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Les vertus du numérique à l'école maternelle

Une classe d'Ile-de-France équipée de tablettes numériques (photo d'illustration)

Une classe d'Ile-de-France équipée de tablettes numériques (photo d'illustration) - Fred Dufour-AFP

Dans un rapport publié ce lundi, l'Institut Montaigne recommande l'usage de tablettes numériques dès la maternelle. Pourtant, l'idée est loin de faire l'unanimité.

Le numérique, une opportunité dès la maternelle? Un rapport sur la réussite scolaire des enfants âgés de 2 à 11 ans de l'Institut Montaigne propose de se servir des outils numériques dès le plus jeune âge. Selon ce think tank d'obédience libérale, cela permettrait de lutter contre l'échec scolaire, rapporte ce lundi Le Parisien. 

"Favoriser l'autonomie des élèves"

"Notre rapport démontre que le numérique peut répondre aux défis qui se posent au système scolaire, car il permet d'individualiser l'enseignement en fonction des progrès comme des difficultés de chaque élève; d'utiliser les données recueillies pour améliorer les performances du système éducatif; de favoriser l'autonomie et la créativité des élèves."

Plusieurs académies, comme celle de Nantes, développent déjà des outils pour les enfants dès l'âge de 5 ans en grande section de maternelle, indique le quotidien national. "On a vu que des enfants qui apprenaient leur nom et ceux de leurs camarades de classe grâce à des écrans l'apprenaient en moins de trois semaines, là où en général il faut plusieurs mois", remarque pour BFMTV Nicolas Harlé, directeur associé de Boston Consulting Group. Des résultats qui semblent concluant, alors que 20% des élèves arrivent en 6ème avec de graves déficits d'apprentissage.

Le numérique à l'école, une "ambition nationale"

L'Institut Montaigne préconise ainsi d'équiper chaque école avec huit tablettes pour trois classes et de sélectionner des applications qui joueraient le rôle de répétiteurs auprès des élèves, à l'école et à la maison. "Un élève de 10 ans passe trois heures par jour devant un écran: si on peut récupérer un peu de ce temps pour des activités pédagogiques, ce sera cela de gagné", estime son directeur dans Le Parisien.

Le président de la République l'a dit à plusieurs reprises: il souhaite faire entrer l'école dans l'ère du numérique. François Hollande a affirmé que l'introduction du numérique, principalement au collège, devait être une "ambition nationale", pour que la France devienne un pays leader de "l'e-enseignement". Le locataire de l'Elysée voyant ainsi un moyen de "lutter contre les inégalités", dotant le Plan pour le numérique à l'école d'une enveloppe d'un milliard d'euros.

"Freiner le développement du tout-petit"

Pourtant, selon un rapport Pisa de l'OCDE publié l'année dernière, le lien entre accès aux outils du numérique à l'école et bons résultats scolaires est loin d'être évident. Le numérique à l'école aurait même une "incidence sur la performance des élèves mitigée, dans le meilleur des cas", précise l'étude. "Les pays qui ont consenti d'importants investissements dans les TIC dans le domaine de l'éducation n'ont enregistré aucune amélioration notable des résultats de leurs élèves en compréhension de l'écrit, en mathématiques et en sciences, pointe le rapport. Autre constat, les nouvelles technologies ne sont pas d'un grand secours pour combler les écarts de compétences entre élèves favorisés et défavorisés." 

Pire, l'introduction des écrans auprès des tout-petits est vivement déconseillée. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a mis en garde. "Avant 3 ans, l'enfant se construit en agissant sur le monde: la télévision risque de l'enfermer dans un statut de spectateur à un moment où il doit apprendre à devenir acteur du monde qui l'entoure." Le CSA va même plus loin: "L'exposition passive à des images diffusées sur un écran peut au contraire freiner le développement du tout-petit enfant."

Céline Hussonnois Alaya