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Pour l'exécutif, la question du retour des enfants jihadistes "ne se pose pas à l'heure actuelle"

Des enfants entourés des Forces armées kurdes à Baghouz, en Syrie, le 5 mars 2019.

Des enfants entourés des Forces armées kurdes à Baghouz, en Syrie, le 5 mars 2019. - BULENT KILIC / AFP

Le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur estime qu'il faut laisser les enfants français en détention avec leurs parents. Des avocats dénoncent, eux, des conditions dans lesquelles ils sont "exposés à court et moyen terme à un risque de mort".

Le retour des enfants de jihadistes français détenus en Syrie n'est "pour l'instant" pas envisagé, a affirmé mercredi le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Depuis plusieurs semaines, familles et avocats interpellent l'État sur son inaction concernant le sort de ces enfants français, détenus dans des conditions plus que précaires.

Laisser les enfants avec les parents détenus 

"Les FDS (Forces démocratiques syriennes) ont fait le choix que les enfants restent avec leur mère donc pour l'instant il n'y a pas de retour envisagé", a déclaré le secrétaire d'État à l'Intérieur lors d'une audition de la commission des Affaires européennes de l'Assemblée, balayant les conditions de détention dénoncées par les familles.

"Les enfants sont dans la majorité des cas détenus avec leurs parents, en tout cas avec leur mère. La question du retour ne se pose pas à l'heure actuelle", estime-t-il.

Ils ne sont pas "sous l'autorité du gouvernement français"

Sur notre antenne mercredi soir, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a de son côté évoqué la situation des orphelins de ces jihadistes français tués sur zone.

En Syrie, ces enfants "ne sont pas sous l'autorité du gouvernement français, des soldats français. Il ne m'appartient pas de dire tel ou tel enfant est français et je vais le chercher. Ce n'est juste pas possible", affirme-t-il, tout en reconnaissant que ce sujet constitue "une vraie difficulté".

Interrogé lors de sa visite au Kenya, le président de la République Emmanuel Macron a répété son approche du "cas par cas":

"Pour ce qui est des enfants, c'est une approche au cas par cas qui est menée, en particulier en lien avec la Croix-Rouge internationale, c'est une approche humanitaire qui est suivie et avec beaucoup de vigilance en lien avec tous les acteurs qui sont sur le terrain", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Malnutrition et choc post-traumatiques

En début de semaine, deux avocats, Marie Dosé et Henri Leclerc, ont lancé une pétition, signée par près de 4000 personnes, dont plusieurs personnalités pour expliquer "qu'aucun n'a choisi de naître sur zone ou de rejoindre Daesh".

"Tous ces enfants sont exposés à court et moyen terme à un risque de mort", ajoutent ces deux avocats et Me Martin Pradel dans un communiqué publié à la suite des déclarations du secrétaire d'État.

"Les enfants, dont la grande majorité a moins de six ans, sont exposés à des épidémies de tuberculose et de choléra. (...) Ils sont tous malnutris, et presque tous atteints de dysenterie. Ils souffrent de chocs post-traumatiques sévères et ne bénéficient d'aucun soin digne de ce nom", dénoncent-ils.

Plus de 80 enfants rentrés

Devant la commission des Affaires européennes Laurent Nuñez a néanmoins reconnu qu'il y avait eu "ces dernières semaines", "des retours au compte-goutte" d'enfants accompagnant des adultes de retour de Syrie. Ce que confirme dans Le Parisien la procureure générale de Paris, Catherine Champrenault: 

"S’agissant des enfants, nous en avons déjà accueilli plus de 80. Ils sont placés soit dans leur propre famille, soit en famille d’accueil ou dans des établissements spécialisés. Si la situation l’exige, nous saurons nous mettre en ordre de marche", déclare la magistrate, sans toutefois préciser de quand datent ces retours.

Depuis l'annonce du retrait américain de Syrie et la chute imminente des dernières poches de Daesh, l'épineuse question du retour des enfants de jihadistes met mal à l'aise le gouvernement. Tandis qu'une majorité de Français préfèrent laisser les enfants sur place, l'État ne semble pas vouloir s'engager clairement sur cette question sensible.

"Faut-il attendre qu’un enfant français meure pour que le président de la République prenne conscience du drame qui est en train de se jouer?", lui répondent les avocats.

Esther Paolini avec AFP