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Panthéon: qui sont nos Grands Hommes?

Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Jean Zay et Pierre Brosollette entrent au Panthéon ce 27 mai.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Jean Zay et Pierre Brosollette entrent au Panthéon ce 27 mai. - Thomas Samson - AFP

INFOGRAPHIE - Comment est habité le "Temple de la République"? Qui sont les nouveaux voisins exemplaires que Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay sont en train de rejoindre? En s'intéressant à la composition de cette assemblée des héros de la Nation, c'est une représentation de la République et de son histoire que l'on contemple.

Le Panthéon accueille ce 27 mai quatre nouveaux prestigieux locataires: deux femmes et deux hommes. Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette, et Jean Zay, tous Résistants. Comment est composée cette prestigieuse assemblée qu'ils s'apprêtent à rejoindre, et comment s'est-elle construite à travers le temps? En se basant sur les données des inhumés, il est possible de dresser une carte d'identité du Panthéon, qui est aussi un miroir de la République telle que notre société l'idéalise.

Parce que nous nous intéressons à la tradition républicaine de la panthéonisation par le passé, ces données ne tiennent pas compte des quatre derniers panthéonisés, qui sont tout juste en train de prendre place dans le saint des saints.

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> Les Grands Hommes sont... des hommes 

Le panthéonisé est indiscutablement un homme. Sur les 72 dépouilles que l'on trouve dans la crypte, on ne compte que deux femmes. Et encore, si Sophie Berthelot y repose, c'est en sa qualité de femme du chimiste Marcellin Berthelot. Quant à Marie Curie, c'est une inhumation tardive, puisque sa dépouille n'y a été installée qu'en 1995. En choisissant de panthéoniser Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion, François Hollande va d'un seul coup doubler le nombre de femmes honorées.

Il aura donc fallu attendre 1995 et Jacques Chirac pour voir entrer Marie Curie, et encore, elle est accompagnée de son époux. Pourquoi une telle disparité? Pour l'historien Jean Garrigues, c'est tout simplement un symptôme du "machisme de la République": "Cela montre que dans l'histoire de la République les femmes ont peu eu d’accès au pouvoir ou aux premiers rôles. et même quand ça a été le cas, comme Olympe de Gouges pendant la Révolution, elle a fini sur la guillotine. Il faut se rappeler que la France a donné le droit de vote aux femmes avec trente ans de retard."

> Les Grands Hommes sont plutôt nés au VIIIe siècle

Le panthéonisé-type est la plupart du temps un panthéonisé de la première heure. Sur les 72 personnes inhumées dans le "Temple de la République", les deux tiers ont vécu la plus grande partie de leur vie avant même... la Révolution. Le décret qui a instauré cette institution dit que la panthéonisation commence avec la République, puisqu'elle célèbre ses héros. C'est d'ailleurs l'Assemblée constituante qui sélectionne les héros de la nation promis à cette sépulture nationale à partir de 1791. Nombre des premiers Grands Hommes se sont donc illustrés pendant la Révolution.

D'ailleurs, Jean Garrigues rappelle que la fondation de la République demeure très présente dans la conscience collective: "Le XIXe siècle a été bercé et entraîné par l’héritage des lumières et de la Révolution Française qu'il a honoré tant de ses participants. Il y a une imprégnation très forte des hommes par ces valeurs." Cela explique que l'on ait continué à honorer cette mémoire au fil du temps à travers la panthéonisation.

> Les Grands Hommes se ressemblent

De nombreux corps de métier sont représentés parmi les 72 sépultures, mais avec de grandes disparités. Les militaires, les hommes politiques ou les artistes sont par exemple sur-représentés. Les hommes d'église, eux, sont presque inexistants.

La place prépondérante des militaires s'explique par l'influence de Napoléon. Sous le Premier Empire, le bâtiment, rebaptisé église Sainte-Geneviève, devient le lieu d'inhumation des grands serviteurs de l'Etat, choisis par Napoléon 1er lui-même. En ces temps de conquête, le soldat apparaissait comme le serviteur de l'Etat suprême, celui qui donne sa vie pour servir. De plus, le militaire étant le symbole de la Nation en danger, qu'il faut protéger, ce n'est pas surprenant qu'il figure en première place.

L'absence des hommes d'église est une conséquence de la rivalité entre l'église et l'Etat depuis la Révolution. Comme l'explique Jean Garrigues, "l'histoire du Panthéon est celle de la compétition entre la dimension laïque et la dimension religieuse de ce temple républicain." Né républicain, le Panthéon est redevenu église sous Napoléon puis redevenu républicain sous la Restauration, et ainsi de suite. A partir de la séparation de l'église et de l'Etat en 1905, évidemment, faire entrer des religieux dans le "Temple de la République" est devenu d'autant plus délicat.

> Les Grands Hommes suivent les grandes préoccupations du siècle

Les exemples de la République sont-ils plutôt des soldats, des scientifiques ou des artistes au XIXe siècle? Et au XXe siècle? S'il est difficile de tirer un enseignement de la sociologie du Panthéon sur un échantillon de seulement 72 noms, Jean Garrigues relève toutefois de grandes orientations: "Il est certain qu’il y a une sur-représentation des acteurs de la vie politique et des intellectuels de sciences humaines au XIXe, puis de scientifiques XXe. C’est en fait à l’image de l’évolution de nos sociétés qui sont allées de plus en plus vers la science. La société française du XIXe siècle est beaucoup plus tournée vers l’admiration de l’écrivain, dont l’archétype est Victor Hugo tandis que le XXe siècle est beaucoup plus scientiste."

> Aujourd'hui, les Grands Hommes sont le plus souvent des icônes des socialistes

Parmi les derniers présidents de la Ve République, le constat est sans appel. Une fois les cérémonies terminées, avec François Mitterrand (7 panthéonisations) et François Hollande (4 panthéonisations), les présidents socialistes auront beaucoup plus contribué à cette institution que le président de droite, Jacques Chirac (2 panthéonisations). 

Pour l'historien Jean Garrigues, cela s'explique par les différences entre deux traditions politiques bien distinctes: "C’est un constat qu’il y a plus de rappels de l’histoire républicaine à gauche puisque la gauche se réclame des origines de la Républiques. Au XIXe siècle, être républicain, c’était être a gauche, être favorable à la panthéonisation, c'était être a gauche. Et il y a encore cette tradition aujourd'hui."

Nicolas Sarkozy ne figure pas sur cette liste. Après avoir en vain tenté de panthéoniser Albert Camus (la famille s'y est opposé), il a inscrit Aimé Césaire la famille a souhaité que le corps repose à Fort-de-France, conformément à ses derniers souhaits. Nicolas Sarkozy n'a donc fait entrer aucune dépouille dans les caveaux de la République.

A noter que si l'on s'intéresse à l'efficacité, le palmarès est légèrement bousculé. Avec quatre panthéonisations en trois ans de mandat, François Hollande est le Président qui panthéonise plus vite que son ombre. Cela fait une moyenne de 1,3 panthéonisations par année de mandat. Les deux présidents de droite, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, terminent bons derniers avec un rythme de 0,2 panthéonisations seulement par année de mandat.