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Ce que vous ne savez pas forcément sur le Panthéon 

Le Panthéon accueille quatre nouvelles personnalités ayant incarné "l'esprit de résistance" en France, ce mercredi.

Le Panthéon accueille quatre nouvelles personnalités ayant incarné "l'esprit de résistance" en France, ce mercredi. - Loïc Venance - AFP

Quatre vies marquées par "l'esprit de Résistance" vont être honorées, ce mercredi, avec l'entrée au Panthéon de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay. Voici neuf questions et curiosités pour mieux mesurer l'importance de cet événement historique.

C’est l'un des plus grands hommages posthumes que la Nation peut accorder à ses illustres concitoyens. Quatre vies marquées par "l'esprit de Résistance" vont être honorées, ce mercredi, avec l'entrée au Panthéon de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay. Tradition républicaine vieille depuis 1791, la "panthéonisation" est entourée de protocoles, de chiffres et de curiosités qui n'ont eu de cesse d'évoluer au fur et à mesure des générations. Voici neuf questions pour mieux comprendre l'événement.

- Qui décide de faire entrer quelqu'un au Panthéon?

Aujourd'hui, le privilège d'ordonner une "panthéonisation" revient à une seule et unique personne: le chef de l'Etat. C'est en tout cas comme ça que les choses fonctionnent depuis l'instauration de la Ve République.

Dans le passé, plusieurs systèmes ont été expérimenté. Au tout début, en 1791, cette lourde tâche revenait à l'Assemblée constituante, ancêtre de l'Assemblée nationale telle qu'elle existe aujourd'hui. Même constat au cours des IIIe et IVe République, où faire entrer une personnalité au Panthéon était une mission réservée aux députés.

Sous le Premier Empire, cette mission était réservée à Napoléon 1er.

- Combien d'illustres personnages reposent au Panthéon?

Une certaine différence existe entre le nombre de personnes honorées dans les murs du Panthéon, et le nombre de tombes et urnes funéraires sur place. En tout, avec l'entrée de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay, 79 personnages bénéficient actuellement d'un hommage à la Nation.

Ce qui est un petit plus que le nombre de tombeaux présents dans l'établissement trônant en haut de la montagne Sainte-Geneviève, à Paris. En effet, avec l'arrivée de quatre nouveaux cercueils, ce sont ainsi 75 tombes et urnes funéraires qui seront entreposés dans le Panthéon. 

Cette petite disparité s'explique par le fait que certaines panthéonisations, si elles sont été décidées, n'ont jamais pu être finalisées comme il se devait. C'est notamment le cas de René Descartes. Si sa place a bel et bien été accordée au Panthéon, ses cendres, elles, n'ont jamais été déplacées.

Par ailleurs, certains cercueils sont vides. Louis-Joseph-Charles-Amable d'Albert de Luynes, après avoir été inhumé plusieurs années dans l'édifice en question, sa dépouille a finalement été remise, selon sa demande, à sa famille. C'est pour cette même raison que, sur les quatre nouveaux arrivants ce mercredi, deux des cercueils entreront "vides".

- On peut entrer, mais peut-on ressortir?

Faire son entrée au Panthéon n'a pas toujours été synonyme de reconnaissance éternelle. Il est en effet possible, et plusieurs exemples existent, de recevoir un jour l'hommage de la Nation, avant d'être désavoué et de ressortir par la petite porte. C'est notamment ce qui est arrivé au tout premier "panthéonisé" de l'Histoire, soit Honoré-Gabriel Riqueti, plus connu sous le nom de Mirabeau.

Honoré en 1791, le révolutionnaire est donc le premier à reposer en haut de la rue Soufflot. Sauf qu'un an plus tard, révélation sera faite qu'il entretenait clandestinement des liens plutôt ambigus avec le roi et sa cour. Très mal vu, pour l'époque. Sa dépouille est alors exclue du Panthéon, avant d'être remplacée par celle de Jean-Paul Marat, en 1793.

Mauvaise pioche, encore. Reconnu coupable de trahison, ce dernier sera également retiré du Panthéon deux ans plus tard, en 1795. Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau et Auguste Maire Henri Picot de Dampierre, entrés au Panthéon à cette même époque, ont connu un destin similaire

- Qu’est ce qu’être inscrit au Panthéon?

Car le temple républicain n'a évidemment pas vocation à accueillir toutes les dépouilles des illustres personnages de la Nation, la patrie peut également honorer ses citoyens en les inscrivant sur les murs du Panthéon.

A ce titre, plus de 1.000 personnes sont citées à l'intérieur de ce dernier, sur des plaques commémoratives. La majeure partie recense les 546 écrivains tombés pour la France lors de la Première Guerre mondiale (Alain-Fournier, Charles Péguy, Apollinaire, etc) et les 199 tués lors de la Seconde guerre mondiale (Saint-Exupéry, Max Jacob, etc...).

A noter que Pierre Brossolette, torturé en 1944 avant de se défenestrer, était déjà cité sur les murs du Panthéon.

- Pourquoi le Soldat inconnu n'y est-il pas resté?

Après plusieurs mois de débat au sortir de la Première Guerre mondiale, un député, Maurice Maunoury, a proposé qu'un tombeau soit élevé en honneur d'un soldat anonyme, tombé pour la France. Le 12 novembre 1919, décision est prise de transférer le corps du soldat inconnu au Panthéon. Un symbole fort, au milieu de tant d'illustres personnages du passé.

Mais pas suffisant, notamment aux yeux d'associations d'anciens combattants. Pendant une année, un combat est mené pour que le soldat inconnu soit inhumé dans un endroit encore plus fort, et symbolique. C'est ainsi qu'il quittera le temple républicain, pour venir reposer sous l'Arc de Triomphe.

- Des tombes... en plomb?

Comme expliqué précédemment, les caveaux du Panthéon ne contiennent pas forcément des restes. Deux corps sont toutefois très bien conservés, ceux de Pierre et Marie Curie. Pourquoi? A cause de la très grande quantité de rayons radioactifs auxquels ils ont été exposés tout au long de leurs vies.

Des rayonnements si forts que leurs cercueils ont dû être enveloppés de "plusieurs feuilles de plomb", pour éviter toute propagation de ces derniers, expliquait ainsi Pascal Monnet, administrateur du Panthéon, auprès de nos confrères de FranceTv Info.

- A quand datait la dernière entrée au Panthéon?

Avant les entrées de ce jeudi, le Panthéon n'avait plus accueilli de personnalité depuis 2002 et l'entrée d'Alexandre Dumas.

La dernière inscription, elle, date de 2011 et a été réalisée en mémoire d'Aimé Césaire.

- Quel ratio hommes-femmes?

Avec l'arrivée de deux résistantes au Panthéon, le nombre de femmes honorées dans ce temple républicain est désormais de quatre. Une chiffre dérisoire, comparé aux dizaines de leurs homologues masculins qui reposent à leurs côtés.

Avant l'entrée de Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion, seule la physicienne Marie Curie a eu l'honneur d'y entrer pour son oeuvre. Sophie Berthelot, inhumée au Panthéon, ne l'a été qu'en sa qualité d'épouse du chimiste Marcellin Berthelot.

- Sous la Ve République, qui panthéonise plus de la Gauche ou de la Droite?

Avec sept "panthéonisations" sous les mandatures de François Mitterrand, et les quatre de ce mercredi ordonnées par François Hollande, la gauche a fait entrer onze personnes dans les murs de ce temple républicain, contre trois pour la droite.

Pas très surprenant, la droite française ayant tendance à privilégier les honneurs militaires aux Invalides, plutôt que le Panthéon.

Jé. M.