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La démission du cardinal Barbarin provoque une crise sans précédent dans l'Eglise de France

Le cardinal Barbarin.

Le cardinal Barbarin. - AFP

Le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, Primat des Gaules, a été condamné ce jeudi matin à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'abus sexuels. Il a annoncé dans la foulée qu'il se préparait à présenter sa démission. Ce geste est inédit dans l'Eglise de France pour ce chef de condamnation.

Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a été condamné ce jeudi matin à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation dans l'affaire soulevée autour des agissements pédophiles du père Preynat dans le diocèse de Lyon. Dans la foulée, le prélat a annoncé lors d'une conférence de presse qu'il avait rendez-vous avec le pape dans quelques jours pour lui présenter sa démission.

Sans précédent en France 

Cette déclaration est d'autant plus fracassante qu'elle émane de l'un des personnages les plus éminents de l'Eglise de France, voire le plus éminent symboliquement en vertu de son titre de Primat des Gaules. Dans un passé récent, sa démission avait été réclamée par des interlocuteurs divers, comme l'association de victimes La Parole Libérée de François Devaux (qui a salué une "décision raisonnable" après l'annonce de Philippe Barbarin) ou un homme d'Eglise comme le père Pierre Vignon, qui n'avait pas été reconduit à l'automne dernier dans sa fonction de juge auprès du tribunal ecclésiastique de Lyon après avoir sollicité le renoncement du cardinal à son archevêché.

En France, une sortie de l'Eglise pour un tel pêché par omission plus que par action est en tout cas inédite. En 2001, monseigneur Pierre Pican avait été condamné à trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation de crimes pédophiles mais avait pu attendre 2010 avant de se retirer de sa charge d'évêque de Bayeux-Lisieux, ayant atteint la limite d'âge de 75 ans. Il était alors le premier évêque français condamné par la justice française depuis la révolution, comme l'a indiqué Le Parisien à sa mort à l'été 2018.

On relève encore, et récemment, le cas de monseigneur André Fort, condamné le 22 novembre 2018 à huit mois de prison avec sursis. Mais cet ancien évêque d'Orléans était à la retraite depuis 2010 lui aussi et sa mise en examen n'était intervenue que sept ans plus tard. 

Il y a bien l'exemple de la démission de l'évêque de Dax, Hervé Gaschignard, annoncé le 6 avril par le pape François mais cette décision ne sanctionnait pas son silence mais, au contraire, des bruits "persistants" selon le terme alors utilisé par son diocèse. Lui étaient alors reprochés des propos et attitudes déplacés à l'égard de jeunes. L'affaire autour de Hervé Gaschignard avait cependant été classée sans suite le 29 juin 2017. 

Que dit le droit canon? 

Le droit canon, qui règle les relations au sein du clergé et prévoit les sanctions ecclésiales, évoque bien sûr la possibilité pour un évêque de renoncer. L'alinéa 401 du Code de Droit canonique stipule ainsi: "L’Évêque diocésain qui, pour une raison de santé ou pour toute autre cause grave, ne pourrait plus remplir convenablement son office, est instamment prié de présenter la renonciation à cet office."

Ces lignes sont suivies par l'alinéa 402: "L’Évêque dont la renonciation à l’office a été acceptée garde le titre d’Évêque émérite de son diocèse et, s’il le désire, conserve sa résidence dans le diocèse, à moins que, dans certains cas et en raison de circonstances particulières, le Siège Apostolique n’y pourvoie autrement." 

Des exemples américains

Pour vagues qu'ils puissent paraître, ces passages ont déjà été illustrés au terme de scandales sexuels éclaboussant l'Eglise. Loin de l'Hexagone, en effet, des évêques ont déjà présenté leur démission après qu'on les a accusés d'avoir négligé de dénoncer en temps et en heure des faits de pédophilie. Aux Etats-Unis, comme s'en est souvenu ici La Vie, on trouve deux exemples emblématiques. En 2015, l'évêque de Kansas City, monseigneur Robert William Finn, condamné en 2012 pour avoir couvert un prêtre pédophile, avait démissionné.

Auparavant Bernard Francis Law, archevêque de Boston jusqu'à sa démission à la fin de l'année 2002 en raison d'attributions de postes et de paroisses à des prêtres pédophiles, un scandale de grande ampleur dévoilé par la célèbre cellule Spotlight du Boston Globe, avait également été contrait d'abandonner sa charge. Il avait cependant retrouvé une affectation prestigieuse, celle d'archiprêtre de la Basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome, dès 2004 et ce, jusqu'en 2011. 

Robin Verner