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Forte mobilisation des gilets jaunes mais loin de la déferlante annoncée

Des gilets jaunes marchent sur la rocade de Bordeaux, le 17 novembre 2018 à Paris.

Des gilets jaunes marchent sur la rocade de Bordeaux, le 17 novembre 2018 à Paris. - Nicolas Tucat - AFP

"Ce n'est pas la méga-congestion de la France annoncée par certains", souligne Alexis Lacroix de L'Express. En revanche, pour le sociologue Jean-François Amadieu, "c'est un chiffre tout à fait bon".

287.710 manifestants. Ce dimanche matin, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner détaillait de manière officielle le nombre de participants à la manifestation des gilets jaunes de ce samedi 17 novembre. Sur l'ensemble du territoire, ce sont 2.034 sites qui ont été concernés par ces rassemblements a-t-il ajouté.

Cette mobilisation est-elle une réussite? A titre de comparaison, les manifestations d'avril dernier avaient été suivies par 320.000 personnes selon le ministère de l'Intérieur. Malgré tout, pour Jean-François Amadieu, sociologue spécialiste des mouvements sociaux, "on peut considérer que c'est un chiffre tout à fait bon."

"Alors même qu'il n'y a pas de militants, qu'il n'y a pas d'organisation structurée. On se demandait si les réseaux sociaux allaient mettre un nombre suffisant de personnes dans la rue et c'est le cas" a-t-il également martelé.

"Cette colère, il faut que le gouvernement l'entende"

Pour Alexis Lacroix, directeur délégué de la rédaction de L'Express, cette participation, mise en perspective "avec les prédictions mirobolantes d'un certain nombre d'acteurs du mouvement et de soutiens des gilets jaunes" est assez "décevante." 

"Ce n'est pas la méga-congestion de la France annoncée par certains, vraiment pas. Donc ça laisse une petite marge de manœuvre à l'exécutif pour reconstruire ce lien abîmé avec une partie des Français. Cette colère, il faut que le gouvernement l'entende" ajoute-t-il. 

Pour lui, la mobilisation de samedi "n'est pas un raz-de-marée, un tsunami qui met la France en situation de blocage analogue à 1995 ou 1968" mais laisse la possibilité à Emmanuel Macron "d'une réconciliation avec les Français." Ce dimanche, 150 points de blocage sont "toujours mobilisés."

Ni un échec ni un succès

Pour Hervé Gattegno, directeur de la rédaction du Journal du Dimanche, les faits sont plus nuancés. Si pour lui la journée de samedi "n'est peut-être pas un échec, ce n'est certainement pas un succès". Il en veut pour preuve les nombreux incidents qui ont émaillé les rassemblements et leur manque de cohérence.

"Une kyrielle de rassemblements sans ampleur ni cohérence, évoquent davantage une addition de râleries qu'un soulèvement général", décrit-il.

Pour lui, le déséquilibre était trop fort entre "une flambée protestataire sur les réseaux sociaux et le blocage du pays." De plus, des "revendications trop disparates, pour ne pas dire contradictoires, pour pouvoir être satisfaites" ont rendu le message inaudible. 

Hugo Septier