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Gilets jaunes: ministère attaqué, permanences d'élus dégradées... La violence franchit un nouveau cap

50.000 manifestants étaient rassemblés ce samedi dans toute la France.

50.000 manifestants étaient rassemblés ce samedi dans toute la France. - Mehdi Fedouach - AFP

Depuis le début de mouvement des gilets jaunes, la colère ne s'essouffle pas et les violences se multiplient. Des manifestants vont même jusqu'à s'en prendre directement aux symboles de la République. Pour Laurent Nunez, "certains cherchent à faire tomber la démocratie".

"La maison France a été attaquée." Ce samedi, lors du huitième rassemblement national des gilets jaunes, une dizaine d'individus, certains vêtus de noir, d'autres portant des gilets jaunes, se sont emparés d'un engin de chantier et ont enfoncé la porte du ministère des relations avec le Parlement où travaillaient Benjamin Griveaux et ses collaborateurs.

"Ce n'est pas moi qui suis visé, c'est la République. Ce sont les institutions, c'est la forme démocratique du gouvernement qui a été attaquée. Vous savez, ici, c'est la maison de tous les Français. Ceux qui ont aujourd'hui utilisé un engin de chantier pour défoncer le portail du ministère, ils ont attaqué la maison de France", a réagi le porte-parole du gouvernement.

Une telle intrusion dans un ministère est très rare. La dernière en date remonte à 1999 avec le saccage par des agriculteurs du bureau de Dominique Voynet au ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement. Mais depuis le début du mouvement des gilets jaunes, ces attaques, visant les institutions de la République et ses élus, se multiplient et ternissent leur message.

Faire "tomber la démocratie"

Invité sur le plateau de BFMTV ce samedi soir, Laurent Nunez, bras droit de l'Intérieur, a tenu à condamner "extrêmement fermement ces violences".

"Ces gens-là cherchent à faire tomber la démocratie et la République. On s’attaque ici à un symbole", a-t-il tancé alors qu'en province, d'autres tentatives de pénétrer dans des mairies et des préfectures ont été observées.

Les forces de l’ordre ont également fait les frais de ces violences qui semblent avoir franchi un cap. Les gilets jaunes, dont certains ne cachent pas leur souhait de renverser le pouvoir en place, ont à plusieurs reprises tenté de briser les cordons de police pour s'approcher de l'Elysée au cours des manifestations qu'ils mènent tous les samedis depuis la mi-novembre.

Une manière pour les plus radicaux d'entre eux de répondre au défi lancé par Emmanuel Macron au début de l'affaire Benalla, lorsqu'il a invité ses opposants à venir le "chercher". Lors d'un débat où on lui demandait ce qu'il comptait faire si la manifestation arrivait devant l'Élysée, l'un des leaders du mouvement, Eric Drouet, avait ainsi répondu:

"On rentre dedans". "J'ai jamais dit que je voulais aller à l'Élysée pour tout casser mais pour se faire entendre. (...) C'était pour le symbole", s'était-il ensuite défendu.

Plusieurs élus pris pour cible

Des "symboles" de plus en plus ciblés. Samedi 1er décembre, l'Arc de Triomphe, plongé sous un nuage de lacrymogène, avait été pris d’assaut par des manifestants. Le monument historique avait été tagué, puis des individus avaient forcé son entrée pour se présenter à son sommet, brandissant des drapeaux français, des étendards bretons ou encore des tissus représentant des têtes de morts. D’autres manifestants s'étaient infiltrés à l’intérieur du monument pour piller des commerces et dégrader les locaux. Des statues avaient notamment été cassées et des biens matériels détruits.

Plus récemment, c’est la permanence du député LaREM de la Vienne Sacha Houlié, à Poitiers, qui a été taguée. Des photos des dommages publiées sur Twitter par le jeune parlementaire montrent les inscriptions "Vendu" et "Peuple Insoumis" écrites en rouge sur la vitrine ainsi qu'une affiche le représentant barrée d'une croix rouge.

"Les lâches, les couards et les agitateurs ne me feront jamais taire. Plainte déposée. Cette dégradation, qu'elle soit l'oeuvre des insoumis ou des Gilets Jaunes, j'attends qu'ils s'en expliquent, s'en excusent et la réparent", a-t-il écrit.

Plusieurs bureaux d'élus de la majorité ont connu le même sort depuis le début du mouvement des gilets jaunes et certains ont fait l'objet de menaces, sur les réseaux sociaux mais aussi près de leurs domiciles. Juste avant Noël, la devanture de la permanence du député LaREM des Deux-Sèvres Guillaume Chiche avait ainsi été dégradée et le bureau du député LaREM de l'Hérault Philippe Huppé avait été tagué. Guillaume Chiche avait alors reçu le soutien de Benjamin Griveaux qui avait dénoncé un "acte odieux", le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand déplorant que des députés soient "une nouvelle fois atteints par des agressions diverses".

"Signal fort"

Des attaques à la République et à ses élus qui ne restent toutefois pas impunies. Jeudi 3 janvier, un homme a été condamné à quatre mois de prison avec sursis à Vesoul pour avoir menacé à deux reprises de "guillotine" un député LaREM lors d'une discussion houleuse avec des gilets jaunes. 

"C'est un signal fort qu'on a souhaité adresser parce que nous avons la crainte que des personnes fragiles pourraient s'en prendre physiquement à des représentants de la Nation, quels qu'ils soient", a commenté le procureur Emmanuel Dupic.

"La symbolique est très claire: quand on menace quelqu'un de guillotine, c'est lui couper la tête, c'est une condamnation à mort. Il n'y a aucune ambiguïté", a souligné le député Christophe Lejeune, qualifiant l'incident de "terriblement choquant". Quelques temps auparavant, il avait déjà été bloqué à son domicile par des gilets jaunes qui avaient posé des colliers de serrage sur les portes.

Ambre Lepoivre