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Faut-il revoir la méthode d'enseignement des mathématiques?

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(Photo d'illustration) - AFP

Le ministre de l'Éducation nationale a lancé une réflexion sur l'enseignement des mathématiques. Les résultats des Français dans cette matière sont particulièrement mauvais.

Entre les élèves et les mathématiques, ce n'est pas toujours le grand amour. Selon l'étude internationale Timss publiée fin 2016, les petits Français en classe de CM1 sont les plus mauvais de l'Union européenne, derrière Chypre. Leurs résultats sont même en dessous de la moyenne internationale.

11 médaillés Fields français

Un écolier sur huit ne maîtrise pas les compétences élémentaires en mathématiques, rappelle un document de la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance reprenant les conclusions de cette étude, contre un sur vingt en Europe. Paradoxalement, le nombre d'heures qui leur sont consacrées par an est plus important qu'ailleurs: les enseignants déclarent leur dédier 193 heures, alors qu'au niveau européen la moyenne est de 158 heures.

Pas mieux au collège, où le niveau recule d'année en année. Un élève de troisième sur cinq serait incapable de traiter un exercice plus difficile que le niveau de début du collège. Pourtant, la France compte onze médaillés Fields -considérée comme le prix Nobel des mathématiques- sur les 56 médailles décernées depuis sa création, ce qui place l'Hexagone sur le podium des nations formatrices d'éminents mathématiciens.

"Ces résultats sont en effet calamiteux, regrettait Cédric Villani, mathématicien et lauréat en 2010 de la Médaille Fields pour Sciences et avenir (...) On peut y voir un symptôme général, le signe d'une maladie touchant l'ensemble du système scolaire. Car les mathématiques représentent peut-être ce qu'il y a de plus fragile, ce qui 'prend l'eau' en premier, en raison de la subtilité de ses constructions et de la difficulté à en expliquer les enjeux."

Vers des pédagogies "explicites"

Devant ces piètres résultats, le ministre de l'Éducation nationale -séduit par la "méthode de Singapour"- a lancé une réflexion chapeautée par Cédric Villani, également député LREM de l'Essonne, rapporte Le Figaro. En septembre dernier, Jean-Michel Blanquer avait déjà annoncé souhaiter que les élèves de CP et de CE1 maîtrisent les quatre opérations de base. Selon le quotidien, le ministre pencherait pour des pédagogies "explicites", c'est-à-dire partant de choses concrètes et de la manipulation pour aller progressivement vers des notions plus abstraites.

Un manque de pédagogie? D'année en année, les lacunes semblent s'accumuler. "On a tendance, trop rapidement, à vouloir théoriser alors que les bases pratiques ne sont pas acquises, les bases de calcul notamment", pointe pour BFMTV Pierre-Alain Bouclé, professeur chez Acadomia. 

Un sondage CSA Research réalisé pour Le Point avec RTL et diffusé ce jeudi montre que 65% des Français jugent l'enseignement des mathématiques inadapté. Faudrait-il revoir la formation des enseignant? "C'est, leur redonner à eux aussi, le sens du nombre pour qu'ils puissent après travailler avec les élèves", analyse pour BFMTV Catherine Moisan, inspectrice générale honoraire.

"L'importance des mathématiques ne cesse de croître"

Des difficultés en cours de mathématiques, Pierre-Marius, scolarisé en première scientifique, en rencontre. Ce lycéen prend d'ailleurs des cours particuliers afin de garder le niveau. Car en classe, selon lui, ce n'est pas toujours évident. 

"J'ai eu des bonnes expériences mais j'en ai eues aussi des mauvaises, avec des professeurs qui basaient tout sur écrire un cours et nous laisser faire des exercices à la maison", témoigne pour BFMTV le jeune homme âgé de 16 ans.

Et pour Cédric Villani, impossible de faire l'impasse sur les mathématiques dans notre société actuelle. "L'importance des mathématiques ne cesse de croître, analysait-il pour Sciences et avenir. Cette tendance a été décuplée par l'invention des ordinateurs, machines permettant de réaliser n'importe quelle opération et mettre ainsi en œuvre une infinité de constructions mathématiques."

Céline Hussonnois-Alaya avec Célia Genest