérieur. Celle-ci n'a jamais cependant jamais fonctionné, notamment en raison de dissensions internes et de l'existence, en parallèle, du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Contrairement à la précédente, cette nouvelle fondation à l'ambition culturelle aura un objet unique: le financement de projets de nature profane, dans les domaines culturel, éducatif, ou de la recherche. Il pourra s'agir, par exemple, de thèses d'islamologie, ou de programmes devant contribuer à une meilleure connaissance de l'islam dans la société.

Parallèlement, une association à visée cultuelle va également être mise en place. La raison de la création de cette seconde institution est simple: une fondation d'utilité publique ne peut pas financer des projets d'ordre religieux, comme la formation théologique des imams ou la construction de mosquées. Et laïcité oblige, c'est donc une association loi 1905, administrée uniquement par des musulmans, qui s'en chargera. L'Etat ne sera donc pas partie prenante dans cette association dont les contours sont encore flous pour le moment, ses statuts et sa composition devant être fixés par un groupe de travail reflétant les différentes sensibilités musulmanes. Ce groupe de travail sera mis en place prochainement, selon l'Intérieur. 

> Quels seront les membres de la fondation?

Outre son président, Jean-Pierre Chevènement, d'autres noms de membres du conseil d'administration de la Fondation pour l'islam de France sont désormais connus. Aux côtés de l'ancien ministre de l'Intérieur siégeront quatre autres "personnalités qualifiées", toutes de confession ou culture musulmane: l'écrivain Tahar Ben Jelloun en qualité de personnalité culturelle, l'islamologue réformateur Ghaleb Bencheikh, le recteur de la grande mosquée de Lyon Kamel Kabtane, et la cadre supérieure d'entreprise Najoua Arduini-Elatfani.

Il n'y aura qu'un responsable religieux au sein du conseil d'administration: le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Anouar Kbibech. Enfin, trois représentants de ministères (Intérieur, Education, Culture) et deux membres désignés par le "comité des donateurs", siégeront également. 

Par ailleurs, un "conseil d'orientation" d'une vingtaine de membres, très ouvert sur la société civile musulmane, sera chargé de repérer les projets à soutenir.

> Comment la fondation sera-t-elle financée?

Il est prévu que la fondation récupère les quelque 950.000 euros composant le patrimoine de la précédente structure, c'est-à-dire ce qu'il reste d'une donation de 2 millions d'euros de l'homme d'affaires Serge Dassault, consignée à la Caisse des dépôts. L'État, lui, est prêt à verser un million d'euros, selon l'Intérieur. Compte tenu des "engagements fermes" de futurs donateurs, son capital devrait atteindre plusieurs millions d'euros.

Quant à l'association cultuelle, elle sera en mesure de percevoir les dons de fidèles et, si des négociations en ce sens aboutissent, de collecter le produit de la "contribution volontaire" prélevée sur la vente de produits alimentaires halal, dont le marché est estimé à environ 5 milliards d'euros par an.

Le ministère de l'Intérieur a été formel sur l'origine des financements des deux structures: ils seront exclusivement français, et les statuts des deux institutions interdiront tout financement étranger (hors Union européenne), jugé difficilement compatible avec le projet d'un islam républicain.

> Quand entrera-t-elle en fonctions?

La Fondation pour l'islam de France devrait être officiellement créée à l'automne par un décret unique portant également dissolution de l'ancienne structure, a fait savoir le ministère de l'Intérieur. 

La naissance de l'association cultuelle dépendra quant à elle de l'efficacité du groupe de travail mis en place dans les prochains jours, les composantes de l'islam devant s'entendre sur les personnalités qui l'animeront. Le président du CFCM, Anouar Kbibech, espère qu'elle sera en ordre de marche avant la fin 2016.

Adrienne Sigel, avec AFP