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Réforme du Bac: démêler le vrai du faux

Pancarte d'un lycéen lors d'une manifestation contre la réforme du baccalauréat, le 11 décembre 2018 à Toulouse.

Pancarte d'un lycéen lors d'une manifestation contre la réforme du baccalauréat, le 11 décembre 2018 à Toulouse. - Rémy Gabalda - AFP

La réforme du baccalauréat, et notamment la disparition des séries L, S et ES, inquiète. Plusieurs points crispent l'opinion, que BFMTV tente de comprendre et d'expliquer.

La réforme du baccalauréat entre en place dès la rentrée scolaire 2019, mais de nombreuses questions et doutes circulent encore et inquiètent élèves, parents et professeurs. BFMTV répond aux critiques et interrogations de ceux qui restent interloqués devant ce nouveau baccalauréat.

"Le système des spécialités va discriminer certains lycéens"

VRAI, mais pas forcément plus qu'aujourd'hui.

Dès début 2019, les actuels élèves de seconde devront choisir trois spécialités, parmi 12 matières, pour leur rentrée en première, puis deux à leur rentrée en terminale, à partir de 2020. Les lycées devraient en proposer au moins sept, de base. Puis, selon leurs possibilités, ils pourront enseigner les autres. Mais la répartition de ces spécialités en France fait craindre une augmentation des discriminations territoriales.

Globalement, les lycées qui proposaient déjà plus d'options que les autres continueront, et vice-versa. "Les cartes des spécialités par académies [qui ont commencé à être publiées mardi] correspondent peu ou prou à ce qui existait déjà" explique Samuel Cywie, porte-parole de la PEEP, Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public. "Il n'y a pas de surprise, les équipes de professeurs sont déjà formées" aux options qui étaient précédemment proposées dans leurs établissements.

Aujourd'hui, sur 4.400 lycées en France, 600 ne peuvent pas proposer toutes les filières du baccalauréat général (L, ES et S), a rappelé le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer sur BFMTV mardi. "Demain ils seront autour de 300 à ne pas avoir les sept spécialités, autrement dit on aura fait un progrès par rapport à ce qu'il y a avant", assure le ministre. Le ministère de l'Éducation propose également des conventions entre établissements pour que les élèves puissent suivre l'option de leur choix.

"On ne sait pas quelle spécialité choisir pour intégrer les études supérieures désirées"

A VÉRIFIER, une fois la réforme en place

Pour faire médecine, vaut-il mieux choisir Maths/Physique, Physique/ SVT ou Maths/ SVT? "Pour ceux qui veulent faire Sciences Po, il faudra choisir 'géopolitique', c'est quasiment évident, mais pour d'autres orientations, c'est plus flou", explique Samuel Cywie. Les chemins habituels qui mènent aux études supérieures sont pour le moment incertains, pour les lycéens, comme pour les universités.

"Pas mal d'universités vont essayer d'ouvrir le champs des recrutements", explique le porte-parole de la PEEP, mais pour le moment, "je pense que les jeunes vont essayer de recréer les séries S, L et ES. On verra dans 3/4 ans, quand les comportements auront véritablement changé", et que les universités auront affiné leur sélection avec ce nouveau système.

"Le baccalauréat sera plus local que national"

FAUX

La nouvelle note du baccalauréat sera composée à 60% du contrôle final, et à 40% du contrôle continu. Sur ces 40%, 30% correspondent à ce qui était anciennement des bacs blancs - et qui seront désormais des examens officiels -,10% aux notes courantes. Ce nouveau système fait craindre la naissance d'injustices dans les notations: selon si l'élève vient d'un lycée plus sévère, il aura de moins bonnes notes et donc un résultat final à l'examen moins bon.

Sur BFMTV mardi, Jean-Michel Blanquer a assuré que les sujets lors des examens, seront corrigés par d'autres professeurs, et "anonymisés, avec des banques de sujets nationales, de façon à garantir une objectivité de la correction".

"La réalité, c'est que si des élèves doivent être discriminés à travers leur établissement, ils le sont déjà", explique Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du syndicat des personnels de direction (SNPDEN). Il rappelle au passage que Parcoursup se base principalement sur les bulletins scolaires reçus au cours de l'année, soit déjà sur une caractéristique "locale".

"Des lycéens n'auront désormais plus de cours de mathématiques"

FAUX, mais ils en auront beaucoup moins

Avec l'apparition des spécialités, les mathématiques sont dilués dans la case "enseignement scientifique". Ils seront enseignés deux heures par semaine dans le tronc commun. Selon le ministre de l'Éducation, il n'y aura pas de grandes différences avec ce qui existe déjà, puisque les séries L ou ES n'avaient pas, ou peu, de mathématiques.

Mais cet enseignement restant des mathématiques semble insuffisant à certains professeurs. "En sciences humaines, on a besoin de mathématiques, d'un minimum de statistiques, de probabilités et d'études de fonctions", explique à BFMTV Thierry Patinaux, professeur de mathématiques, qui se désole du délaissement de cette matière.

En parallèle, la spécialité mathématiques qui sera proposée va être très exigeante: "Là, le programme est orienté pour des physiciens, ou des futurs professeurs de mathématiques", explique Thierry Patinaux, qui craint que seuls les profils très scientifiques puissent choisir et réussir dans cette matière. Le ministère de l'Éducation réfléchit actuellement à proposer en Terminale une option mathématiques pour ceux qui voudraient avoir plus que des bases.

Les choix de spécialisation se font trop tôt

Pas plus qu'auparavant

Avec ce système, les élèves devront, en seconde, choisir trois spécialités. Jusque là, ils devaient déjà décider quelle série (L, S ou ES), ils souhaitaient intégrer par la suite dès la seconde. Mais certains s'effraient de cette forte spécialisation aussi tôt: "Les études supérieures commencent désormais dès la seconde avec ce choix des spécialités", déclare Pierre-Yves Duwoye, ancien secrétaire général du ministère de l'Éducation nationale, dans Le Figaro.

"Il y a évidemment tout un travail à mener pour bien conseiller les élèves, c'est un vrai enjeu" , explique Bruno Bobkiewicz, "les professeurs principaux et les psychologues de l'Éducation nationale ont un rôle fondamental" sur ce sujet. Toutefois, un certain flou règne encore autour de la méthode à adopter, "pour l'instant on tâtonne", déclare le proviseur du lycée Paul Eluard (Saint-Denis).

Salomé Vincendon