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Gilets jaunes: la dernière intrusion dans un ministère remonte à... 1999

Des policiers se rendent au ministère des Relations avec le Parlement à Paris le 5 janvier 2019

Des policiers se rendent au ministère des Relations avec le Parlement à Paris le 5 janvier 2019 - BERTRAND GUAY / AFP

Samedi 5 janvier, une dizaine d'individus ont enfoncé la porte du secrétariat d'Etat de Benjamin Griveaux avec un engin de chantier, à l'occasion de la 8e grande journée de mobilisation des gilets jaunes. Un tel incident n'avait pas eu lieu depuis 20 ans.

La scène est toute aussi ébouriffante que rare. Samedi après-midi, une dizaine de personnes, certaines vêtues de noir et d'autres en gilet jaune, se sont emparées d'un engin de chantier et ont "défoncé la porte du ministère" des Relations avec le Parlement, comme l'explique son locataire Benjamin Griveaux.

Manifestation d'agriculteurs

Les individus sont ensuite entrés dans la cour du bâtiment, où ils ont "cassé deux voitures et quelques vitres", entraînant une évacuation des personnels présents, dont celle du porte-parole du gouvernement. Pour retrouver la trace d'une telle intrusion dans un ministère en France, il faut remonter au 8 février 1999.

Ce jour-là, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) appelle les agriculteurs à se réunir à Paris, pour protester contre la baisse des prix des produits agricoles prévue par l'Union européenne dans le cadre de la réforme de la Politique agricole commune (PAC). La FNSEA propose aux manifestants d'apporter "1 kilo de farine et 500 grammes de petits pois" comme le relatait Libération à l'époque.

Attaque de petits pois et lancé de farine

Entre 150 et 200 personnes, venues du Loiret, de l'Eure-et-Loir, de l'Oise, du Loir-et-Cher et d'Ile-de-France, investissent alors le ministère de l'Aménagement du territoire et de l'environnement. Les forces de l'ordre, qui n'avaient pas été alertées de la tenue de cette manifestation par les Renseignements généraux, arrivent trop tard sur les lieux. Les "RG" seront par ailleurs pointés du doigts plus tard pour leur défaillance dans ce dossier.

La sécurité du ministère, assurée par quelques agents, est vite débordée par les événements. Les agriculteurs parviennent à saccager le bureau de la ministre, Dominique Voynet, qui était en déplacement en province au moment des faits. Des petits pois sautent dans les quatre coins de la pièce, de la boue est répartie sur le mobilier, des feuilles valsent dans tous les sens et de la farine est lancée sur les collaborateurs.

Peines clémentes

A l'issue de cet incident, une quinzaine d'individus sont placés en garde à vue. Seuls cinq d'entre eux seront convoqués par le tribunal, pour dégradation d'un bien public à l'aide de "petits pois, de farine et de rames de papier". Mais l'enquête piétine, l'instruction ne permet pas d'identifier les auteurs de la mise à sac du bureau ministériel, et des violences sur un fonctionnaire, qui a reçu six jours d'arrêt de travail après l'intrusion.

Compte tenu du manque d'informations, la justice prononce des peines symboliques contre les agriculteurs poursuivis. L'un d'eux est relaxé, tandis que les quatre autres sont condamnés à une amende de 10.000 francs, soit 1524 euros. Ils risquaient au maximum trois ans de prison et 300.000 francs (45.734 euros) d'amende.

Céline Penicaud