BFMTV

Comment les enfants de jihadistes français seront pris en charge à leur retour en France

Des enfants dans un camp de déplacés dans la province de Deir-Ezzor, en Syrie.

Des enfants dans un camp de déplacés dans la province de Deir-Ezzor, en Syrie. - Delil souleiman - AFP

75% des rapatriements de Syrie et d'Irak à venir ces prochaines semaines concernent des enfants de moins de sept ans. Leur prise en charge est un défi inédit pour l'État français.

La nouvelle fait grand bruit depuis mardi. La France s'apprête à rapatrier environ 130 de ses ressortissants, actuellement détenus dans des camps au Kurdistan syrien. Nicole Belloubet l’a confirmé ce jeudi matin: la grande majorité d’entre eux, 75%, ont moins de sept ans. Ce ne sont donc pas des jihadistes eux-mêmes, ni même des “Lionceaux”, ces jeunes enfants entraînés par Daesh pour aller combattre, mais des enfants de Français partis rejoindre la zone irako-syrienne et les rangs de Daesh. Certains sont nés en Syrie, d'autres étaient nés en France et ont ensuite rejoint la zone avec leur famille. Leur retour sur le sol français, dans les prochaines semaines, est un défi auquel se prépare tant bien que mal l’État français... Avec la conscience d’avancer dans l’inconnu.

“Traitement spécial”

Ils bénéficieront “d’un traitement spécial”, a assuré le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, devant l'hémicycle mercredi. Dans les faits, ils devraient être rapatriés par l’armée ou la Croix-Rouge internationale jusqu’à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Dès que l’avion touchera le tarmac, ils seront séparés de leurs parents et pris en charge par le tribunal pour enfants de Bobigny, juridiction compétente pour la zone de l’aéroport. “Lorsque les bébés ne sont pas encore sevrés, on apporte régulièrement l’enfant à la maman placée en garde à vue”, nous précise Céline Martelet, co-auteure avec Edith Bouvier d’Un Parfum de Djihad, sur les femmes françaises ayant rejoint les rangs de Daesh. 

Un premier examen médical est dès lors effectué pour détecter d’éventuels problèmes respiratoires ou de sous-nutrition. Exfiltrés des camps dits de déplacés, les enfants ont vécu dans des conditions précaires.

“Ils sont exposés aux changements de température, vivent avec très peu de nourriture et n’ont pu subir aucune intervention médicale d’envergure”, détaille à BFMTV.com Nadim Houry, directeur du programme Terrorisme à Human Rights Watch.

Une santé psychologique suivie de près

C’est aussi leur santé psychologique qui préoccupe le corps médical. Ayant vécu les bombardements, l’enfermement mais aussi la séparation d'avec leurs parents, ces enfants, parfois nourrissons, souffrent de “stress post-traumatique complexe”, explique à BMFTV.com Pierre Dutertre, médecin psychothérapeute:

“Il y a un risque de s’enfermer dans le silence. Mais les images, les bruits et les odeurs de là-bas sont un traumatisme. Chacun réagit à sa manière, parfois de façon violente”, ajoute-t-il.

Après une enquête sociale approfondie effectuée par le juge des enfants de Bobigny, ce dernier pourra confier les enfants à des parents proches ou à une famille d'accueil. D’après nos informations, l’aide sociale à l’enfance de Seine-Saint-Denis s’occupe actuellement de 38 enfants revenus de la zone irako-syrienne. Selon L’Express, 33 autres ont été confiés à leur famille. Avec un impératif: ne jamais séparer les fratries.

“Plus personne ne passe entre les mailles du filet”

“On a dû s’adapter à quelque chose de nouveau”, reconnaît un proche du président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Si le département assume ce travail de “solidarité nationale”, il aurait aimé un coup de pouce financier de l’État. Stéphane Troussel, président PS du conseil départemental, en avait fait la demande il y a bientôt un an. Une demande pour l’instant restée sans réponse.

D’après l'auteure d’Un Parfum de Djihad, qui est en contact avec plusieurs familles de “revenants”, l’aide sociale s’est beaucoup améliorée depuis un an. Désormais, chaque retour fait l’objet d’une prise en charge systématique. “Plus personne ne passe entre les mailles du filet”, précise-t-elle. 

L’administration doit en revanche faire face à la problématique des enfants nés sur zone et n’ayant aucune identité civile. Établir la filiation prend parfois plus d’un an et demi, rapporte Céline Martelet. Parmi les dizaines d’enfants rapatriés ces prochaines semaines, nombreux, nés de deux parents français, auront bientôt une carte d’identité française, sur laquelle sera inscrit “né(e) à Raqqa, en Syrie”.

Esther Paolini