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Réforme des retraites: l'exécutif retire l'âge pivot de 64 ans, les opposants toujours dans la rue

Malgré l'annonce par Édouard Philippe du retrait de l'âge pivot du projet de loi, de nouvelles journées de mobilisation sont prévues la semaine à venir.

Pour la sixième fois depuis le début du mouvement le 5 décembre dernier, plusieurs centaines de manifestants, 149.000 selon le ministère de l'Intérieur, 500.000 selon la CGT, défilaient à travers la France contre le projet de loi de réforme des retraites, voulu par le gouvernement. 

En ce qui concerne les chiffres parisiens, où quelques tensions ont été relevées au cours du cortège, les autorités soulignaient que 21.000 marchaient dans les rues de la capitale, contre 150.000, toujours selon la CGT. 

D'autres manifestations avaient lieu partout en France: entre 3.200 (selon la police) et 15.000 personnes (selon la CGT) ont défilé à Lyon, 3.000 à 20.000 à Toulouse, 2.900 à 10.000 à Grenoble, 3.200 à 5.000 à Montpellier, 1.000 à 5.000 à Rennes.

Les autorités en ont compté 6.000 à Marseille, 2.900 à Caen, ou encore 1.200 à Tours. Au niveau national, le ministère de l'Intérieur en a recensé 149.000, la CGT 500.000.

Âge pivot et ordonnances 

Et ce samedi de mobilisation a été marqué par une décision importante, celle prise par Edouard Philippe de retirer le très polémique âge pivot, fixé à 64 ans, du projet de loi

Dans un courrier destiné aux partenaires sociaux, l'homme fort de Matignon s'est en effet dit "disposé à retirer" ce point sous conditions. Un geste bien accueilli par les syndicats réformistes alors que les opposants ont battu le pavé dans la plupart des grandes villes de France.

"Je suis disposé à retirer du projet de loi la mesure de court terme que j'avais proposée, consistant à converger progressivement à partir de 2022 vers un âge d'équilibre de 64 ans en 2027", indique le Premier ministre dans ce courrier envoyé au lendemain de bilatérales avec les syndicats à Matignon, tout en maintenant le principe d'un âge d'équilibre dans la réforme.

Ce retrait est sous conditions: le Premier ministre propose qu'une "conférence de financement" soit réunie avec les partenaires sociaux pour "proposer les mesures permettant d'atteindre l'équilibre financier en 2027". Faute d'accord de cette conférence d'ici "la fin du mois d'avril 2020", le gouvernement prendra par ordonnance les mesures nécessaires pour atteindre cet équilibre en 2027, indique la lettre.

Les syndicats réformistes satisfaits

La CFDT, premier syndicat en France et favorable au système universel par points, avait fait une "ligne rouge" de cet âge pivot incitant les Français à partir à 64 ans en 2027 sous peine de se voir infliger un malus.

Dès l'annonce du gouvernement, la centrale a "salué le retrait de l'âge pivot du projet de loi, retrait qui marque la volonté de compromis" de l'exécutif. Elle affiche dans un communiqué sa volonté de "poursuivre les discussions" et indique qu'elle s'inscrira "dans la conférence de financement dont elle a proposé le principe".

"Le retrait de l'âge pivot est une bonne chose qui permet de discuter sereinement de l'équilibre", a abondé le secrétaire général de l'Unsa, Laurent Escure. "Cela va permettre d'avancer sur le reste de la réforme, pour obtenir des compensations, des garanties, des avancées", a-t-il déclaré.

Son homologue de la CFTC, Cyril Chabanier, a également estimé qu'"un geste important a été fait par le gouvernement", qui a "pris en compte ce que disaient plusieurs syndicats réformistes". "On a été entendu et on peut entrer aujourd'hui dans le processus de dialogue", a-t-il ajouté sur LCI.

Nouvelle journée de mobilisation le 16 janvier

Dans le camp des opposant à la réforme, la CGT a affirmé dans un communiqué être "plus que jamais déterminée à obtenir le retrait" de la réforme. Son leader Philippe Martinez devait s'exprimer à 20H00 sur TF1 et une nouvelle journée de mobilisation interprofessionnelle a d'ores et déjà été annoncée pour le 16 janvier prochain.

Le numéro un de FO, Yves Veyrier a pour sa part indiqué sur BFMTV qu'il participerait à la conférence de financement: "J'irai partout où je pense défendre l'intérêt des salariés, même si j'ai des doutes sur le fait d'être entendu."

Hormis les députés de la majorité et les proches d'Emmanuel Macron, la très large majorité de l'opposition a de son côté vu d'un oeil méfiant la disparition du fameux âge pivot. S'ils sont encore nombreux à demander le retrait de la réforme, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon accusaient le gouvernement de "manipulation" et d'embrouille."

Mobilisation aux multiples visages

Vendredi, le Premier ministre avait redit "la détermination du gouvernement" à présenter ce projet de système universel de retraite le 24 janvier en Conseil des ministres et de le soumettre à l'examen en séance publique à l'Assemblée nationale à compter du 17 février pour qu'il puisse être adopté avant l'été.

La volonté de compromis affichée par le gouvernement sur l'âge pivot ne se traduira pas forcément par l'arrêt des perturbations dans les transports.

Le trafic SNCF reste perturbé ce week-end avec 80% des TGV, un TER sur deux et 40% des Transilien, tandis que la RATP évoque une "nette amélioration" par rapport aux derniers week-ends.

L'intersyndicale a appelé à poursuivre le mouvement avec une "journée de grève et de convergence interprofessionnelle", et des "initiatives déclinées sous toutes les formes". 

La CGT a appelé à maintenir le blocage des expéditions de carburants des raffineries jusqu'au 16 janvier inclus, et a déposé un préavis de grève "reconductible bloquante" à partir du 13 dans deux centres de la Banque de France qui traitent plus du quart des billets du pays.

La grève historique continuait samedi à l'Opéra de Paris, avec l'annulation de la représentation du Barbier de Séville, et à Radio France, qui en est à son 40e jour de grève.

Hugo Septier avec AFP