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Que peut faire la France des enfants de jihadistes?

La bannière noire de Daesh (photo d'illustration).

La bannière noire de Daesh (photo d'illustration). - JM Lopez - AFP

En marge de l’inauguration du Louvre Abu Dhabi, mercredi, Emmanuel Macron s’est exprimé sur la question des familles françaises membres de Daesh, détenues en Irak et en Syrie, et de leur rapatriement en France. Le président de la République a notamment évoqué le cas des enfants de jihadistes français, particulièrement compliqué à gérer pour la France.

Que faire des enfants de jihadistes français? C’est l’épineuse question à laquelle la France se retrouve confrontée, alors que de nombreuses familles françaises sont détenues en Irak et en Syrie, en raison des défaites successives de Daesh sur place. Mercredi, en marge de son déplacement à Abu Dhabi pour inaugurer le “Louvre des sables”, Emmanuel Macron a indiqué que certains jihadistes français pourraient être jugés sur place avec leurs familles, et d’autres rapatriés. Quant aux épouses et enfants de jihadistes, le chef de l’Etat a estimé que leur traitement sera fait “au cas par cas, en fonction des situations”. Un véritable casse-tête pour les autorités françaises.

> Combien d’enfants de jihadistes français se trouvent en Irak et en Syrie?

Fin septembre, alors que Daesh était en plein recul militaire face aux offensives de la coalition de combattants arabo-kurde et des frappes de la coalition arabo-occidentale, l’Elysée estimait qu’au moins 700 adultes français se trouvent dans la zone jihadiste irako-syrienne, dont un tiers de femmes. Toujours selon la présidence, 500 mineurs se trouveraient à leurs côtés. La moitié de ces enfants sont nés sur place et sont âgés de moins de 5 ans.

Au cours de l’été, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait en outre indiqué que 217 adultes et 54 mineurs étaient rentrés en France, après avoir séjourné dans les zones de combat, en Syrie ou en Irak.

> Plusieurs cas de figure

Concernant les mineurs présents dans les zones de combat, il faut distinguer trois catégories. Tout d’abord, les enfants ou adolescents français radicalisés, et partis seuls sur place pour combattre dans les rangs de Daesh.

Ensuite, les enfants de jihadistes français que ceux-ci ont emmenés avec eux lorsqu’ils sont partis en Irak et en Syrie, et qui se sont retrouvés contraints d’adhérer aux thèses jihadistes. Sur le terrain, ces mineurs ont été embrigadés pour faire partie des “lionceaux du califat”, ces jeunes enfants entraînés à combattre et sensibilisés à la propagande jihadiste. Certains d’entre eux ont appris à tirer à la kalachnikov, mais aussi à poser des bombes. Ils ont aussi été forcés à regarder des vidéos d’exactions commises par Daesh, voire à assister directement à celles-ci.

De nombreuses vidéos de propagande de Daesh ont mis en scène ces “lionceaux du califat”, en train de s’entraîner comme des adultes, de réciter des versets religieux, et de regarder des vidéos de propagande. En juillet 2015, une vidéo diffusée par Daesh avait montré une mise à mort publique de soldats syriens, par des enfants, au coeur de l'amphithéâtre de Palmyre.

Enfin, les enfants emmenés très jeunes, et n’étant pas assez grands pour faire partie des “lionceaux du califat”, ou les bébés nés sur place.

> Un véritable casse-tête juridique

Pour les autorités françaises, la gestion des enfants de jihadistes risque de prendre des airs de casse-tête juridique. Le fameux “cas par cas” évoqué par Emmanuel Macron constituera à autoriser ou non le rapatriement, principalement en fonction de l’âge de l’enfant. Comme l’a précisé le président de la République, certains mineurs pourraient être jugés avec leur famille, dans les pays où ils se trouvent.

Par ailleurs, selon des informations dévoilées il y a quelques jours par France 2, les mineurs de moins de 8 ans pourraient être rapatriés, car trop jeunes pour être considérés comme véritablement dangereux. Séparés de leurs parents, ceux-ci étant jugés et incarcérés, ces enfants de moins de 8 ans pourraient ensuite être placés en familles d’accueil, ou en foyers, voire confiés à d’autres membres de leur famille en France, dont la fiabilité aura été évaluée.

Quant aux plus de 8 ans et aux adolescents, la décision concernant leur destin sera déterminée de façon individuelle. Plusieurs critères pourraient entrer en considération, tels que le degré d’embrigadement, qui déterminerait alors la dangerosité du mineur. Reste à savoir quel service, en France, se chargerait de cette évaluation de la dangerosité de tel ou tel mineur.

Le plan présenté sous le précédent gouvernement par le Premier ministre d’alors, Bernard Cazeneuve, au sujet du retour en France des enfants de jihadistes prévoyait un travail conjoint mené par les départements, compétents en matière de protection de l’enfance, et les ministères de la Justice et de l'Éducation. Il indiquait, en outre, qu’il revenait au parquet compétent d’évaluer chaque situation, de décider des poursuites pénales éventuelles et de saisir le juge des enfants.

> La nécessité d’un suivi médical et psychiatrique

“Pour ce qui est des enfants, ils font l'objet d'ores et déjà d'une procédure toute particulière et d'un suivi très particulier sur le plan médical et psychiatrique", a encore assuré Emmanuel Macron, sans préciser son propos.

Outre leur potentielle dangerosité, l’état psychologique des mineurs devra également faire l’objet d’une évaluation. Les exactions vues sur place, la propagande imposée à longueur de journée, les entraînements armés, le traitement qui leur était réservé, le mode de vie: autant de traumatismes qui peuvent faire de ces enfants de véritables bombes à retardement, et nécessitent un traitement puis un suivi psychologique adapté, ainsi que des soins médicaux en cas de blessures. Objectif: que les enfants autorisés à rentrer en France puissent un jour espérer s’intégrer dans la société.

Adrienne Sigel