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Entrée au lycée: comment seront affectés les élèves de 3e en seconde?

Lieu d'habitation, résultats scolaires, statut social: le calcul des critères d'affectation au lycée des élèves de 3e inquiète les parents. Ils dénoncent un système opaque après un couac l'année dernière.

Casse-tête en vue pour les élèves de 3e scolarisés à Paris. Après le collège, l'orientation au lycée passe par le logiciel Affelnet, pour "affectation des élèves par le net", un algorithme national qui existe depuis 2008. Pour être affecté dans un lycée, les quelque 800.000 élèves qui s'apprêtent à passer le brevet devront émettre dans les prochaines semaines leurs souhaits. Ils auront droit à huit vœux au maximum, selon les académies - un vœu représentant un établissement. Et se verront attribués des points, selon leur situation, qui détermineront leur affectation. 

Comme l'explique l'académie de Paris, Affelnet classe les dossiers en fonction du barème de chaque élève pour chaque lycée demandé et leur attribue une note générale. Le barème dépend du lieu d'habitation (sauf pour les filières professionnelles où la discipline choisie l'emporte), des résultats scolaires et du statut éventuel de boursier.

"L'effet pervers" de l'algorithme

En milieu rural ou dans les grandes villes de province, le lycée d'affectation est bien souvent le lycée de secteur. Mais à Paris, les choses sont plus compliquées. "Il peut y avoir sept ou huit lycées dans un même secteur géographique, indique pour BFMTV.com Hervé-Jean Le Niger, vice-président de la FCPE. Le problème, c'est que le système continue de hiérarchiser les lycées, créant des établissements de niveau. Certains parents souhaitent que leurs enfants soient scolarisés dans des lycées dits de renom qu'ils estiment bons." Entraînant ainsi un afflux de candidatures pour certains établissements.

L'objectif d'Affelnet était pourtant d'instaurer une meilleure mixité scolaire et sociale. "Ce logiciel a permis à des élèves boursiers qui se censuraient d'accéder à des lycées qui en accueillaient peu", salue pour BFMTV.com Samuel Cywie, président de la Peep Paris.

Mais l'année dernière, le système a été au cœur d'une polémique. Le lycée Turgot, dans le 3e arrondissement de Paris, s'est vu attribuer au mois de juillet 83% d'élèves boursiers en seconde - contre 44% l'année précédente. "C'est l'effet pervers de cet algorithme, dénonce pour BFMTV.com Valérie Marty, présidente de la Peep. Au lieu de promouvoir la mixité, les disparités entre les lycées augmentent. Et à notes égales, un élève boursier passera devant un élève non boursier. Cela créé un sentiment d'injustice."

La persistance de lycées de niveau

Certains estiment que le problème est ailleurs. Pour Jean-Jacques Renard, vice-président de la FCPE Paris, ce logiciel d'affectation fait perdurer un système inégalitaire. "Le paramétrage du logiciel induit la persistance de lycées de niveau à Paris dont le taux de réussite au bac est seulement dû au fait que l'on met les meilleurs élèves ensemble", analyse-t-il pour BFMTV.com. S'il précise que le fait d'être boursier ne signifie pas être mauvais élève, il rappelle que l'enquête Pisa avait souligné le lien entre le niveau des élèves et leur statut économique.

"Certains lycées recrutent les meilleurs élèves, et donc réussissent mieux. De même, les meilleurs boursiers se retrouvent dans les meilleurs lycées et les boursiers les moins bons dans des établissements déjà fragilisés."

La nouveauté: le socle commun de connaissances

Autre source d'inquiétude pour les parents: la nouvelle manière d'intégrer les résultats des élèves. Jusqu'à l'année dernière, les notes du bulletin scolaire entraient dans le calcul d'Affelnet. Mais cette année, avec sa prise en compte dans l'obtention du brevet, le socle commun de connaissances, de compétences et de culture - des compétences pluridisciplinaires qu'un élève de 3e est censé maîtriser à l'issue de sa scolarité obligatoire - sera également un des critères de l'algorithme. La Peep craint que cette nouvelle méthode d'évaluation, qu'elle juge trop floue, n'ait des conséquences négatives.

"Le socle commun est évalué selon quatre critères: maîtrise insuffisante, maîtrise fragile, satisfaisante ou très bonne maîtrise. Or, ce sont des critères peu discriminants, la plupart des élèves ont une maîtrise satisfaisante voire très bonne à l'issue de la 3e", remarque Samuel Cywie, qui redoute un "bricolage".

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C'est également la crainte d'Hervé-Jean Le Niger, de la FCPE, qui assure que le socle commun pèsera davantage dans la balance que les notes du bulletin. Selon lui, le risque, c'est que des élèves soient ex æquo.

"Comment seront-ils départagés? Seront-ils tirés au sort? La présence d'un frère ou d'une sœur au sein de l'établissement sera-t-elle prise en compte? Tout cela est encore flou. Nous voulons que ce processus d'affectation soit transparent et que les fiches des élèves soient publiées."

"On est encore dans la grande inconnue"

Un mode de calcul "un peu ubuesque" regrette également Jean-Jacques Renard, de l'antenne parisienne de la fédération. "D'un côté, on supprime les notes par la réforme de l'évaluation, mais de l'autre on les réintroduit par le biais d'un barème. Comment les évaluations vont-elles être transformées en points? Comment les boursiers seront régulés? On est encore dans la grande inconnue." Valérie Marty dénonce elle aussi une certaine opacité. "C'était déjà compliqué avant, je ne sais pas si ce sera plus simple." La Peep appelle à la publication des modes de calcul de l'algorithme.

"Le ministère nous a assuré qu'une nouvelle méthode permettrait de limiter les effets pervers et de favoriser la mixité, ajoute Samuel Cywie, du secteur parisien de l'association de parents d'élèves. Mais alors que le second trimestre est terminé, nous ne savons toujours pas quelles seront précisément les conditions d'affectation. On veut une méthode claire et lisible."

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois Journaliste BFMTV