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Ces étudiants privés de stage ou d'apprentissage à cause de la crise sanitaire

Un amphithéâtre de l'Université de Rouen-Normandie à Mont-Saint-Aignan en octobre 2017 (photo d'illustration)

Un amphithéâtre de l'Université de Rouen-Normandie à Mont-Saint-Aignan en octobre 2017 (photo d'illustration) - Charly Triballeau-AFP

Alors que les entreprises se déconfinent peu à peu et reprennent tout doucement leur activité, difficile pour les étudiants de décrocher un stage et pour les alternants de signer leur contrat d'apprentissage.

En ces temps de crise sanitaire et après deux mois de confinement, alors que la situation économique paraît peu favorable et que les entreprises reprennent tout doucement leur activité, difficile pour les étudiants et étudiantes de trouver un stage et pour les alternants et alternantes de signer leur contrat d'apprentissage, gage de leur scolarité.

Ne pas "pénaliser" ces étudiants

Mélanie Luce, la présidente du syndicat étudiant Unef, déplore pour BFMTV.com qu'un certain nombre d'étudiants aient vu leur stage annulé et leur convention déchirée avec la crise liée au coronavirus. Sans aucune autre solution de remplacement.

Problème: certains de ces stages sont obligatoires pour valider leur année, cursus ou diplôme. "Il faut s'assurer que ces étudiants ne soient pas pénalisés ou risquent de redoubler s'ils n'ont pas pu faire leur stage." Elle appelle ainsi les établissements du supérieur à prolonger la période durant laquelle ces stages doivent être effectués ou bien, si cela n'est pas possible, à les neutraliser quand ils ne sont pas essentiels à la scolarité.

"Il faut un cadrage national du ministère, on ne peut pas tout faire reposer sur les établissements."

Selon cette représentante syndicale, certains établissements tarderaient également à répondre aux interrogations de leurs étudiants quant à leur avenir scolaire. Sans compter que pour certains d'entre eux, un stage annulé représente aussi une perte de revenus. "Certains comptent sur leurs indemnités pour vivre", ajoute Mélanie Luce. Elle appelle ainsi au déblocage d'une aide supérieure aux 200 euros annoncés par le Premier ministre, qu'elle juge insuffisante.

Orlane François, présidente de la Fage - une autre organisation étudiante - appelle même à aller plus loin. "Si les stages sont reportés cet été, sachant qu'ils ne sont pas toujours rémunérés ou peu, les bourses étudiantes en principe versées de septembre à juin doivent être prolongées en juillet et août", exhorte-t-elle pour BFMTV.com.

"L'expérience professionnelle est fondamentale"

Alice Guilhon, vice-présidente de la Conférence des grandes écoles, qui représente 229 grandes écoles, affirme avoir "plaidé" auprès des entreprises pour que les stages ne soient pas annulés. "L'idée, c'est de les reporter, indique-t-elle à BFMTV.com. La plupart des entreprises ont joué le jeu." Une des solutions privilégiées: prolonger la durée durant laquelle l'expérience professionnelle doit être effectuée. 

"Quant les stages ont tout de même été annulés, principalement par de petites entreprises qui ont dû mettre leur personnel en chômage partiel, nous avons beaucoup travaillé pour aider les étudiants à en trouver de nouveaux."

Un certain nombre d'étudiants en école de commerce vont ainsi entamer leur stage au mois de juin prochain. "Cela fait partie intégrante de la scolarité, poursuit Alice Guilhon, également directrice générale de Skema business school. L'expérience professionnelle est fondamentale, il est hors de question de diplômer un étudiant qui n'aurait pas fait de stage, au risque de dégrader le diplôme."

Ainsi, au lieu d'être diplômés au mois d'octobre, ces étudiants le seront en décembre. Et pour ceux en cours de cursus, il sera tout à fait possible d'effectuer le stage l'année prochaine. "Les expériences professionnelles peuvent être modulées sur les trois ou quatre ans de scolarité."

"Les choses se sont recalées"

Dans les écoles d'ingénieurs, où les stages font également partie de la scolarité, Jacques Fayolle, le président de la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs, affirme à BFMTV.com que pour cette année, "les choses se sont recalées".

