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Démission du cardinal Barbarin: "Cette décision aurait pu être prise plus tôt"

Les réactions sont nombreuses après l'annonce de la démission du cardinal Philippe Barbarin, condamné à 6 mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les agissements du père Preynat. Pour certains, la décision est tardive mais peut permettre à l'Eglise de prendre ses responsabilités.

Coup de tonnerre ce jeudi 7 mars au sein de l'Eglise catholique. Le cardinal Philippe Barbarin, l'un des représentants les plus emblématiques de l'institution, a annoncé qu'il allait se rendre auprès du pape François pour lui remettre sa démission. Une décision prise quelques heures après sa condamnation à 6 mois de prison avec sursis pour "non-dénonciation" depuis 2014 des abus sexuels pour lesquels un prêtre lyonnais, le père Preynat, est poursuivi.

"C’est une décision raisonnable, elle aurait pu être prise plus tôt, a réagi François Devaux, le cofondateur de l'association de victimes La Parole libérée. Nous n’étions pas obligés d’attendre la décision de la justice des Hommes pour mettre en cause la responsabilité morale."

"Il est établi qu'en mars 2010, Philippe Barbarin était précisément informé de faits d'agressions sexuelles commis par Bernard Preynat sur cet enfant qui s'appelait François Devaux", a écrit le tribunal correctionnel de Lyon dans son jugement rendu ce jeudi, appuyant qu'"il est constant qu'aucune dénonciation n'était effectuée par le cardinal à cette époque. Cela apparaît tout à fait regrettable, car une enquête aurait pu être ordonnée." A cette époque, les abus dont a été victime François Devaux n'étaient pas prescrits.

"On ne pouvait pas continuer avec ce silence"

Pour sa défense, le cardinal Barbarin avait fait valoir les consignes du Vatican, qui, lui avait conseillé en 2014 d'attendre avant d'écarter le père Preynat pour "éviter le scandale public". A cette époque, le prélat avait rencontré une victime du prêtre, Alexandre Hezez. "L’objectif n’était pas de faire démissionner le cardinal Barbarin mais simplement de se dire qu’au sein de l’Eglise on ne pouvait pas continuer avec ce silence", s'est félicité Isabelle De Gaulmyn, rédactrice en chef du quotidien La Croix, qui dit avoir prévenu le cardinal dès 2005.

"Le jugement dit qu’un évêque, comme un médecin, comme une assistance sociale, est responsable et il doit absolument se tourner vers la justice dès qu’il a vent de quelque chose, poursuit-elle. Il n’y a pas une justice de l’Eglise, elle est finalement responsable devant la justice des Hommes."

"Décision inattendue"

Accueillant cette décision de justice comme un électrochoc, Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction du magazine La Vie, estime que la décision était "inattendue".

"A travers le cardinal Barbarin, ce sont ses trois prédécesseurs qui n’ont pas pris la mesure de ce qu’il se passait", analyse le journaliste. "On vient de rappeler qu’on est ici sur Terre et qu’il y a des règles, peut-être que ce ne sont pas les mêmes au sein de l’Eglise, mais c’est celles-ci qui priment dans la Nation", abonde François Devaux.

Une déception est toutefois à noter, alors que tous se défendent d'une volonté de chasse à l'homme contre la personne de Philippe Barbarin mais contre la fonction. A l'annonce de sa condamnation, le prélat a indiqué, par l'intermédiaire de ses avocats, qu'il allait faire appel de cette décision. "C’est toujours étonnant de voir des hommes qui prétendent répondre à la justice divine se battre sur une justice des Hommes. Il y a la mise en évidence que ces gens-là n’ont toujours pas compris l’objet de notre démarche", conclut le cofondateur de la Parole libérée.

Justine Chevalier