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Opinions politiques incompatibles, blagues de mauvais goût... Comment survivre au repas de Noël en famille

Des décorations dans un sapin de Noël (photo d'illustration)

Des décorations dans un sapin de Noël (photo d'illustration) - Joël Saget-AFP

Noël n'a jamais été aussi proche mais vous redoutez déjà les blagues sexistes de votre oncle, les réflexions racistes de votre beau-frère et le débat pénible lancé par votre cousine sur la mobilisation des cheminots contre la réforme des retraites. Guide de survie pour un repas serein en famille.

Le sapin clignote, les cadeaux attendent les enfants, la dinde sort du four et la bûche est prête. Mais voilà que vous êtes quand même très anxieux à l'idée de ce repas de Noël en famille. Votre vieil oncle va-t-il encore vouloir faire de l'humour, dès l'apéritif, avec ses éternelles blagues sexistes? Votre beau-frère vous livrera-t-il à nouveau son analyse, plus ou moins fine, sur l'accueil des réfugiés tout en vous passant le plateau de fromages? Et votre cousine va-t-elle relancer les hostilités, au moment du déballage des cadeaux, avec son point de vue tranchant sur la grève des cheminots?

Selon un sondage réalisé pour Le HuffPost, quatre Français sur dix ont hâte que Noël soit fini. Et sept Français sur dix craignent même la dispute qui pourrait ruiner cette fête de fin d'année.

Un miroir grossissant

Car Noël est bien la fête de famille qui ravive les conflits, observe pour BFMTV.com la psychiatre et thérapeute de couple Anne-Marie Lazartigues. "Toutes les petites choses désagréables, toutes les petites sources de conflit sur lesquelles on passerait le reste de l'année deviennent insupportables à Noël. Car c'est un moment qui devrait être synonyme de paix."

Le psychologue et psychanalyste Gérard Pavy partage la même analyse: Noël devient parfois le miroir grossissant des conflits familiaux latents. "Que ce soit entre frères et soeurs, parents et enfants, gendre et beaux-parents ou plus largement entre les générations, une simple anecdote peut servir de prétexte et relancer les hostilités", remarque-t-il pour BFMTV.com. Et le débat peut ainsi vite s'enflammer.

"Je me souviens d'un repas à l'approche de l'élection présidentielle qui s'était terminé froidement. Certains étaient très à gauche, d'autres plutôt franchement à droite. La discussion politique avait tourné en conflit diplomatique. Chacun avait l'impression que son ego était remis en cause. Quand les gens se cabrent, c'est souvent qu'il y a autre chose derrière".

Choisir l'arbitre

Si le psychologue Gérard Pavy recommande de privilégier les sujets du quotidien - "les enfants, les vacances" - plutôt que de se lancer dans un débat politique, par définition clivant, il est important de savoir relativiser si les sujets d'actualités sont abordés. Mais aussi de prendre du recul, les aînés pouvant notamment faire office d'arbitre.

"On a tous nos fêlures et des capacités différentes à gérer les conflits. Les sanguins vont exploser de colère, ceux qui se sentent écrasés vont se taire et attendre dans un coin. Nos personnalités réagissent avec les moyens du bord. Mais dans tous les cas, il n'est pas question d'organiser un match. C'est pour cela qu'une personne référente, celle qui par son influence dans le groupe parviendrait à calmer le jeu, peut intervenir lorsque l'un des membres se gonfle de colère. Il ne s'agit pas de prendre parti pour l'un ou pour l'autre mais de leur dire que l'on dénouera tout cela plus tard."

Même point de vue pour la psychiatre Anne-Marie Lazartigues. Selon cette professionnelle, les maîtres et maîtresses de maison doivent ainsi savoir mettre le holà. Elle va même plus loin: pas de politique durant le repas de Noël.

"Les personnes qui accueillent doivent être vigilantes à ne pas laisser la conversation s'engager là-dedans et dégénérer. Quand j'étais enfant et que l'on passait Noël dans la famille nombreuse de ma mère, ma grand-mère qui avait dix enfants leur disait toujours: 'Vous avez tous des idées différentes, vous n'allez pas nous embêter avec ça, on ne parle pas de politique ici'. Et coupait systématiquement court à toute conversation qui prenait un tel virage."

L'humour à la rescousse

Quant aux blagues de mauvais goût de l'un ou aux propos douteux de l'autre, la psychologue Béatrice Copper-Royer invite à les court-circuiter par un mot d'humour ou un trait d'esprit.

"Il faut essayer de prendre l'autre à contre-pied, invite-t-elle pour BFMTV.com. Et de lui clouer le bec de façon mordante pour le déstabiliser, avec des réflexions comme 'c'est pas tellement dans l'esprit de Noël ça', ou alors 'c'est mon cadeau que tu me fais-là?'" Le risque selon elle à monter au créneau: "ruiner l'ambiance ou alors carrément se lever et partir".

Ses recommandations: éviter de répondre de manière agressive tout comme la vaine tentative de débat sérieux. Un repas de Noël, entre l'apéritif, la découpe de la dinde et le Champagne, est rarement le bon moment pour un échange d'idées constructif. Béatrice Copper-Royer appelle par ailleurs à essayer de prendre sur soi.

"Noël, c'est avant tout un moment de fête et c'est peut-être aussi un moment de trêve, dans tous les sens du terme, poursuit-elle. On n'a peut-être pas envie, encore, de parler des grèves qui nous préoccupent déjà beaucoup au quotidien. Chacun sait pourquoi il est là et s'il vient, c'est qu'il a peut-être envie que cela se passe bien. Sinon, autant rester cher soi plutôt que de flanquer la pagaille. D'autant que ceux qui vous accueillent ont fait beaucoup d'efforts, notamment pour préparer le repas. Alors on peut faire un petit effort quelques heures."

Un plan de table

Si Béatrice Copper-Royer reconnaît qu'il peut toujours y avoir des trouble-fête "qui ne manquent pas une occasion de mettre les pieds dans le plat", il reste préférable d'éviter le champ de bataille et de régler les comptes à un autre moment. "On peut aussi tout simplement répondre que l'on n'a pas envie de parler de ce thème ni d'entrer dans ce débat." Les cadeaux, les rituels de famille, les spécialités gastronomiques: autant de dérivatifs pour éviter les sujets qui fâchent.

Pour la psychiatre Anne-Marie Lazartigues, certaines précautions peuvent néanmoins être prises, comme dresser un plan de table. "Pour certains organisateurs, les invitations au repas de Noël deviennent un véritable casse-tête: si j'invite X, il faut forcément que j'invite Y. Or, le caractère de X ou ses idées ne sont pas du tout compatibles avec Y. D'où l'intérêt de les placer chacun à un bout de la table. Comme pour les mariages, on sépare les gens qui ne s'entendent pas." Et formule une dernière recommandation: ménager les susceptibilités.

"Si X apporte de superbes amuse-bouche faits maison pour l'apéritif et Y un dessert acheté au supermarché, que les maîtres et maîtresses de maison pensent à les remercier tous les deux pour ne pas risquer d'alimenter un peu plus les rivalités."
Céline Hussonnois-Alaya