"Dans 80% des cas, les stages ont eu lieu avec des modalités différentes, c'est-à-dire à distance et en télétravail ou pour une durée raccourcie. Dans les 20% restants, les étudiants ont pu effectuer des travaux de substitution ou de la gestion de projets, en relation avec une entreprise, sur le mode de la sous-traitance."

Selon Jacques Fayolle, également directeur de Télécom Saint-Étienne, "il y a de multiples solutions de recours". "La commission des titres d'ingénieur nous a enjoint à la plus grande bienveillance quand la situation n'est pas le fait de l'étudiant. Mais elle nous a également appelé à veiller à la professionnalisation de nos étudiants. Aucun diplôme d'ingénieur ne peut être délivré sans expérience."

Pour les stages qui auront lieu l'année prochaine, Jacques Fayolle imagine des modalités similaires. "Si les conditions sanitaires en entreprise sont favorables, on peut tout à fait envisager que les étudiant y retournent." Il assure que certains de ses jeunes ont déjà demandé à effectuer des stages dans des pays européens, notamment en Allemagne. "Nous ne souhaitons pas favoriser la fuite des cerveaux mais si les conditions sanitaires sont similaires à celles de la France, c'est tout à fait possible."

Les alternants inquiets

La situation est souvent plus compliquée du côté des alternants, pour qui la signature du contrat d'apprentissage en entreprise conditionne la scolarité. Ce que confirme à BFMTV.com Aurélien Cadiou, président de l'Association nationale des apprentis de France (Anaf), qui enregistre une multiplication par cinq du nombre d'appels à l'aide d'apprentis ou futurs apprentis depuis le début du confinement. C'est également ce que dénonce Orlane François, la présidente de la Fage. "Les alternants sont très inquiets de ne pas réussir à trouver leur apprentissage."

Des "réflexions" sont en cours pour inciter les entreprises à engager des apprentis, mais cette représentante d'étudiants souhaite que soient également mis en place des "dispositifs" pour accompagner les alternants dans leur recherche. "Il faut trouver des solutions pour que les jeunes ne soient pas pénalisés." Aurélien Cadiou, de l'Anaf, craint tout de même une baisse "conséquente" du nombre d'apprentis à la rentrée.

"Pendant le confinement déjà, les jeunes avaient le plus grand mal à entrer en contact avec les entreprises. Aujourd'hui, c'est toujours pareil avec en plus des ressources humaines davantage préoccupées par les problématiques de chômage partiel que le recrutement et des entreprises qui, quand c'est le cas, redémarrent tout doucement leur activité."

Situation un peu à part du côté de l'Institut national des sciences appliquées de Lyon, où les 281 ingénieurs alternants - sur quelque 5400 élèves - sont particulièrement recherchés. "Les entreprises ont joué le jeu", confie à BFMTV.com Frédéric Fotiadu, son directeur.

"Avant la crise du Covid, il y avait une pénurie d'ingénieurs de haut niveau. Les entreprises ont maintenu leur volonté de travailler avec nos élèves, avec pour beaucoup des perspectives d'embauche. Nos signaux sont moins alarmants que ce qu'on aurait pu craindre."

Des contrats d'apprentissage rompus

Si Aurélien Cadiou assure que les grands groupes devraient continuer de recruter des apprentis, cela risque d'être moins le cas dans les PME ou encore dans l'artisanat. "Parfois, ce sont des entreprises qui ne comptent qu'un seul salarié. Sans visibilité sur leur activité à venir, c'est compliqué pour elles d'embaucher un apprenti."

En principe, les centres de formation d'apprentis (CFA) doivent aider les postulants à trouver une entreprise, "mais c'est très variable d'un CFA à l'autre", regrette le président de l'Anaf. Si les jeunes pourront tout de même entamer leur formation à la rentrée - les CFA doivent les accueillir pendant trois mois sans contrat - ils devront les quitter après cette période. "Cela va faire des décrocheurs."

Autre cas de figure: des apprentis qui ont vu leur contrat rompu depuis la mi-mars. "Certaines entreprises n'ont pas survécu au confinement et d'autres ne survivront pas au déconfinement", pointe Aurélien Cadiou. Pour ces jeunes, il leur reste six mois pour trouver une nouvelle entreprise d'accueil, faute de quoi ils devront eux aussi quitter leur CFA. "C'est encore plus compliqué pour eux."

Céline Hussonnois-Alaya