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Notre-Dame-des-Landes : dialogue de sourd entre opposants et gouvernement

Les forces de l'ordre, dans la zone des cabanes installées par les opposants.

Les forces de l'ordre, dans la zone des cabanes installées par les opposants. - -

Si opposants et gouvernement sont d'accords pour discuter du projet de l'aéroport, ils ne le sont en revanche pas quant aux sujets à aborder.

La crise qui oppose anti-aéroport et gouvernement va-t-elle se résoudre grâce au dialogue ? Pas si sûr. Les opposants au projet d'aéroport nantais à Notre-Dame-des-Landes ont en tout cas affirmé lundi être prêts à dialoguer. Mais alors que le gouvernement propose de discuter seulement de l'impact écologique, les opposants exigent, eux, de mettre les modalités d'arrêt du projet sur la table.

"Nous sommes prêts à dialoguer, mais sur les modalités d'arrêt du projet, pas sur un moindre impact écologique comme ils (le gouvernement, ndlr) le souhaitent", a déclaré Cyril Bouliguand, membre de la Confédération paysanne lors d'un point presse aux "Nouvelles cabanes".

Les habitations, nouvellement reconstruites et symboliques de la lutte, sont désormais défendues par un rempart de 45 tracteurs enchaînés les uns aux autres depuis dimanche soir.

Les "zadistes" et la résistance

"Nous voulons aussi le retrait des forces de police" de la zone du projet, a-t-il ajouté, s'exprimant aux côtés de Julien Durand, porte-parole de l'Acipa, principale association d'opposants au projet.

Depuis vendredi, les forces de l'ordre sont réintervenues en nombre pour expulser puis détruire tous les lieux d'habitation qui avaient pu être reconstruits depuis une première vague de destructions en octobre. De très vifs affrontements ont eu lieu, faisant des blessés de part et d'autre.

Lundi, les gendarmes ont repris leur intervention et ont commencé la destruction de barricades érigées depuis près de trois semaines sur une route par des opposants. La levée de ces barricades est considérée comme un "préalable" pour que les opposants soient reçus à la préfecture.

"Le chemin vers la victoire est en route", a souligné Julien Durand, "mais le chemin est long", a-t-il ajouté tandis qu'une soixantaine d'opposants mêlant agriculteurs, associatifs et "zadistes", surnom des occupants sans droits ni titre de la "zone d'aménagement différé" (zad) du projet, scandaient "Résistance, résistance".

Le gouvernement martèle que le projet d'aéroport "se fera dans tous les cas de figure"

Face à ce mouvement, le gouvernement se veut tout aussi inflexible, et il l'a fait savoir une nouvelle fois par la voix du co-porte-parole du PS, Frédérique Espagnac. "Je crois qu'il est important de dire que dans tous les cas de figure ce projet se fera", a-t-elle affirmé. Une déclaration qui intervient deux jours après l'annonce par Matignon de la mise en place d'une "commission du dialogue", un "geste d'apaisement du gouvernement", selon la co-porte-parole.

Il fallait évidemment prendre en compte la contestation, le cri du coeur d'un certain nombre (...) Aujourd'hui il est certain qu'une partie de la population a peut-être envie, tout simplement, d'exprimer son mécontentement, et pourtant je rappelle que ce débat a été tranché. Il a eu lieu il y a dix ans", a-t-elle ajouté.

"Il y a un besoin d'explication", mais" il y a aussi je crois le besoin de ne pas non plus céder à un certain nombre de mouvements qui chercheraient à utiliser ce projet. Ce projet est important", souligne Frédérique Espagnac.

Des explications, pas de compromis

Le gouvernement a toutefois proposé, lundi en fin d'après-midi, de stopper les opérations de gendarmerie... sous condition que les opposants gèlent toutes les nouvelles constructions illégales.

Du dialogue donc, des explications, de la pédagogie... quelques compromis sur la forme... Mais pas sur le fond. Notre-Dame-des-Landes ne semble pas en avoir fini avec son surnom de "Notre-Dame-des-Luttes".

Le nouvel aéroport, un projet de plus de 550 millions d'euros attribué à Vinci et soutenu par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ex-maire de Nantes, doit remplacer l'actuel aéroport Nantes Atlantique en 2017.

Sujet vidéo : Julie Guillot, Remi Pin