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Éducation: à quoi servent les neurosciences à l'école?

La rentrée des classes dans une école parisienne le 4 septembre 2017

La rentrée des classes dans une école parisienne le 4 septembre 2017 - Patrick Kovarik-AFP

Le ministre de l'Éducation nationale souhaite que les méthodes pédagogiques des enseignants s'inspirent des neurosciences et des sciences cognitives. Des experts du sujet joints par BFMTV.com décodent ce choix de Jean-Michel Blanquer.

Pourquoi vouloir faire entrer les neurosciences et les sciences cognitives à l'école? Jean-Michel Blanquer a lancé ce mercredi son conseil scientifique avec à sa tête un spécialiste en neurosciences, soit l'étude biologique du cerveau. Un tiers des membres de ce conseil sont par ailleurs issus des sciences cognitives, c'est-à-dire l'étude de la pensée humaine et de ses mécanismes, comme le langage, la mémoire et le raisonnement.

"Elles éclairent la manière dont les élèves apprennent"

Le ministre de l'Éducation nationale avait déjà annoncé vouloir s'appuyer sur "les résultats scientifiques les plus récents" pour dessiner l'école de demain. Son ambition: améliorer les méthodes d'apprentissage avec pour objectif la réussite scolaire des élèves.

La neuro-éducation, soit la combinaison entre les sciences cognitives et éducatives, n'est pas nouvelle. Elle est officiellement reconnue par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) depuis 2007. "Comprendre le cerveau peut indiquer de nouvelles voies de recherche et améliorer politiques et pratiques éducatives", assure l'OCDE dans un rapport.

En quoi consistent ces sciences cognitives? "Elles permettent de comprendre les faits éducatifs", explique à BFMTV.com Ange Ansour, responsable du programme les Savanturiers au Centre de recherches interdisciplinaires. "Elles éclairent la manière dont les élèves apprennent, comment fonctionne leur mémoire, leur temps d'attention et tous les mécanismes qui déterminent les apprentissages." 

"Aborder une notion nouvelle par quelque chose de familier"

Concrètement, lorsqu'elles sont appliquées à des méthodes pédagogiques, il s'agit de s'appuyer sur le fonctionnement naturel du cerveau. "L'idée, c'est de transposer des situations connues du quotidien", détaille à BFMTV.com Eric Gaspar, créateur du projet Neurosup et professeur de mathématiques. "Cela peut être appliqué dans toutes les matières, le cerveau raisonne de la même manière qu'il s'agisse d'histoire ou de mathématiques."

Selon lui, c'est le même principe que la méthode Singapour, dont souhaite s'inspirer Jean-Michel Blanquer. "Les sciences cognitives permettent d'aborder une notion nouvelle par quelque chose de familier et d'aller progressivement vers l'abstraction. L'idée est de ne pas énoncer une règle mais de créer cette règle à partir de points communs quotidiens et connus des élèves. Le cerveau mémorise d'autant mieux une donnée si elle lui est familière."

Un exemple: pour aborder le chiffre trois, on présente trois pommes à l'enfant. Puis, la forme est simplifiée: le fruit est représenté par un trait. Enfin, cette simplification devient abstraite et est alors symbolisée par un mot ou un chiffre. 

"Imaginer des pédagogies innovantes"

Le défi, estime Ange Ansour, "c'est de construire des dispositifs pédagogiques pour passer du savoir au savoir-faire". Enseigner le fonctionnement du cerveau aux professeurs en formation initiale et continue, c'est également ce que recommande Grégoire Borst, professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l'éducation à l'Université Paris-Descartes.

"Ils sont très en attente et ont envie de savoir comment les apprentissages se mettent en place chez les élèves. Grâce à cela, ils pourront imaginer des pédagogies innovantes qui respectent les lois du cerveau", assure-t-il à BFMTV.com. 

Selon lui, ces nouvelles pédagogies ne se feront pas sans un pont entre enseignants et chercheurs. "Un dialogue doit se mettre en place entre les laboratoires et les professeurs, car ce sont bien eux les spécialistes en matière de pédagogie. Les neurosciences sont là pour créer une boîte à outils à disposition des enseignants."

Pas de recette miracle

C'est également le point de vue de Francette Popineau, co-secrétaire générale et porte-parole du Snuipp-FSU, le syndicat des professeurs des écoles. "Ce qui nous intéresse, ce sont les interactions entre chercheurs et enseignants", indique-t-elle à BFMTV.com. "La recherche ne doit pas être verticale, ils doivent travailler main dans la main. Les neurosciences ne répondent pas à toutes les difficultés de l'école, il n'y a pas de recette miracle." Selon elle, malgré toutes les bonnes volontés, cela ne marchera pas sans engagement politique. 

"Un enfant, c'est aussi un environnement et un contexte social", ajoute Francette Popineau. "La réussite des élèves passe aussi par des politiques éducatives. Car malgré toutes les bonnes intentions, avec des classes surchargées et des enseignants mal formés, les meilleures pédagogies inspirées des sciences cognitives n'y changeront rien." 
Céline Hussonnois-Alaya