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Portables interdits au collège: les initiatives qui fonctionnent

Un lycéen range son portable dans une enveloppe avant l'épreuve de philosophie du bac, le 17 juin 2013 à Paris.

Un lycéen range son portable dans une enveloppe avant l'épreuve de philosophie du bac, le 17 juin 2013 à Paris. - Fred Dufour - AFP

Dans de nombreux collèges, les élèves ne peuvent déjà plus utiliser leur téléphone portable. Les responsables d'établissements notent une amélioration des échanges entre collégiens et moins de "parasitages" en classe.

Le ministre de l'Education nationale a confirmé en décembre que le portable sera interdit dans les écoles primaires et les collèges dès la rentrée 2018. Déjà, l'utilisation "durant toute activité d'enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur" du téléphone portable est interdite de la maternelle au collège. Grâce à leur règlement intérieur, certains établissements vont plus loin et l'interdisent même hors de la classe. 

La plupart du temps, l'interdiction est bien vécue par les élèves, comme au collège Jean-Moulin à Paris où ils ne peuvent même pas le sortir dans la cour. "Nous avons interdit les portables il y a déjà deux ans, après plusieurs cas de harcèlement et de rumeurs sur Internet", explique à La Croix Marie-Thérèse Dugenet, principale de l'établissement.

"Si nous voyons le portable ou si nous l’entendons, il est immédiatement confisqué et seuls les parents peuvent venir le récupérer", précise-t-elle. Une mesure rapidement assimilée: "On est passés de 4-5 portables confisqués par jour à 3-4 par semaine", se félicite la responsable.

Des jeux de société ou du sport au déjeuner

Le collège a mis en place des ateliers jeux de société sur le temps de midi et assure même devoir refuser des élèves, "faute de place". 

Une approche similaire a été adoptée au collège Littré de Bourges (Cher), où les enfants peuvent rejoindre un club de jeux ou faire du sport. "C'est métamorphosant. Les élèves échangent, se rencontrent, se sourient... Des jeunes ados qui communiquent tout simplement, sans écrans interposés", se réjouit la principale-adjointe Odile Dépré sur RMC.

Si l'élève est pris la main dans le sac, les sanctions diffèrent, des heures de retenue à la confiscation, parfois pendant plusieurs mois comme au collège Notre-Dame de Lisieux (Calvados).

"La troisième fois, on confisque le portable, et on le rend à la fin de l’année scolaire. Cela arrive 4 ou 5 fois par an", explique au Pays d'Auge Hervé Crinière, directeur de l'établissement. Dans la journée, le portable est éteint et rangé. Le responsable relève "beaucoup moins de problèmes sur les réseaux sociaux, beaucoup moins de circulation de photos prises à l’insu de qui que ce soit" et "moins de parasitages en cours".

"Beaucoup moins de problèmes sur les réseaux sociaux"

Pour plusieurs établissements, la diffusion de photos et vidéos était devenu un réel problème.

"On avait des élèves qui prenaient des photos en cours, voire qui tournaient des vidéos, et qui les mettaient ensuite sur les réseaux sociaux. Des élèves ont également souffert du harcèlement de la part de certains camarades de classe, et les réseaux sociaux étaient un phénomène amplificateur", juge dans La Nouvelle République Morgane Monnier, CPE du collège Georges-Besse de Loches (Indre-et-Loire).

Les portables y sont désormais interdits, "y compris dans la cour", comme il est bien affiché partout dans l'établissement.

Dans certains collèges, ils sont autorisés dans certains endroits pour consulter ses messages et téléphoner, notamment en cas d'urgence. Une situation que reconnaît d'ailleurs Jean-Michel Blanquer: "Parfois vous pouvez avoir besoin du téléphone portable pour des usages pédagogiques (...) pour des situations d'urgence, donc il faut qu'ils soient en quelque sorte confinés", avait-il déclaré en décembre. L'aspect logistique de l'interdiction semble aujourd'hui être le seul point d'orgue d'une réforme qui entérine des pratiques déjà existantes.
Liv Audigane