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Deux grand-mères françaises attaquent l'État pour rapatrier leurs petits-enfants retenus en Syrie

Image d'illustration - Enfants devant un soldat kurde, après avoir quitté l'État Islamique, le 27 février 2019  dans la province de Deir Ezzor, en Syrie.

Image d'illustration - Enfants devant un soldat kurde, après avoir quitté l'État Islamique, le 27 février 2019 dans la province de Deir Ezzor, en Syrie. - Bulent Kilic - AFP

"L'État méconnaît manifestement ces libertés fondamentales", déclare Me Samia Maktouf, avocate des deux familles.

Le rapatriement des jeunes enfants nés et/ou ayant vécu sous le califat de Daesh pose encore et toujours problème. Deux grand-mères comptent cette semaine déposer un recours devant le tribunal administratif contre l'État pour faire revenir leurs petits enfants retenus en Syrie, d'après Le Figaro. Il s'agit d'une fillette de 5 ans et d'un petit garçon de 2 ans et demi. Ils ont tout deux perdu leurs parents.

L'avocate des familles françaises, Maître Samia Maktouf, précise au quotidien que les deux orphelins français sont actuellement présents dans le camp des déplacés de Roj, au nord-est de la Syrie. "Ils ont été recueillis par les forces kurdes issues des Unités de protection du peuple (YPG)", explique l'avocate.

Pour défendre le retour de ces enfants, elle brandit notamment la ratification par la France à la Convention relative aux droits de l'enfant, en 1990.

L'article 3 de cette convention dit notamment que "les États parties s'engagent à assurer à l'enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être (...) et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées." "L'État méconnaît manifestement ces libertés fondamentales", déclare Me Samia Maktouf au Figaro.

D'autres plaintes en cours contre la France

Les deux grand-mères ont d'abord déposé un recours préalable auprès du ministre des Affaires étrangères le 9 janvier "resté lettre morte", selon le quotidien. Elles ont ensuite saisi le juge des référés, qui "permet d’obtenir des mesures provisoires et rapides, destinées à sauvegarder les droits et libertés des administrés", explique le site service publique. Mais leur requête a été rejetée au motif que la demande "ne présente pas un caractère d'urgence".

Des familles d'enfants de jihadistes français, actuellement dans des camps au Kurdistan syrien, ont également déposé une plainte contre la France auprès du Comité des droits de l'enfant de l'ONU, fin février.

Dénonçant l'"inaction" de l'État, ces grands-parents, oncles et tantes espèrent pousser la France à "prendre ses responsabilités et protéger ses enfants d'un risque de famine et de mort imminente auxquels ils sont confrontés", expliquaient les avocats Marie Dosé, Martin Pradel et William Bourdon, dans un communiqué.

150 enfants rapatriés ?

En novembre 2017, le président Emmanuel Macron déclarait que le gouvernement étudierait le retour des enfants de jihadistes au cas par cas. Dernièrement, le Quai d'Orsay a annoncé vouloir rapatrier 150 enfants, mais sans leurs mères.

"Je ne comprends pas la manière dont cette affaire est gérée depuis le début. Le rapatriement de ces enfants sera d'autant plus douloureux qu'on a attendu 18 mois pour le faire", déclarait déjà en octobre Me Marie Dosé, avocate de plusieurs Françaises détenues en Syrie.

Quelque 2500 enfants de 30 nationalités, capturés avec leurs familles au fil de la déroute de l'organisation jihadistes Etat islamique, ont été placés dans trois camps du nord-est de la Syrie, selon l'ONG Save the Children.

Salomé Vincendon avec AFP