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Comment Marc-Olivier Fogiel veut mettre la GPA dans le débat public

Le journaliste et producteur Marc-Olivier Fogiel raconte son expérience de la gestation pour autrui (GPA), grâce à laquelle il a eu deux enfants, dans un livre qui paraît mercredi. Une pratique toujours formellement interdite en France.

"J’ai toujours assumé avoir eu recours à la gestation pour autrui ; pourtant je n’avais jamais raconté mon histoire". Dans Qu’est-ce qu’elle a ma famille? (éd. Grasset, 19 euros), un livre de témoignages qui paraît mercredi, Marc-Olivier Fogiel franchit donc le pas. Père de deux enfants nées après un recours avec son mari à la technique de la gestation pour autrui (GPA), le journaliste et producteur compte bien peser dans le débat public. Car si le Comité consultatif national d’éthique a ouvert la voie à la PMA pour les femmes seules et les couples de femmes, il a émis un avis négatif sur la GPA, qui est donc toujours formellement interdite en France

Pourquoi ce livre et pourquoi maintenant? "Le mieux c'est d'opposer les faits aux fantasmes"

C’est la première fois que Marc-Olivier Fogiel, qui a fait son coming-out public en 2017, se confie aussi longuement sur le cheminement qui l’a amené, avec son mari, à devenir le père de ses deux filles: Mila et Lily, aujourd’hui âgées de 7 et 5 ans. Un livre sur le sujet, on lui en avait déjà proposé, et il avait jusqu’à présent toujours refusé, parce qu'il ne souhaitait pas mettre en avant publiquement ses enfants. Désormais, il considère que le temps est venu de décrire en détails à quoi ressemble la vie d'une famille qui a eu recours à la GPA.

Dès les premières pages de son livre, Marc-Olivier Fogiel assure être désormais "prêt à prendre le risque de (se) jeter dans la bataille du débat sur la GPA". Il espère avec son témoignage, celui d'une famille normale, contrer les arguments qu'il a pu entendre lors des débats sur le mariage pour tous, et notamment ceux de la Manif pour tous. "Le mieux c'est d'opposer des faits aux fantasmes", a-t-il déjà tweeté.

Son expérience de la GPA: "Vous ne faites que choisir un début d'histoire. Après, le loto génétique se met en place"

Si Marc-Olivier Fogiel explique avoir toujours voulu devenir père, il raconte aussi qu’au début du processus, il n’était pas franchement un partisan de la GPA. "La réticence principale, en fait, c’est que je ne voyais pas comment on pouvait, à l’issue d’une grossesse, retirer un enfant à une femme qui l’avait porté, sans qu’il y ait un traumatisme quelque par là-dedans", a expliqué Marc-Olivier Fogiel dans l'émission Sept à Huit dimanche dernier.

Avec son mari, il a fini par exclure les solutions les menant à la coparentalité puis à l’adoption. Ils finissent donc par se rapprocher d’une agence américaine qui leur propose d’engager le processus d’une "GPA éthique".

"Evidemment j’ai d’abord pensé à l’adoption. Il y a suffisamment d’enfants dans le monde malheureux pour pouvoir imaginer les accueillir, explique Marc-Olivier Fogiel dans Grand Angle. Mais c’est un droit virtuel en fait pour les homosexuels. Vous pouvez avoir l’agrément pour un couple marié, mais l’agrément derrière il faut qu’il y ait un enfant qui vous soit remis. Et aujourd’hui, c’est mission impossible. C’est gagner au loto. La comparaison n’est pas terrible, mais c’est presque plus facile".

Il faut d'abord choisir une donneuse d’ovocyte, puis la femme qui portera leur futur enfant. A ceux qui estiment qu'avoir recours à la GPA revient à choisir un enfant sur catalogue, Marc-Olivier Fogiel a répondu dans Sept à Huit.

"Je comprends qu'on se le dise, mais ce n'est tellement pas la réalité. En fait, vous ne faites que choisir un début d'histoire. Après, le loto génétique se met en place".

Aujourd'hui, il revendique un lien très fort avec Michelle, la femme qui a porté ses enfants, racontant dans le livre que sa famille passe chez elle les fêtes de Noël.

Les imbroglios administratifs: "Le deuxième parent n’a pas de lien de filiation avec son enfant"

Dans son livre, Marc-Olivier Fogiel ne raconte pas que son histoire, il déroule aussi une compilation de témoignages de personnes ayant eu recours à la GPA. Elles ont souvent un point commun: les difficultés légales inhérentes à ce type de démarche, qui font que la moindre demande de passeport ou de modification d’état civil peut s’avérer cauchemardesque. Dans son cas, il a fallu que le mari de la mère porteuse se "désiste" au profit du père génétique, pour établir un nouvel acte de naissance. L'autre parent n'ayant pas de lien de filiation, il faut alors avoir recours à l'adoption.

Au moment de toutes ces démarches administratives, Marc-Olivier Fogiel raconte découvrir qu'il est en Une de Voici sous le titre "Papa aux USA avec une mère porteuse!", après avoir tout fait pour éviter les paparazzis. Le lendemain, l'affaire DSK éclate, et son cas sort de l'actualité.

Le débat sur la GPA: "C’est devant les enfants de France qu’Emmanuel Macron est maintenant responsable"

Avec ce livre, Marc-Olivier Fogiel, rentre dans l'espace politique. Il égratigne au passage la Manif pour tous dont il regrette les outrances. C'est sur les réseaux sociaux qu'il répond d'ailleurs le plus souvent aux opposants à la GPA.

Mais il s'adresse également aux hommes politiques, et d'abord à Manuel Valls. En 2014, celui qui a depuis décidé de briguer la mairie de Barcelone déclare dans La Croix: "Il est incohérent de désigner comme parents des personnes ayant eu recours à une technique clairement prohibée". Plus que ce qu'il considère comme un revirement sur le sujet de la GPA de la part de l'ancien Premier ministre, Marc-Olivier Fogiel lui demande s'il saura expliquer à ses filles pourquoi elles ne peuvent plus appeler "papas" leurs pères.

Enfin, Marc-Olivier Fogiel explique également avoir rencontré Emmanuel Macron sur le sujet. Le président de la République s'est toujours déclaré opposé à la légalisation de la GPA. Au cours de leurs échanges, le journaliste l'a trouvé "sincère", mais lui lance aussi une forme d'avertissement: "C’est devant les enfants de France qu’Emmanuel Macron est maintenant responsable".

Antoine Maes