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Peut-on gagner le combat contre la chaleur dans les transports en commun parisiens?

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- - BERTRAND GUAY / AFP

En période de canicule, le réseau de transports en communs de la région parisienne souffre sur certaines de ses portions d’un gros problème de température.

Il y a ceux qui brassent l’air chaud et moite avec un éventail. Ceux qui subissent en silence et qui s’épongent leur visage trempé de sueur avec un mouchoir. Il y a aussi les inventifs, qui se sont équipés de mini-ventilateurs branchés sur leur smartphone. Tous souffrent d’un même mal: la chaleur suffocante qui règne sur certaines portions des transports en communs d’Île-de-France. Alors que la canicule s’abat sur la région, avec un thermomètre qui frôle les 37°, la température ressentie peut parfois grimper jusqu’à 44° dans certaines rames de RER, comme l’a montré l’expérience de certains utilisateurs de la ligne B.

"Cela devient maintenant un problème de santé publique, ça c’est sûr", prévient Bernard Gobitz, vice-président de la FNAUT-Île-de-France. "Si vous prenez le RER B un jour de forte chaleur dans une rame dont la réfrigération ne marche pas, je vous assure que c’est un truc à finir à l’hôpital."

Dans ces moments-là, quand la fournaise devient insoutenable et que l’usager a l’impression d’entrer dans un four à chaleur tournante, qui n’a jamais rêvé d’une climatisation poussée à son maximum? Sauf que celle que vous pouvez connaître au bureau, capable de maintenir un air très frais, n’existe pas ou très peu sur le réseau francilien. Pour le matériel roulant en souterrain, la RATP argue que cette solution a "un fort impact environnementale (…)", et que la chaleur évacuée des rames est "refoulée dans les tunnels ou sur les quais". L’installation même d’un dispositif de climatisation en souterrain "est problématique en raison du petit gabarit des tunnels du métro".

"Une différence de -5° dans la rame c’est suffisant pour avoir une impression de fraîcheur"

Pour Bernard Gobitz, un tel système ne serait d’ailleurs même pas souhaitable. "Avec une climatisation qui assurerait une température constante de 18° dans les rames alors qu’il ferait 30° dehors, on aurait très froid, ce ne serait pas agréable. Ce n’est pas nécessaire et ce serait presque inconfortable". Evidemment, ça ne veut pas dire qu’aucun moyen de rendre l’air respirable n’existe. Il y en a même deux. Le premier s’appelle la ventilation mécanique forcée (VMF), et "aspire l’air extérieur par des aérateurs situés sur le toit des matériels, diffusant ainsi un courant d’air pour les voyageurs", indique la RATP. Le deuxième est la ventilation mécanique forcée réfrigérée (VMFR), "qui utilise uniquement l’air extérieur et produit un écart de température avec l’extérieur de quelques degrés pour apporter aux voyageurs une sensation de fraîcheur", reprend la RATP.

"Cela assure une différence de température de -5° dans la rame. Ce n’est pas très froid, mais c’est suffisant pour avoir une impression de fraîcheur. C’est le bon système", selon le vice-président de la FNAUT-Île-de-France. 

A l’heure actuelle, ce "bon système" équipe déjà une bonne partie du réseau.

Sur les métros: les lignes 1, 2, 5, 9 et 11 trains de la ligne 14 (le reste est en ventilation mécanique forcée ou naturelle).

Sur les tramways: toutes les lignes sauf la 1.

Sur le bus: 5% du parc est équipé.

Sur les RER: les Lignes A, B, certains trains de la C et de la E, pas encore la D.

Sur les transiliens: 50% du parc est équipé.

"Complètement anormal que du matériel récent ne puisse pas fonctionner"

Mais selon les associations d’usagers, ces chiffres doivent être pris avec des pincettes. Car même quand les moyens de transport sont équipés, ils souffriraient de pannes régulières. "La ligne 1 du métro est en théorie réfrigérée, mais ça ne marche pas à tous les coups. Certaines rames de la ligne 14 rencontrent le même problème. Tout dépend des jours, mais ce n’est pas systématique. Donc il y a un gros effort technique à faire côté RATP et ça devient urgent, parce que c’est complètement anormal que du matériel récent ne puisse pas fonctionner", regrette Bernard Gobitz. Le même problème touche donc le RER B, où l’ambiance peut devenir "épouvantable". Pourtant, selon le blog du RER B, "la disponibilité de la ventilation réfrigérée sur nos trains est désormais de 91,7% comparativement à 71% en 2016".

"Avec le dérèglement climatique, ce genre d’épisode caniculaire est appelé à se multiplier. La climatisation n’est pas une option. La question du confort des voyageurs et notamment "le confort climatique" n'est pas une question accessoire, elle est au cœur de nos préoccupations", assure IDF-Mobilités.

En attendant, face aux vagues de chaleur dans les transports, le meilleur comportement est sans doute d’être… patient. Parce que retrouver une température acceptable passe d'abord par le renouvellement du matériel. A partir de 2019, "tous les bus que nous achèterons seront équipés de la climatisation", a déjà indiqué Valérie Pécresse, présidente de la Région et d’IDF-Mobilités. Le parc dans son ensemble devrait même être renouvelé pour 2025.

Dans le métro, les nouvelles rames des lignes 4 et 11 devraient être prochainement équipées de la ventilation réfrigérée dans le cadre du renouvellement du matériel. La Ligne 1 du tramway sera renouvelée à l'horizon 2022. En 2021, 700 trains rénovés ou neufs seront déployés sur le réseau et notamment sur le RER D, où aucun train équipé ne circule à ce jour. Pour le cas du RER B, un appel d’offres pour 180 nouveaux trains a été lancé fin juin, pour une mise en service commerciale à l’horizon 2025. "IDF-Mobilités investit énormément en matériel roulant, c’est vrai, reconnaît Bernard Gobitz. Mais il faut que les opérateurs fassent le maximum entre temps pour que ce qui existe marche le mieux possible". D’ici là, il vous reste toujours les éventails.

Antoine Maes