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Le taux de réussite au bac peut-il baisser à cause de Parcoursup?

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - Lionel Bonaventure-AFP

Des candidats sans aucune réponse d'admission, d'autres sur listes d'attente: les premiers résultats donnés par Parcoursup ont parfois découragé les lycéens à trois semaines du baccalauréat. Pourtant, rien n'est joué.

Alors que les premières réponses aux vœux formulés par les lycéens qui souhaitent entamer des études supérieures sont tombées mardi soir sur Parcoursup, certains candidats sont depuis plongés dans le plus grand désarroi

"Merci la motivation pour son bac"

Car si plus de la moitié des élèves de terminale ou étudiants en réorientation ont reçu au moins une proposition, nombre d'entre eux se sont retrouvés sur liste d'attente, parfois très longues. D'autres n'ont même reçu aucune réponse positive, de quoi ajouter du stress à un peu plus de trois semaines du baccalauréat.

"Que vont faire les élèves qui ont eu leur bac mais n'ont eu que des réponses négatives?" s'interroge un internaute sur la page Facebook de BFMTV. "Et pour ceux qui vont avoir leur bac et aucune école, comment on fait?" s'inquiète-t-il encore. "Mon fils n'a aucun vœu accepté. Merci la motivation pour son bac!" se soucie une mère de famille. "Vous vous rendez compte? Un gamin qui reçoit des 'non' à tous ses vœux avant de passer le bac", s'affole une autre utilisatrice du réseau social.

"Éviter ce type d'incertitudes"

Un lycéen qui n'aurait reçu aucune réponse positive avant le début des épreuves -c'est-à-dire le 18 juin avec la dissertation de philosophie- serait toujours sur liste d'attente ou bien aurait reçu une proposition figurant parmi ses derniers vœux ne risque-t-il pas de se décourager et de se démotiver? Ne serait-il pas tenté de manquer ou faire capoter son examen afin de redoubler et de retenter sa chance l'année prochaine? 

Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, a tenu à rassurer les lycéens. "Il faut laisser le système se dérouler", a-t-elle déclaré mercredi. "Deux tiers des lycéens auront une proposition avant le bac", a-t-elle ajouté.

Mais pour Charles-Martin Krumm, président de l'Association française de psychologie positive et maître de conférence à l'Espe de Bretagne, ces contrariétés sont risquées à quelques jours du bac.

"Pour certains élèves, cela peut avoir un effet sur leur motivation même si cela reste très difficile à prédire. Ce type d'incertitudes serait tout de même à éviter par principe de précaution", remarque pour BFMTV ce professeur agrégé d'éducation physique et sportive.

"Pas dans un état d'esprit serein"

Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU, le syndicat national des enseignements du second degré, est du même avis. "Nos collègues professeurs principaux nous disent que les élèves ne sont pas dans un état d'esprit serein pour préparer le bac, un sur deux ne sait pas où il va atterrir l'année prochaine", indique-t-elle à BFMTV.

"Le lendemain des premiers résultats sur Parcoursup, certains professeurs n'ont pas fait cours et ont pris le temps de discuter avec les élèves qui sont stressés et inquiets. Certains sont complètement désespérés. Ce ne sont pas de bonnes conditions pour préparer un examen aussi important. Les élèves se demandent si ça va leur servir à quelque chose."

Mais selon cette syndicaliste, il n'est pas certain que préférer le redoublement soit une bonne stratégie pour obtenir l'année suivante l'orientation désirée. "Si on ne sait pas sur quels critères les élèves sont classés et si les algorithmes restent opaques, certains établissement ont peut-être regardé si l'élève était redoublant, ce qui peut être un handicap", ajoute Frédérique Rolet.

Une phase complémentaire et la saisie des commissions

Jusqu'au 18 juin, de nouvelles réponses pourront tomber tous les matins. Pour les candidats qui n'auraient reçu que des "non", ils doivent saisir la commission du rectorat, chargée de leur trouver une place qui corresponde à leurs souhaits. Attention, la commission ne se saisit pas elle-même, c'est à l'élève de faire la démarche. La procédure s'interrompra durant les épreuves du bac avant de reprendre une fois celles-ci terminées.

À partir du 26 juin va s'ouvrir une phase complémentaire sur Parcoursup pour les lycéens sans proposition d'admission, comme le rappelle le site de l'Éducation nationale. De nouveaux vœux pour des formations disposant de places vacantes pourront ainsi être formulés.

Après les résultats du baccalauréat, la commission d'accès à l'enseignement supérieur étudiera "les souhaits de formation prioritaires et les dossiers des bacheliers qui n'ont reçu aucune proposition d'admission". Et au 21 septembre, tous les bacheliers souhaitant entamer des études supérieures seront inscrits, assure le ministère.

"Tous les jeux ne sont pas faits"

C'est pour cela que Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN Unsa, le syndicat des personnels de direction, se veut rassurant. Selon lui, les élèves qui n'ont reçu que des réponses négatives ne représentent aujourd'hui que 3 à 4% de l'effectif total. "Ils seront traités de manière spécifique avec les commissions académiques. Ils seront rapidement identifiés, pris en charge et accompagnés individuellement", assure-t-il à BFMTV.

"Il reste encore du temps, il ne faut pas tirer un trait définitif. Si ces élèves ne sont pas admis aujourd'hui, la situation ne sera peut-être pas la même dans une semaine ou un mois. Tous les jeux ne sont pas faits, contrairement à ce qu'ils pensent. Ils voient les choses en noir et blanc, mais tout est bien plus complexe et bien plus étalé dans le temps."

Quant aux élèves qui ont reçu des réponses "en attente", "leur situation va évoluer tous les jours", assure Philippe Vincent, également proviseur à Marseille. "J'ai un exemple qui date de ce matin. Un élève qui était hier en attente à la 30e place est aujourd'hui en 5e place. Il y a de fortes chances pour que demain, il soit pris. Jusqu'au bac, le dispositif va tourner." S'il dit comprendre leurs inquiétudes, Philippe Vincent estime que cela n'impactera pas les épreuves.

"Jusqu'à présent, les élèves pensaient au bac d'abord, et aux études supérieures après. Aujourd'hui, la tendance est inversée. Mais j'ai le sentiment qu'ils segmentent les choses. Ils font la distinction entre la préparation aux examens et le post-bac. Et ils savent que c'est la clé d'entrée aux études supérieures."

C'est également le point de vue de Jean-Rémi Girard, le président du Snalc, un syndicat du personnel de l'Éducation nationale. Selon lui, il est trop tôt pour se prononcer sur les effets positifs ou négatifs de Parcoursup. "Une fois que les élèves auront le bac, il auront le droit d'entrer dans l'enseignement supérieur, insiste-t-il pour BFMTV. Et ce droit ne pourra pas être contesté."

Céline Hussonnois-Alaya