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Ecriture inclusive: des députés veulent l'interdire dans les documents administratifs

Image d'illustration - Exemple de phrase en écriture inclusive

Image d'illustration - Exemple de phrase en écriture inclusive - BFM Lyon

La proposition de loi invoque des problématiques de compréhension de la langue française avec l'écriture inclusive, mais pointe également du doigt le militantisme lié à cette pratique.

Mardi, une proposition de loi, visant à limiter l'usage de l'écriture inclusive, a été déposée à l'Assemblée nationale. Elle porte le numéro 3922, et vise à "l'interdiction de l’usage de l’écriture inclusive pour les personnes morales en charge d’une mission de service public". Elle a été co-signée par plusieurs députés de la majorité et des Républicains, comme la présidente déléguée du groupe LaREM Aurore Bergé ou la vice-présidente LR de l'Assemblée nationale Annie Genevard.

Cette proposition de loi a "pour objectif d’interdire dans les documents administratifs (rapports, études, comptes rendus, procès‑verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, avis, décisions, courriers électroniques envoyés aux usagers, publications officielles sur internet…) l’usage de l’écriture dite 'inclusive' par les administrations (...) et par les organismes et personnes chargés d’une mission de service public industriel et commercial", note le texte.

Il reprend notamment une circulaire du 21 novembre 2017 sur "les règles de féminisation" dans laquelle l'ex-Premier ministre Edouard Philippe avait "invité" ses ministres "à ne pas faire usage de l'écriture dite inclusive" et "en particulier pour les textes destinés à être publiés au Journal officiel de la République française".

Qu'est-ce que l'écriture inclusive?

Les promoteurs de l'écriture inclusive y voient un moyen de lutter pour l'égalité femmes/hommes, en arrêtant par exemple d'accorder le neutre comme le masculin. Elle préconise également d'user à la fois du féminin et du masculin quand on s'adresse aux hommes et aux femmes, et remet en cause la règle d'accord de la langue française selon laquelle, au pluriel, le masculin l'emporte sur le féminin.

Elle se traduit notamment par des graphies comme "les député.e.s" ou "les électeur.rice.s", et est déjà utilisée sur des sites officiels, comme sur les pages de certaines mairies. L'utilisation de formules comme "celles et ceux", peut également être comprise dans la définition de l'écriture inclusive.

Les règles de l'écriture inclusive
Les règles de l'écriture inclusive © BFMTV
"Utiliser l'écriture inclusive dans toutes ses formes c'est rajouter des notions qui vont promouvoir l'égalité pour toutes et tous. Ça c’est de l’écriture inclusive", explique ce jeudi sur BFMTV Hélène Bidard, adjointe PCF à la Maire de Paris en charge de l’égalité femmes-hommes.

"Les règles d’accord n’existeraient‑elles plus?"

La proposition de loi semble surtout vouloir s'attaquer à la graphie à points de l'écriture inclusive.

Le texte désigne ainsi "les pratiques rédactionnelles et typographiques visant à substituer à l’emploi du masculin, lorsqu’il est utilisé dans un sens générique, une graphie faisant ressortir l’existence d’une forme féminine".

Pour le député LaREM François Jolivet, auteur de cette proposition de loi, la difficulté de cette écriture réside en partie dans sa forme à points, entraînant selon lui des difficultés de compréhension. Le texte souligne ainsi qu'elle modifie les règles d'accords en vigueur dans la langue française, et rappelle une déclaration de l'Académie française, datée de 2017, expliquant que "la multiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité".

"Les règles d’accord n’existeraient‑elles plus? Devons‑nous penser que la modification des règles d’usage de la langue française littéraire serait le moyen de parvenir à cette égalité, que nous appelons tous de nos vœux?", est-il écrit dans la proposition n° 3922.

"C'est très compliqué à comprendre"

"Quand on fait des raccourcis 'toutes' et 'tous', 'tou.te.s', et qu'on invente des nouveaux mots - 'il' et 'elle', 'iel' - c'est très compliqué à comprendre", explique François Jolivet sur BFMTV ce jeudi. Et cette mauvaise compréhension toucherait selon lui en particulier des personnes rencontrant déjà des obstacles dans la lecture et l'écriture.

"J'ai été interpellé beaucoup notamment par des associations de parents d'enfants handicapés et d'adultes qui ont certains handicaps, notamment en matière de dyslexie, dyspraxie, dysphasie... Tout ça rend les choses très difficiles", assure le député. "Les mal-voyants aujourd'hui, qui disposent de logiciels pour lire les documents publics, ne peuvent pas lire ce type d'écritures", ajoute-t-il.

La proposition de loi pointe aussi du doigt le caractère militant de cette démarche: "depuis quelques années, les militants de l’écriture dite 'inclusive' usent de tous les moyens pour imposer à la société leur vision très personnelle et en rien majoritaire", est-il écrit. "Certains ont fait le choix personnel et militant de modifier l’orthographe et la grammaire de notre langue pour parvenir", à l'objectif de l'égalité hommes/femmes, est-il également noté.

Expliquant ne pas être contre la féminisation des métiers, François Jolivet assure vouloir interdire la pratique de l'écriture inclusive uniquement dans le service public.

"Il n’est pas normal que l’on puisse éditer des documents pour des usagers du service public qui ne puissent pas être compris par toutes et tous".

"D'autres combats" à mener actuellement

Ce n'est pas la première fois que l'écriture inclusive est attaquée. "A chaque fois que l'on met à l'agenda politique, médiatique, la question de la féminisation du langage, et plus généralement de l'égalité de genres dans le langage, il y a des résistances, il y a des oppositions", explique sur BFMTV Gwenaëlle Perrier, maitresse de conférence en Science Politique à l'université de la Sorbonne.

"C’est une pierre parmi d’autres pour construire l’égalité. Le langage est politique, il dit quelque chose de la société, et vouloir restreindre le langage c’est se tromper. C’est l’usage qui fait le langage", déclare Hélène Bidard. "Au fur et à mesure que l’égalité entre les femmes et les hommes avance, on voit que l’évolution du langage se fait elle aussi".

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal a indirectement balayé cette problématique mercredi, au cours du compte-rendu du Conseil des ministres, affirmant que le gouvernement entendait se consacrer pour le moment "aux priorités de notre pays", citant notamment la "crise sanitaire", "la crise économique" ou encore la "lutte contre le séparatisme". Plus tôt, la ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, avait également estimé sur LCI qu'il y avait "d'autres combats" à mener.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV